
Quels seraient le prénom et le parcours de Michel Jean si le « progrès » n’était pas arrivé jusqu’au lac Pekuakami ? Telle est l’une des nombreuses questions que l’on se pose après avoir fini son excellent livre Kukum que j’ai acheté suite au billet de Madame lit. Je publie d’ailleurs mon avis exactement 4 ans après le sien, le 12 août, date à laquelle les lecteurs mettent la littérature québécoise à l’honneur. Dans Kukum, l’auteur revient sur la vie de son arrière-grand-mère Almanda, tout en retraçant le destin des Innus au Canada.
Quand on vieillit, les souvenirs deviennent des trésors.
Almanda, la narratrice, reprend son histoire à l’époque de ses 15 ans, quand elle grandissait, étant orpheline, avec son oncle et sa tante, qui étaient alors fermiers et vivaient pieusement et modestement. A ce moment, elle fait une rencontre fatidique avec Thomas, jeune Innu, qui l’invite à rejoindre sa communité.
Quand je perdais le fil de la conversation, je me contentais de rire. Le rire, tous les Innus le comprennent.
Almanda, qui était toujours attirée par le monde extérieur, s’intégrera progressivement, la vie nomade lui procurant la liberté nécessaire. Elle apprendra à se mouvoir en forêt, à manier une Winchester, à poser des collets, à tanner des peaux, à se fondre dans la nature pour ne faire qu’une avec elle et… fumer une pipe (d’ailleurs le fait de craquer une allumette sur sa jupe m’intrigue !). Ce savoir-faire respectueux de la nature, où l’être humain est considéré comme faisant partie de cette dernière, et non comme un être supérieur, et où la vie est rythmée par les saisons, on l’a déjà croisé dans le livre Les Semeuses. L’autre point commun est l’arrivée des colons et les conséquences néfastes pour les autochtones. Ainsi, Almanda et ses proches assistent, impuissants, à des changements qui leur feront abandonner leur mode de vie ; la construction du chemin de fer, l’industrialisation de leur petite ville et, surtout, l’exploitation de leur forêt avec laquelle ils cohabitaient depuis toujours. Ne prends que ce dont tu as besoin ne semble pas être la devise des nouveaux arrivants qui s’enrichissent dans cette nature sauvage.
Malgré le sujet difficile et les traumatismes affligés à plusieurs générations de peuples autochtones ayant pour conséquence la perte d’identité, je retiens la voix d’Almanda qui résonne de manière particulièrement douce, à l’instar de Malek, l’un des anciens qui racontait des histoires liées à sa jeunesse ou au passé des Innus. Il n’y a pas de colère dans ce récit, tout coule lentement comme de l’eau dans la rivière, empreint d’une acceptation de la vie passée, d’humilité devant le cycle de la vie et de ce que la vie lui a offert. Un très beau livre à découvrir sans tarder.
Grand-mère, voilà comment mes petits-enfants et mes arrière-petits enfants m’appellent. Voilà ce que je suis devenue, moi qui rêvais d’être kukum. Parfois, je m’inquiète pour eux. Le monde d’aujourd’hui est plus cruel que celui que tu m’as offert en cadeau, Thomas.
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Kukum, de Michel Jean. Points, 2022, 204 pages.
Lecture commune organisée par Sacha et Je lis, je blogue, dans le cadre des lectures québécoises promues par Madame lit.
Je suis donc la « pinailleuse » de cette LC ☺️. J’ai nettement moins aimé que toi et Doudoumatous, tout en passant un bon moment quand même. Il faut dire aussi que je sortais de deux excellents romans avec La baleine tatouée et Rhapsodie balkanique. Ravie que cette LC t’ait enthousiasmée en tous cas !
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Kukum n’a pas eu de bonnes conditions dès le départ chez toi – il n’est pas simple d’enchaîner après deux très bonnes lectures ! 🙂 Mais ton billet n’est pas non plus si négatif. Pour ma part, j’ai beaucoup aimé, même si j’avais lu récemment un autre livre sur les autochtones et j’ai eu un peu peur de la comparaison.
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seul l’avis de Sacha met des bémols à cette lecture et comme j’avais aimé le roman sur Montréal je vais sans doute me laisser séduire.
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Il ne faut pas hésiter à se faire son propre avis, c’est un petit livre qui existe en poche.
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Un auteur ignoré de ma bibli, donc tant pis. Ton avis fait partir des enthousiastes.
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Peut-être croisera-t-il un jour ton chemin !
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Merci Eva d’avoir apprécié autant que moi cette excellente histoire. La voix de Kukum résonne toujours en moi comme l’odeur des grands pins.
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C’est moi qui te remercie pour cette excellente suggestion. J’ai vu (dans une librairie allemande) un nouveau roman de l’auteur sur un sujet que je ne connaissais pas et qui m’a vraiment choquée. Pas sûre d’arriver à le lire un jour…
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Vous êtes en effet, comme Doudoumatous, plus enthousiaste que Sacha. J’ai moi-même eu quelques bémols suite à ma lecture de Maikan, de ce même auteur, surtout en lien avec le style, mais j’ai sinon été marquée par l’histoire, tragique (il y est question des pensionnats pour les enfants autochtones).
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Je vois que tous les livres de l’auteur traitent du même sujet, celui des injustices commises envers les autochtones. Il a le mérite de mettre la lumière sur tous ces événements. Son nouveau roman Qummik doit être poignant, car il traite d’une histoire vraie, méconnue et choquante.
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Je viens d’apprendre que l’auteur est invité au Salon du livre de poche qui se tient près de chez moi en octobre. Je me réjouis d’aller l’écouter !
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J’avais acheté ce livre il y a un an, mais ne l’ai pas encore lu… ce n’est pas encore son moment, ou le mien!
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N’hésite pas ! Mais chez moi aussi, le livre est resté assez longtemps sur mes étagères avant que je le lise.
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Je veux le lire depuis un bon moment, ton avis me conforte et en plus il est à la bibliothèque.
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J’espère qu’il te plaira, au pire il retournera vite à la bibliothèque 🙂
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Bonjour Eva. Je n’avais pas vu que tu participais à la LC (j’étais en vacances et donc un peu moins vigilante sur les publications des différents blogs). Je viens d’ajouter un lien vers ce billet. Je suis ravie que tu aies apprécié ce roman autant que moi. Je l’ai trouvé touchant. Sacha est moins enthousiaste mais c’est tout l’intérêt de ces échanges entre lecteurs.
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Merci ! Une très belle lecture pour moi, j’ai beaucoup aimé la voix de la narratrice 🙂
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J’ai beaucoup aimé ce roman, il est très touchant, j’ai aimé comment le rythme du roman est au départ lent et paisible puis il finit par s’accélérer à la fin du récit comme si « le progrès » changeait la perception du temps des personnages mais aussi du récit.
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Je partage complètement ton avis !
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J’ai beaucoup aimé cette lecture, même si j’ai trouvé que la grand-mère rencontrait peu de difficultés.
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Tu as raison d’écrire que le livre souligne surtout ses ressentis positifs.
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j’ai l’impression de le voir partout, ce livre… et il semble plaire à tous !
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J’espère que tu feras bientôt partie de ceux qui l’ont aimé !
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