Jack London – L’Appel de la forêt

Il y a déjà quelques mois, Ma librairie lançait un challenge Jack London dont le principe est simple : lire des livres de cet auteur de mars 2020 à mars 2021, et laisser un lien sur son blog. Je m’étais promis d’y participer mais ce n’est qu’aujourd’hui que je publie le premier billet de participation : un véritable classique, le premier grand succès de Jack London, publié en 1903, alors qu’il n’avait que 27 ans : L’Appel de la forêt.

L’histoire de ce livre est, je l’assume, connue par la plupart d’entre vous : un chien, Buck, est enlevé pour être vendu par des trafiquants de chiens. Son destin l’envoie dans le nord canadien, où il est employé comme chien de traineau ; le lecteur observe sa transformation, parmi ses congénères et ses différents propriétaires, avant de retourner à la vie sauvage, au milieu des loups. Ce roman assez court (plus d’une centaine de pages) mérite amplement sa réputation.

La première chose qui interpelle est la personnification qui s’impose dès le début du roman. Buck habite la maison, « règne sur le domaine » et pénètre dans la mémoire des lecteurs comme une personnalité à part ; on s’attache rapidement à lui. Arraché à sa vie bien réglée, il se transforme et s’adapte à son nouvel environnement. Là encore, Jack London réussit à nous faire percevoir les changements qui s’opèrent en lui :

Il était en bonne forme, voilà tout, et inconsciemment il s’accomoda à son nouveau mode de vie. Jadis, même en présence d’un adversaire supérieur, il n’avait jamais refusé de se battre. Mais le gourdin de l’homme au chandail rouge avait fait pénétrer en lui un code plus fondamental et plus simple. Lorsqu’il était encore civilisé, il aurait donné sa vie pour une question morale, par exemple défendre la cravache du juge Miller ! Aujourd’hui, qu’il fût capable de se dérobe devant une obligation morale afin de sauver sa peau indiquait à quel point il était sorti de la civilisation. Il ne chapardait pas pour le plaisir, mais pour ne plus entendre son estomac crier famine.

Alternant entre des propriétaires plus ou moins bienveillants, devant assurer le transport du courrier dans des conditions extrêmement difficiles, ce qui signifiait l’abattage de plusieurs milliers de kilomètres dans la neige, les chiens luttent pour la survie :

A l’image de Buck, ses compagnons étaient devenus des squelettes ambulants. Lui inclus, ils étaient sept. Dans le martyre qu’ils subissaient, ils ne sentaient même plus la morsure du fouet ni la meurtrissure du gourdin. La souffrance provoquée par les coups restait sourde et lointaine, commes restaient sourds et lointains le sons ou les objets qu’ils percevaient. Ils ne vivaient plus qu’à moitié ou au quart, réduits à des sacs d’os où, timidement, quelques étincelles de vie papillotaient.

Buck côtoie des chiens qui lui sont opposés (comme Spitz avec lequel il mènera une lutte fatale pour prendre la tête de l’équipage), ou d’autres qui impressionnent par leur sens du devoir, qui va jusqu’à la mort. A lire ces lignes, on se dit souvent que la vie de ces chiens est une métaphore de la société humaine ; les conditions difficiles exacerbant les rivalités et les luttes pour la domination, on se remémore que Jack London était également un auteur engagé dans les luttes sociales et qu’il dénonce l’exploitation et l’injustice dans ce livre.

Servi par une écriture utilisant beaucoup de verbes d’action, des phrases courtes et percutantes, descriptives, le récit recèle une véritable intensité jusqu’à la fin. L’image que je garderai de ce livre est celle de Buck « devenant ce qu’il est », se révélant à lui-même pour devenir un véritable mythe.

Si vous n’avez encore jamais lu ce livre, je vous conseille donc de le découvrir :

X en l’achetant chez votre libraire

X en l’empruntant dans votre bibliothèque

en lisant autre chose

L’Appel de la forêt, de Jack London, traduit de l’américain par Pierre Coustillas. Le livre de poche, 2019. 118 pages

33 réflexions sur “Jack London – L’Appel de la forêt

  1. frconstant 16 janvier 2021 / 09:39

    Effectivement, un classique qui était déjà dans les mains de nos anciens. A l’image de tant d’autres auteurs classiques, Jack London a utilisé la nature et le monde des animaux pour nous conter l’histoire de la nature (impitoyable) de l’Homme. A lire et relire.

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    • Patrice 18 janvier 2021 / 20:22

      Tout à fait d’accord et cela est très bien rendu dans ce roman qui est vraiment une invitation à continuer la découverte de cet auteur. Merci pour votre commentaire pertinent !

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  2. Goran 16 janvier 2021 / 09:49

    J’ai découvert Jack London avec Martin Eden (offert par une blogueuse au début de mon aventure « bloguesque ») que j’ai adoré. Pour le reste de son œuvre, je fais partie de ceux qui aiment bien, mais sans plus…

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    • Patrice 18 janvier 2021 / 20:23

      J’ai mis Martin Eden également sur ma liste ! Tu reçois de beaux cadeaux des blogueuses, cher Goran 🙂

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      • Goran 19 janvier 2021 / 08:09

        Et oui 🙂

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  3. nathalie 16 janvier 2021 / 10:29

    Quel beau billet ! J’ai des avis assez partagés sur London mais je suis d’accord avec tout ce que tu dis sur l’exploitation et la compétition, et sur la façon dont un être, chien ou humain, parvient à trouver sa destinée.
    J’espère réussir à lire Martin Eden avant le mois de juin !

