Qui se ressemble – Agnès Desarthe

Dans Qui se ressemble, l’écrivaine Agnès Desarthe explore la mémoire familiale, à travers l’exil, la langue, la transmission… mais aussi la musique, point commun à la collection La Résonnante de Buchet-Chastel dont j’ai chroniqué récemment le livre de Fabrice Colin, Les clés du royaume.

Et qui d’autre pour symboliser les liens entre les générations et les cultures qu’une artiste que le père et la grand-mère paternelle de l’autrice écoutaient avec beaucoup de plaisir : la diva égyptienne Oum Kalsoum (1898 – 1975) ? C’est d’ailleurs en écoutant la chanson Enta Omri que je rédige ce billet après avoir fermé ce livre, me permettant de découvrir l’univers d’une artiste considérée comme « la plus grande chanteuse arabe » et dont chaque chanson s’étalait sur 30 à 60 minutes.

Elle était patriote, proche de Nasser (on dit qu’elle reversa son cachet des deux soirées à l’Olympia au gouvernement pour aider à la reconstruction du pays), elle défendait l’idée d’une nation arabe unie, d’une Egypte libre après des années de soumission aux jougs ottoman et britannique.

La grand-mère d’Agnès Desarthe, Bouba, est arrivée en France en 1962 ; elle ne parlait qu’un dialecte judéo-arabe. Ainsi, pour sa petite fille, elle restait inaccessible, avec une ressemblance physique assez forte à la diva égyptienne, ce qui rapproche les deux femmes.

Dans un récit sensible, précis, empreint de la musicalité, y compris celle de la langue, Agnès Desarthe restitue tous les éléments qui constituent son identité : la multiculturalité héritée du côté paternel d’une famille juive libyenne ayant dû quitter son pays en 1942 pour l’Algérie puis la France 20 ans plus tard et du côté maternel de l’héritage juif et slave des frontières de l’Ukraine, mais aussi l’exil, la guerre, l’apport des cultures… Elle s’attarde ainsi sur son père, arrivé dans le Doubs en 1956, mais aussi sur un événément majeur qu’elle a vécu avec sa perception d’enfant : la guerre du Kippour en 1973. Elle, qui se considérait comme arabe, ne comprenait alors pas que des Arabes puissent attaquer d’autres Arabes.

C’est le premier livre que je lisais d’Agnès Desarthe et j’ai été séduit par son écriture, la richesse des thèmes abordés, y compris le rapport entre les langues.

Je songe que lorsque l’on cherche à restituer le sens d’un texte, la connaissance du vocabulaire et de la syntaxe ne suffit pas. Qaund on passe d’un idiome à l’autre, on emporte avec soi plus que des mots. Souvent, l’image d’un douanier sévère se présente à mon esprit. Au moment du passage de frontière, il me dit : « Non, ça, vous n’avez pas le droit de le prendre. Les verbes, d’accord, les adjectifs, les noms, les déterminants, c’est bon, mais la culture, impossible, ça ne passe pas. »

Je vous conseille donc:

X d’acheter ce livre chez votre libraire

X ou de l’emprunter dans votre bibliothèque

de lire autre chose

Qui se ressemble, d’Agnès Desarthe. Buchet Chastel – La Résonnante, 2026, 192 pages.

A noter qu’Agnès Desarthe sera présente au Salon du Livre de Genève le 21 mars.

Un livre également lu et chroniqué par Miriam et Nicole.

Seconde participation à Sing me a song organisée par Miss Sunalee avec en exergue la chanson Anta Oumi de Oum Kalsoum, l’artiste égyptienne.

Quatrième participation aux Gravillons de l’hiver chez La petite liste.

Une réflexion sur “Qui se ressemble – Agnès Desarthe

  1. Avatar de Sunalee Sunalee 10 mars 2026 / 19:58

    J’aime beaucoup ce morceau ! Tu penses que tu peux rajouter un clip ?

    Le livre a l’air très intéressant en tous cas, avec ces histoires liés au monde judéo-arabe.

    J’aime

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