Diane Meur – Les Vivants et les Ombres

MeurQue diriez-vous aujourd’hui d’une escapade au XIXème siècle, dans la province polonaise de Galicie, faisant alors partie de l’Autriche-Hongrie ? Les Vivants et les Ombres de Diane Meur nous dépeint avec brio l’ascension et la chute d’une famille polonaise, les Zemka, avec en fond historique les soubresauts de l’Histoire.

La première chose qui surprend en lisant ce livre, c’est le choix du narrateur (presque) omniscient : c’est en effet la maison, lieu de vie et de naissance de plusieurs générations de la famille Zemka, qui nous raconte l’histoire de la famille, avec souvent une liberté de ton, car ses murs capturent non seulement les discussions des maîtres, mais aussi leur non-dits et leur solitude, tout comme les coulisses du personnel.

Quand s’ouvre le récit, en 1820, nous faisons la connaissance de Joseph Zemka, fils d’un confiseur, qui reprend le poste d’intendant du domaine de la famille von Kotz, alors propriétaire. « Fameux laideron », se dit alors Joseph quand il fait connaissance de Clara, l’héritière du domaine… mais son côté énergique et opportuniste lui fait tout de suite comprendre l’intérêt de séduire la jeune femme. Ce serait pour lui l’occasion de récupérer le domaine qui, un temps, avait appartenu à un de ses ancêtres, le comte Ponarski. La jeune femme tombe rapidement sous le charme puis enceinte, et le jeune homme l’épouse.

Oui, elle aura eu ce qu’elle voulait : Jozef. Il va de soir qu’elle perdra vite ses illusions sur la noblesse d’âme de son mari et sur son attachement pour elle : il n’est ni bon comme elle l’avait pensé, ni loyal, ni probe. Avec les mois, les vertus dont elle le parait tombent comme autant d’écailles, elle ne le voit plus tel qu’il est : beau, méchant, volontaire. Et son amour se teinte d’amertume et de honte, même s’il reste présent.

Sous l’impulsion de Jozef, le domaine prospère ; une sucrerie voit le jour. Son seul souci : ne pas avoir d’héritier mâle. Les grossesses successives de Clara se soldent à son grand désespoir par la naissance de cinq filles. Des filles dont la vie occupent une large place dans le livre. Jozef ne pense qu’à leur trouver un bon mari, riche, qui les épouse le plus rapidement possible. Mais tout ne se passe pas comme prévu et de plus, la majorité d’entre elles ne peut choisir son destin :

Nous sommes prisonnières ici, condamnées au silence, à l’immobilité, et le temps passe sur nous et nous empoussière… Toi-même, ma belle Wioletta, tu te décolores, tu deviens pâle et triste comme le tissu de ces murs… Oh non, je ne veux pas devenir comme toi, je veux partir d’ici !

Comme le révèle Olivia de Lamberterie sur la quatrième de couverture, « tous les ingrédients d’une saga familiale sont là : amours contre son rang, enfants illégitimes, liaisons fatales, grandes passions et basses manœuvres ». Oui, ami(e)s lecteurs et lectrices, tout cela vous attend dans ce livre, mais pas seulement ! Il nous permet de revisiter l’histoire de cette région. La Pologne est alors découpée en trois parties (dont l’une est reliée à l’Autriche-Hongrie), des mouvements de lutte pour l’indépendance existent ; c’est la voie choisie par le frère de Jozef et son neveu. Même si l’action se passe souvent autour du domaine, on entend parler de l’occupation de Cracovie par les Autrichiens, Les mouvements sociaux se multiplient, et les paysans ruthènes s’en prennent à l’aristocratie polonaise. Il faudra attendre la seconde partie du siècle pour voir l’abolition des corvées. Enfin, à la fin du roman,  il est fait mention de Jakob Frank, qui convertit les Juifs au christianisme, et qui servit de base au récent livre d’Olga Tokarczuk, Les livres de Jakob.

La fin de l’histoire n’est guère reluisante pour la famille Zemka…

Que d’ombres, désormais, pour quatre ou cinq vivants ! Quel poids sur leurs épaules, que de regards invisibles concentrés sur eux !

Excellente lecture donc ! Un seule mise en garde : au début du livre figure un arbre généalogique complet couvrant toute la période du récit. C’est une bonne aide, mais ne faites pas comme moi, qui commençai à l’éplucher un peu tôt, ce qui me fit découvrir des choses avant l’heure !

