
Eduard von Keyserling (1855-1918) était originaire de Courlande et, dans le cadre de la Rentrée à l’Est, apporte ainsi un point de plus pour la Lettonie. Néanmoins, son oeuvre pourrait tout aussi bien être lue pour Les feuilles allemandes, puisque l’auteur s’exprimait dans la langue de Goethe. Cela faisait un moment que je souhaitais découvrir la plume de cet auteur germano-balte et le moment est enfin venu ! Dans les Histoires de château, l’éditeur regroupe 13 histoires, dont deux feront objet de ce billet : Été brûlant et Dumala.
Dans l’Été brûlant (1907), nous retrouvons Bill dans un compartiment de train allant à Fernow. L’ambiance est morose, puisque l’idée de passer un été dans la demeure familiale de campagne en compagnie de son père ne réjouit guère le jeune homme de 18 ans, puni ainsi (injustement selon lui) pour avoir échoué à son baccalauréat. Le père qui a l’habitude de l’ignorer ou de le réprimander, tantôt pour la mauvaise conduite à table, tantôt pour le manque d’efforts, espère l’y remettre sur le droit chemin.
« Quand on a subi un échec, il convient de se ressaisir et d’en supporter les conséquences », entendis-je mon père déclarer. Je tressaillis et ouvris les yeux. Il me considérait d’un air d’ennui, puis il bâilla discrètement et ajouta: « Crois-tu que ce soit agréable d’avoir en face de soi quelqu’un qui passe son temps à soupirer et qui joue les agneaux qu’on amène à l’abattoir? Allons, je t’en prie, un peu de tenue. »
Commence ainsi un séjour estival à la campagne, où le seul divertissement espéré pourrait venir de Warnow – où résident la tante de Bill et ses cousines, et c’est là que l’adolescent découvrira une autre facette de certaines personnes qui l’entourent.
Son roman Dumala a été écrit en 1908, après que l’auteur eut perdu la vue et dut ainsi concevoir ses textes mentalement pour les ensuite dicter en un bloc à sa soeur. Dans Dumala, l’auteur nous invite dans le château du baron Werland qui, étant paralysé, compte entièrement sur sa femme Karola. On est alors en hiver (l’occasion pour la baronne de sortir sa toque en loutre) et le pasteur Werner court sans cesse, car il lui faut rendre visite aux malades, familles endeuillées ou justement au baron Werland. Le secrétaire lui confie ainsi des informations inquiétantes sur un certain baron von Rast qui aurait un penchant pour Karola. Une information qui va curieusement tracasser notre pasteur, pourtant marié et homme de Dieu…
On le voit bien dans la bonne société qui est la nôtre. C’est effrayant la somme de choses ennuyeuses que nous sommes capables de supporter, et seuls des siècles de formation à l’ennui l’ont rendu possible.
Dans son oeuvre, Eduard von Keyserling capte à merveille la vie de l’aristocratie balte avant que celle-ci ne décline. Il nous invite ainsi dans les grandes demeures où les aristocrates vivaient entourés de la nature que l’auteur, impressionniste littéraire, décrit parfaitement en faisant admirablement ressortir les saisons, ici l’été et l’hiver. Pour le lecteur, c’est un agréable échappatoire après une journée chargée, il ne suffit que de se laisser bercer par toutes ces couleurs. Très bon observateur et connaisseur de la région de la Courlande, ainsi que des cercles aristocratiques, Keyserling analyse également les différences générationnelles. Un très beau témoignage d’une époque révolue.
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Oeuvres choisies – Histoires de château, d’Eduard von Keyserling. Actes Sud, 2012. Dumala traduit de l’allemand par Jacqueline Chambon & Été brûlant traduit de l’allemand par Jacqueline Chambon et Peter Krauss.
Ma participation à Une rentrée à l’Est chez Sacha.

Keyserling, que je n’ai encore jamais lu, est un excellent choix ! Cette rentrée balte m’a justement permis d’apprendre qu’une partie de la noblesse balte était d’origine allemande. Et en plus, ce point pour la Lettonie n’était pas superflu 😉
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C’est une très belle découverte pour moi et je suis sûre que ces histoires te plairaient. Je vais en tout cas réemprunter ce recueil pour continuer à le lire.
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Mon genre de lecture Eva… Merci pour cette belle suggestion. Je ne connaissais pas cet écrivain.
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Merci Nathalie. C’est une lecture que les amateurs de Zweig apprécieront sans aucun doute et elle se marie très bien avec la période automnale -je t’imagine bien la savourer au bord d’un lac 🙂
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Ce que tu dis de ce roman sur l’aristocratie déclinante me fait panser au roman Les Buddenbrocks. Je note ce titre.
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J’espère que tu l’apprécieras autant que moi. C’est un grand recueil de nouvelles, je vais le réemprunter pour en lire deux histoires à chaque fois.
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Justement, je l’ai mis au programme des Lettres allemandes cette année!
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C’est une excellente nouvelle et j’ai hâte de lire ton avis !
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je ne peux pas dire que je vais me précipiter vers ce genre de livres trop tournés vers le passé sans doute !
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Si tu aimes bien Stefan Zweig, il y a une probabilité que tu aimeras ces histoires.
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J’avais bien aimé Dumala et ses paysages couverts de neige.
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Oui ! Ça se passe au mois de novembre et l’hiver y est déjà rude ! Tu pourrais enchaîner avec Été brûlant pour te réchauffer un peu 🙂
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