La marche de Radetzky – Joseph Roth

La marche de Radetzky est une marche militaire composée par Johann Strauss père pour célébrer la victoire du maréchal Radetzky sur les Italiens en Lombardie-Vénétie en 1848, année de l’accession au trône de François-Joseph. Cette marche constitue le final très connu du Concert du Nouvel An de Vienne, les différents chefs d’orchestre dirigeant l’orchestre mais aussi le public, dont les applaudissements suivent le rythme de la mélodie. La marche de Radetzky est également le titre d’un roman majeur de l’écrivain autrichien Joseph Roth, retraçant l’histoire d’une famille dans une Monarchie austro-hongroise vivant ses dernières années.

Le roman relate l’histoire de la famille Trotta depuis l’anoblissement d’un de ses membres lors de la bataille de Solferino en 1859 (après qu’il eut hardiment délogé le jeune empereur François-Joseph de sa monture, lui sauvant ainsi la vie) et jusqu’à la mort de l’Empereur en 1916. En choisissant pour titre une victoire autrichienne, mais en plaçant le début du roman face aux mêmes Italiens, mais dans un contexte de défaite, Joseph Roth n’hésite pas à manipuler l’ironie et à inscrire le récit dans celui d’une chute irrémédiable. Il le fait en évitant néanmoins de réaliser de nombreux rappels historiques : hormis Solferino, les jalons historiques sont peu nombreux (mort de François-Ferdinand, puis de son oncle), et nulle trace du compromis austro-hongrois de 1867 ni des événements qui jalonnèrent la vie privée de l’Empereur.

Une attention particulière est donnée au dernier von Trotta, Charles-Joseph, petit-fils du « héros de Solferino », qui choisit lui-aussi le métier des armes, contrairement à son père, le baron François von Trotta, préfet dans une ville de Moravie. Son parcours est lié à celui de la Double-Monarchie : on assiste à travers lui à une lente chute (lorsqu’il est muté aux frontières de l’Empire ou lorsque son père doit intercéder auprès de François-Joseph pour annuler une dette de jeu). La vie bien réglée fait rapidement place à des descriptions de l’Empereur vieillissant, l’ennui des soldats (mémorable évocation de la nuit de célébration de l’anniversaire de la compagnie), la montée de la question sociale et des nationalismes.

L’Empereur était un vieil homme. C’était le pus vieil empereur du monde. Autour de lui, la mort traçait des cercles, des cercles, elle fauchait, fauchait. Déjà le champ était entièrement vide et, seul, l’Empereur s’y dressait encore, telle une tige oubliée, attendant. Depuis de nombreuses années, le regard vague de ses prunelles claires et dures se perdait en un vague lointain.

Joseph Roth rend de façon très perceptible l’esprit réglé d’une époque qui se termine. Une lecture que je recommande vivement !

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La marche de Radetzky, de Joseph Roth, traduit de l’allemand par Blanche Gidon. Points, 2008, 408 pages.

Lu dans le cadre des Escapades en Europ (Cléanthe) consacrées en mars à la littérature de la « Mitteleuropa »

Une réflexion sur “La marche de Radetzky – Joseph Roth

  1. Avatar de anniemots anniemots 15 mars 2026 / 16:55

    j’avais beaucoup aimé ce livre. Tu me donnes envie de le relire et de relire également la crypte des capucins, super œuvre aussi !

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