Je vous conseille donc :

X d’acheter ce livre chez votre libraire

X ou de l’emprunter dans votre bibliothèque

lire autre chose

Les Vivants et les Ombres,  de Diane Meur. Livre de poche, 2009, 637 pages.

Grâce à cette lecture, je participe au défi de Madame lit dédié aux livres couronnés par le prix Rossel, ainsi qu’au challenge Pavévasion de Sur mes brizées.

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31 réflexions sur “Diane Meur – Les Vivants et les Ombres

  1. lilly 26 avril 2020 / 10:43

    Une blogueuse me l’a offert il y a de nombreuses années mais je ne l’ai toujours pas lu. Merci pour ce billet très alléchant.

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    • Patrice 28 avril 2020 / 05:34

      Merci pour ton commentaire. Maintenant, tu sais ce qu’il te reste à faire 🙂

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  2. luocine 26 avril 2020 / 10:48

    Je me dis que ce serait un bonne idée d’enrichir ma connaissance de la Pologne grâce à cette Saga. Je note donc.

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    • Patrice 28 avril 2020 / 05:39

      Bonne idée et si tu veux un roman historique qui couvre toute l’histoire de la Pologne, il faut lire « Pologne » de James Michener.

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  3. INGRID 26 avril 2020 / 10:50

    Aïe, j’avoue que le fait que la maison soit la narratrice me rebute un peu, ayant été refroidie par des expériences un peu similaires…mais ton enthousiasme est communicatif, et ce roman semble être ample comme je les aime..
    Ingannmic

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    • Patrice 28 avril 2020 / 05:40

      J’aime bien l’expression « ample » pour caractériser un roman :-). Je pense très sincèrement qu’il te plairait !

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  4. Passage à l'Est! 26 avril 2020 / 11:57

    Ce roman me fait les yeux doux depuis des années, et moi aussi mais je repousse toujours… Si j’aurais su, j’aurais fait comme toi pour participer au défi de Madame lit!

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    • Patrice 28 avril 2020 / 05:43

      Je comprends. Quand je vois ce que tu nous proposes sur ton blog, il y a une vive compétition parmi les livres pour être choisis ! J’aime beaucoup les défis organisés par Madame lit, ils me permettent souvent de lire des livres qui étaient depuis longtemps sur mes étagères.

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  5. Eve-Yeshé 26 avril 2020 / 13:54

    tentant, pour connaître encore mieux et j’aime bien les sagas alors…
    Tu vas finir par faire exploser ma PAL en me tentant de cette manière 🙂

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    • Patrice 28 avril 2020 / 05:44

      Il te faudrait un confinement strict pour en venir à bout !

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  6. Tania 26 avril 2020 / 18:10

    Je garde un bon souvenir de ce roman, et aussi de « La carte des Mendelssohn ».

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    • Patrice 28 avril 2020 / 05:46

      Excellente idée, je ne connaissais pas ce titre, que je vais tout de suite noter !

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  7. Madame lit 27 avril 2020 / 15:07

    Quel bon choix de lecture pour participer au défi! Je le lirai certainement l’année prochaine, peut-être avec un autre défi. Qui sait? Ce genre de lecture me convient parfaitement. Merci pour ta participation et titre noté pour le bilan.

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  8. Brize 28 avril 2020 / 09:50

    Un roman déjà croisé dans le cadre de ce challenge et il est apprécié. Je note ta mise en garde au sujet de l’arbre généalogique … d’autant qu’elle m’a rappelé ma propre mésaventure similaire avec un autre roman !

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    • Patrice 30 avril 2020 / 06:43

      Je le comprends ! Oui, j’ai voulu le signaler, il aurait dû se trouver à la fin du livre ou alors révélé de façon progressive avant chaque grande partie…

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  9. krolfranca 28 avril 2020 / 19:14

    Et bien moi contrairement à Ingannmic, c’est le choix de la maison comme narratrice qui m’enthousiasme, je le note illico.

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  10. Athalie 3 mai 2020 / 08:25

    Une lecture qui date un peu pour moi, mais je me souviens d’avoir trouvée d’un grand intérêt historique, l’histoire est vue par la maison effectivement, ce n’est pas gênant, au contraire, comme elle entend presque tout, c’est un point de vue souvent plutôt amusant, pour le lecteur !

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    • Patrice 4 mai 2020 / 06:07

      Exactement, ça donne une tonalité parfois impertinente au récit !

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