Santiago Beruete – La sagesse des jardins

BerueteL’arrivée du printemps nous invite à reprendre le chemin des jardins et c’est justement la proposition que je souhaiterais vous faire aujourd’hui en chroniquant La sagesse des jardins de Santiago Beruete, poète et amoureux du jardin. Arpentant l’histoire des jardins depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours, il nous montre à quel point le jardin n’est pas seulement une création artistique hors du temps, mais qu’il est un témoin de son époque !

Bien que peu de choses soient moins naturelles qu’un jardin, celui-ci assouvit indéniablement un besoin enraciné au plus profond de la nature humaine : le besoin de transmettre, de communiquer, de léguer à la postérité un témoignage de certaines pensées et émotions La création d’un jardin est l’un des modes d’expression culturelle les plus sophistiqués. Comme tout œuvre d’art, les jardins traduisent l’essence d’une époque : si tous les documents historiques venaient à disparaître par magie, le seul spectacle des jardins d’André Le Nôtre (Vaux-le-Vicomte, Versailles, Chantilly…) suffirait à nous donner une idée de la société absolutiste du XVIIème siècle, de ses valeurs et ses idéaux.

C’est en effet l’influence de l’époque sur les jardins qui représente un fil rouge à travers l’ouvrage de Santiago Beruete et qui a le plus retenu mon attention. Ceux-ci ont certes des points communs ; en analysant l’étymologie du mot dans différentes langues, Santiago Beruete met en effet en exergue le fait que, « depuis ses plus lointaines origines, le jardin a été conçu comme un espace clos, circonscrit, séparé de la nature sauvage, que ce soit par des murs de pierres, des branchages, des piquets, des palissades ou des bornes symboliques ».

Pour le reste, que de différences entre le jardin du Moyen Âge caractérisé par un périmètre clos et le caractère utilitaire des plantes ou le jardin paysagiste qui est né chez les Anglais au XVIIIème siècle ! Ou encore entre les Grecs, chez lesquels ce sont surtout les parcs, qui seront des lieux propices à la naissance de la philosophie, traduisant au passage la conception égalitaire de la société ou les Romains, pour qui le jardin est intégré à la demeure, mais aussi instrumentalisé pour montrer la réussite matérielle du propriétaire.

Les passages les plus intéressants concernent à mon avis les périodes de transition que sont la transition de la Renaissance au Baroque :

Au cours de la transition entre le jardin de la Renaissance et le jardin baroque, on passe de la perspective linéaire courte à la perspective longue, de la fusion avec le paysage à la conquête de l’infini et de l’appel du lointain à l’attraction de l’abîme sidéral. (…) Ce nouvel agencement, bien plus rigoureux et hiérarchique qu’à la Renaissance, répond également au désir d’établir une séparation sociale.

ou encore du Baroque au jardin paysagiste anglais :

Tandis que le premier donnait forme au triomphe du rationalisme philosophique et à une conception mécaniste de la nature, le second exalte la liberté de pensée et prône le nature irrationnel, se conformant déjà aux principes romantiques. Là où le jardin formel tyrannisait la nature au profit d’un sens de l’ordre et de l’harmonie que l’on pourrait qualifier d’autocritique, le mouvement paysager prétend au contraire la laisser libre, suivant son cours ou s’y adaptant, partant du postulat que « toute la nature est un jardin.

Il est intéressant également de noter que des éléments du jardin comme le labyrinthe évoluent au fil du temps. Après avoir été tracés sur le pavement des cathédrales pour se substituer au pèlerinage à Jérusalem, ils sortent des églises au Moyen-Âge et incarnent l’ordre géométrique avant de tomber en désuétude. Or, Santiago Beruete nous dit qu’on construit à nouveau depuis les années 70 beaucoup de labyrinthes et de dédales végétaux :

Le labyrinthe est l’emblème parfait de notre époque, qui a délégitimé les grands récits explicatifs, perdu ses certitudes absolues, et s’égare dans le relativisme. Quelle meilleure image de notre siècle que cette errance à la recherche d’un centre qui n’existe plus…

Que dire de ce livre ? Il est riche de contenu, bien écrit, et très réussi dans plus des deux tiers. Dans le dernier quart consacré au jardin dans l’architecture moderne puis à son rôle dans l’utopie d’une société, j’étais quelque peu perdu par l’inventaire des noms, des ouvrages. Ma lecture en a été partiellement pénalisée. Enfin, j’aurais vraiment apprécié de voir des photos et illustrations pour continuer l’analyse et découvrir les nombreux lieux mentionnés.

Je vous conseille donc :

X d’acheter ce livre chez votre libraire si vous êtes un(e) passionné(e) des jardins

X de l’emprunter dans votre bibliothèque 

de lire autre chose

La sagesse des jardins, de Santiago Beruete, traduit de l’espagnol par Claire-Marie Clévy. Denoël, 2019, 383 pages.

6 réflexions sur “Santiago Beruete – La sagesse des jardins

    • Patrice 8 avril 2019 / 19:39

      Je me suis aussi dit que cela pourrait te plaire!

      J'aime

    • Patrice 8 avril 2019 / 19:38

      Un(e) heureux (se) en perspective !

      J'aime

  1. laboucheaoreille 9 avril 2019 / 10:53

    Très intéressante, cette perspective historique ! C’est vrai que le jardin fait aussi partie de l’architecture et qu’il recoupe plusieurs arts … Moi aussi, j’envisage d’offrir ce livre !

    J'aime

    • Patrice 18 avril 2019 / 20:45

      C’est un très bon conseil et l’association entre Histoire et jardin est indéniablement un point fort de ce livre.

      Aimé par 1 personne

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