Le poids des choses – Marianne Fritz

Marianne Fritz était une écrivaine autrichienne qui s’est fait connaître dès la parution de son premier titre, Le poids des choses, récompensé par le prestigieux prix Robert Walser. Sur un nombre de pages assez restreint, l’autrice offre une lecture inhabituelle, dérangeante, et fait regretter au lecteur, une fois le livre refermé, de ne pas avoir organisé au préalable une lecture commune, tant l’envie d’échanger, de prendre connaissance d’autres avis est fort.

« Catastrophe éditoriale » pour Thomas Bernhard, « l’une des œuvres des plus importantes du XXème siècle » pour le linguiste Wendelin Schmidt-Dengler, lauréate de prestigieux prix, entourée d’une solide communauté d’enthousiastes – l’oeuvre imposante de Marianne Fritz divise. Où allais-je me positionner après avoir lu Le poids des choses, son seul titre traduit en français ?

Si vous aimez bien les résumés explicites, je vais vous décevoir, préférant que chacun se jette à l’eau sans avoir d’indices, d’autant plus qu’il s’agit d’un roman très court. Si vous posiez la question à Berta Schrei, le personnage principal, elle ne vous en dirait pas beaucoup plus, un aha, accompagné d’un petit rire nerveux tout au plus. Son histoire n’est pas linéaire, mais découpée en petits chapitres, dévoilant l’intrigue par petites bouchées, dont certaines restent bien coincées dans la gorge.

Quand elle dort, elle n’est plus si superficielle, si futile. Les griffes de la vie qui marquent et modèlent, cette poigne écrasante qui aplatit et lamine ; le poids des choses, la vie même n’ont plus aucune prise sur elle quand elle dort. Voilà. Le sommeil éloigne tout. Tout et tout le monde.

Pourtant, tout démarre sur une note plutôt humoristique, avec un échange entre Wilhelm et Wilhelmine. On est alors en 1963 et le couple fête son 3ème anniversaire de mariage. Et justement autour de cette date, Wilhelmine décide de reprendre le cas de Berta en main en déclarant « Il faut conclure le dossier Berta une bonne fois pour toutes. » Wilhelm, chauffeur au service d’un avocat aisé, a beau d’essayer de l’amadouer avec l’un de ses sourires (les sourires, c’est son atout, il en a un modèle pour chaque occasion), il n’y a rien à faire : ils rendront visite à Berta, Wilhelmine s’entêtant à vouloir récupérer son petit médaillon.

Il croyait tout et rien, il doutait de tout et de rien, il était le rêveur-né qui ne rêvait jamais. Bref, il était un digne représentant de sa nation.

Petit à petit, en se limitant essentiellement aux années 40 à 60, le lecteur démêle le destin de Berta, la douce Berta, qui avait l’habitude d’avoir toujours des 10 sur 10 à l’école et qui ne fait maintenant que se tourner les pouces, et ce qu’il apprend est très noir. A un moment, le tout bascule et on quitte la satire amusante (là où je me disais « ce serait une bonne idée de cadeau de Noël« ) pour s’orienter vers quelque chose de très sombre (il faut que je réfléchisse bien à qui l’offrir). Je vous encourage à vous faire votre propre avis, ça vaut la peine !

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Le poids des choses, de Marianne Fritz. Traduit de l’allemand (Autriche) par Stéphanie Lux. Le Quartanier, 160 pages, 2022.

Lu en poche (144 pages, 2023, Livre de Poche)

Ce livre a été lu dans le cadre des Feuilles allemandes.

25 réflexions sur “Le poids des choses – Marianne Fritz

  1. Avatar de Sacha Sacha 20 novembre 2024 / 09:06

    Je suis prête à me lancer dans la découverte de cette « catastrophe éditoriale »! Ton billet est irrésistible, et je n’ai pas regretté une seconde de t’avoir suivie pour Trois âmes soeurs. L’argument des 160 pages joue aussi dans ma prise de risque, je le reconnais 😆.