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    • Patrice 18 janvier 2021 / 20:25

      Merci, je me sens très flatté ! Belle lecture de « Martin Eden » !

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  4. keisha41 16 janvier 2021 / 10:46

    Un jour je lirai Jack London!
    En attendant, ma provision pour le mois de l’est s’accumule, trois ukrainiens, deux russes… Mais faut les lire, maintenant.

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    • Patrice 18 janvier 2021 / 20:26

      Et même si je conseille désormais Jack London, je dois aussi insister sur le caractère prioritaire de notre mois de mars ! Curieux de voir ce que tu as mis de côté. 3 Ukrainiens ? N’y aurait-il pas Andréi Kourkov dans la liste ?

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  5. luocine 16 janvier 2021 / 16:40

    bravo pour la photo … tu as de la neige en ce moment?
    j’ai adoré Jack London adolescente, pour moi ça reste une lecture d’ado.

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    • krolfranca 16 janvier 2021 / 18:54

      Ah non Luocine, si tu lis Martin Eden ou encore Le vagabond des étoiles, tu verras que ce n’est pas du tout une lecture d’ado.

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      • Patrice 18 janvier 2021 / 20:29

        Je te suis aussi sur ce commentaire ; en tout cas, ce livre aussi va au-delà

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    • Patrice 18 janvier 2021 / 20:28

      Merci ! Oui, nous avons droit à un épisode neigeux qui, hélas, est en train de s’effacer. Il faut de nouveau monter un peu en altitude pour en retrouver.
      Je trouve que ce livre peut parler à un large public ; je ne me considère plus (hélas d’un certain côté) comme un ado 🙂

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  6. dominiqueivredelivres 16 janvier 2021 / 17:54

    une lecture que j’ai aimé jeune et dont le plaisir ne s’est jamais démenti au fil des relectures, il y en eu plusieurs car j’ai accompagné mes filles et mes petits enfants et chaque fois je me suis retrouvée avec plaisir dans la forêt et la neige au royaume des loups
    indémodable

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    • Patrice 18 janvier 2021 / 20:29

      Indémodable, c’est le bon terme pour caractériser ce roman qui a en lui une réelle force. Merci pour ton commentaire.

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    • Patrice 18 janvier 2021 / 20:30

      Ils étaient gâtés !

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      • krolfranca 19 janvier 2021 / 06:55

        Tu as compris que je voulais écrire « je lis »… donc ils sont gâtés !

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  7. Ingannmic 16 janvier 2021 / 19:47

    Je l’avais lu au collège, mais il me semble que ce n’était pas la version complète (et le commentaire de Krol semble confirmer qu’il en existe une version pour les « jeunes »), ceci dit l’histoire est en effet restée gravée dans mon esprit, mais sans doute plus grâce à une de ses adaptations ciné qu’à cette lecture. J’avais oublié que le challenge de Ma librairie se termine en mars.. Je n’aurai donc comme toi lu qu’un titre (Martin Eden), que j’ai beaucoup aimé, le programme est trop chargé d’ici mars…

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    • Patrice 18 janvier 2021 / 20:31

      Pour toi qui n’était pas adepte de tous les challenges de lecture, tu es devenu celle qui ne manque jamais à l’appel :-).

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    • Patrice 18 janvier 2021 / 20:46

      Je peux bien l’imaginer !

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  8. Claudine Frey 17 janvier 2021 / 18:19

    Je ne l’ai pas encore relu mais je vais le faire ! C’est vrai que c’est une métaphore de la société humaine et que les hommes qui conduisent ces chiens souffrent presque autant qu’eux et luttent pour leur vie. Pourtant il y aussi un Jack London, me semble-t-il, qui prend parti pour les bêtes, qui n’accepte pas leur maltraitance. Dans une nouvelle Le silence blanc, Mason se montre cruel envers les chiens défendus par Malemut Kid , un personnage récurrent de London, et il paie sa cruauté, son orgueil d’homme supérieur, de sa vie.
    Merci pour ta participation; j’ajoute ton lien dans le bilan.

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    • Patrice 18 janvier 2021 / 20:48

      Tu as tout à fait raison, il est vrai qu’il n’accepte pas leur maltraitance et la dénonce. Un grand merci à toi pour l’organisation de ces lectures autour de Jack London : sans cela, je n’aurais jamais pris le temps de m’atteler à l’oeuvre de cet auteur, ce qui aurait été une erreur. J’espère encore en chroniquer un second en février.

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  9. Marilyne 18 janvier 2021 / 10:51

    C’est le premier London que j’ai lu, il n’y a pas si longtemps ( quelques années ). C’était plus par curiosité, les thèmes ne m’attirant pas plus que ça. Et j’ai adoré ! Quel talent narratif, et les descriptions. Il y a cette nouvelle qui est magistrale  » construire un feu  » avec laquelle j’ai enchaînée. En participant au rendez-vous de Claudia, j’ai lu Le Vagabond des étoiles que je ne peux que te recommander.

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    • Patrice 18 janvier 2021 / 20:56

      Je suis gâté par tant de bonnes suggestions. Je n’avais pas pensé à « Construire un feu » mais voilà une excellente idée pour continuer le voyage avec Jack London. Merci !

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  10. Bibliofeel 18 janvier 2021 / 14:12

    Ne pas oublier « Les mutinés de l’Elseneur » que j’ai lu l’année passée. Tout autre registre que cette aventure maritime et un excellent roman de Jack London que je place avant Martin Eden. Un auteur classique révélant son époque et aussi les fondations de la notre !

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    • Patrice 18 janvier 2021 / 20:58

      Je prends également volontiers cette excellente suggestion ! Merci !

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