La Résidence – Laurent Crassat

Alors que la France défend aujourd’hui le principe de souveraineté des pays contre les « prédateurs » en tout genre, cela n’a pas toujours été le cas si l’on regarde notre histoire coloniale. Dans La Résidence, un livre à mi-chemin entre le roman et l’essai historique, l’écrivain Laurent Crassat s’emploie à faire revivre une période allant de 1830 à 1925, et ayant pour épicentre la colonisation de l’Afrique du Nord.

Nous sommes en 1830, le jeune comte Charles Henri Edgar de Mornay devait embarquer pour Alger afin de ravir en compagnie de 38.000 hommes la ville aux Turcs. « Devait » car alité, il ne peut participer au voyage. Qu’à cela ne tienne, on lui confie quelques mois plus tard une mission auprès du sultan marocain, dans laquelle il sera accompagné par sa maîtresse Mademoiselle Mars, mais aussi le peintre Delacroix, un protégé de Talleyrand. Et à son exemple, nous voici embarqués comme lecteurs dans l’aventure coloniale.

La constitution de l’Empire colonial français ne s’est pas faite en quelques années et d’un seul bloc. C’est ce que montre parfaitement le livre de Laurent Crassat. L’histoire de la conquête de l’Algérie fut sanglante : la « Première Guerre d’Algérie » qui se déroula de 1839 à 1847 et qui se termina par la rédition d’Abd el-Kader, mobilisa près de 100.000 soldats français et se basa sur la politique de la terre brûlée et de mise en valeur des terres pour leur exploitation. Le Maroc, quant à lui, ne rejoignit l’Empire qu’en 1912, et dans des conditions très différentes que celles qui prévalurent chez le voisin algérien. Un homme y joua un rôle clé : Lyautey, à qui fut confié le rôle de premier résident général au Maroc à partir de 1912 et jusqu’en 1925, au moment où éclata la guerre du Rif, et qui fut animé d’une autre philosophie.

Mais aussi la certitude qu’il sera utile au peuple marocain en lui épargnant les erreurs commises en Algérie, dirigée par un régime de fonctionnaires et d’épiciers enrichis dont l’intelligence est aussi large qu’une baïonnette et l’égoïsme puissant comme des coups de mortier. En long, en large et en travers, l’antithèse de ce qu’Hubert Lyautey estime être son rôle d’officier colonial : insuffler aux populations soumises le désir d’entreprendre afin d’engendrer dans ces territoires le maximum de prospérité économique et d’attachement à la France. 

Laurent Crassat réussit à nous restituer un siècle d’histoire de France en environ 150 pages. Il le fait de façon très vivante en évoquant les personnages impliqués, qu’ils soient largement connus, comme Thiers, Louis-Philippe, Jules Ferry, Delacroix ou moins comme Abd el-Krim (du moins à mes yeux) ou encore Burgeaud dans la conquête de l’Algérie. L’ironie accompagne certains de ses commentaires :

En ce qui concerne l’avenir de Pétain, je suppose les lecteurs mieux informés : sa victoire au gaz moutarde sur les villages rifains lui ayant valu d’être nommé ministre de la Guerre en 1934, Philippe Pétain devient ambassadeur à Madrid où il a tout loisir de s’entretenir avec son bon ami Franco au sujet de la victoire du Front Populaire sous la conduite du juif Léon Blum. 

J’ai éprouvé beaucoup d’intérêt à lire ce livre riche et dense, scindé en 3 parties, dont la dernière, la plus longue, consacrée à La Résidence de Lyautey, est la plus intéressante. C’est une très bonne entrée en matière pour ceux qui ont des lacunes dans l’histoire coloniale de notre pays. Il ne s’agit certes pas d’un essai historique, mais quelques cartes auraient apporté un peu plus de clarté quant à l’évocation de certains lieux, mais cela reste secondaire.

En conclusion…

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La Résidence, de Laurent Crassat. Editions Intervalles, 2026, 160 pages.

Ma 3ème participation aux Gravillons de l’hiver chez La petite liste.

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