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    • Avatar de Ingannmic Ingannmic 20 novembre 2024 / 10:48

      Tu m’as convaincue aussi !

      @Sacha = Une idée de LC pour l’édition 2025, si on a la patience d’attendre jusque-là ?

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      • Avatar de Sacha Sacha 20 novembre 2024 / 12:06

        La LC pour Les Feuilles 2025 est une très bonne idée!

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      • Avatar de Eva Eva 22 novembre 2024 / 17:39

        Vous me faites sourire, parce que la veille de la publication j’ai dit à Patrice : « ce serait un bon livre pour Ingrid ou Sacha » 🙂 Je me réjouis de lire vos avis l’année prochaine !

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      • Avatar de Ingannmic Ingannmic 23 novembre 2024 / 14:59

        Comme quoi tu nous connais bien ! 🙂

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    • Avatar de Eva Eva 22 novembre 2024 / 17:38

      C’est vraiment un roman étonnant qui ne finit pas sur la même note que celle où il commence. En fait, l’histoire n’a que 120 pages, ce n’est donc pas une affaire trop risquée ! 🙂

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  2. Avatar de Cath L kathel 20 novembre 2024 / 11:13

    C’est bon signe si tu regrettes de ne pas avoir proposé une lecture commune, les meilleurs romans sont ceux sur lesquels on a envie d’échanger.
    Je le note pour la prochaine édition !

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    • Avatar de Eva Eva 22 novembre 2024 / 17:40

      C’est parfait, ça fera donc un point de plus pour l’Autriche l’année prochaine et tu verras, on est très loin de Seethaler 🙂

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  3. Avatar de Inconnu Marie Gillet 20 novembre 2024 / 14:40

    A découvrir pour moi… Je vais déjà voir si ce livre est à la médiathèque….

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  4. Avatar de luocine luocine 20 novembre 2024 / 17:03

    zut de zut, j’ai lu deux fois ton billets mais tu ne racontes vraiment rien, et moi j’adore qu’on me raconte les histoires avant de les lire ! mais j’aime aussi les surprises !

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    • Avatar de Eva Eva 22 novembre 2024 / 17:42

      Je me disais qu’avec 120 pages vous ne prendriez pas trop de risque en vous lançant dans cette lecture sans savoir où elle vous amènera 🙂

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    • Avatar de Eva Eva 22 novembre 2024 / 17:42

      Je serais curieuse d’avoir ton avis 🙂

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  5. Avatar de aifelle aifelle 21 novembre 2024 / 06:37

    Je suis aussi intriguée que Tania par le peu que tu nous dis. Je vais voir d’abord du côté de la bibliothèque.

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    • Avatar de Eva Eva 22 novembre 2024 / 17:43

      C’est un livre étonnant qui change d’ambiance en cours de route et je me disais que ce serait dommage de dévoiler quoi que ce soit, vu que l’histoire n’a que 120 pages 🙂

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  6. Avatar de je lis je blogue je lis je blogue 21 novembre 2024 / 07:34

    Effectivement, ce livre semble avoir les atouts d’une lecture commune idéale : texte court et œuvre controversée. Je comprends ta frustration de ne pas pouvoir échanger tes impressions avec d’autres lecteurs.

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    • Avatar de Eva Eva 22 novembre 2024 / 17:43

      C’est exactement ça ! Mais un petit groupe se forme pour une LC en novembre prochain, je vais patienter 🙂

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    • Avatar de Eva Eva 22 novembre 2024 / 17:44

      La postface est intéressante, elle éclaire sur l’accueil qui a été fait aux livres de Marianne Fritz. Elle a surtout écrit une oeuvre apparemment très originale sur l’histoire autrichienne qui compte des milliers de pages, mais ce titre ne sera probablement jamais traduit.

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    • Avatar de Eva Eva 22 novembre 2024 / 17:44

      Et la couverture n’est pas idéale non plus (la version anglaise est mieux)…, mais il n’a que 120 pages, ça vaut la peine d’essayer 🙂

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