
Premier tome du Cycle Vérité et Justice, La Colline-du-Voleur fut écrit en 1926 par l’auteur estonien Anton Hansen Tammsaare, et cette saga valut à son auteur un grand succès. C’est un livre que j’ai découvert, une fois de plus, par l’intermédiaire de Goran qui l’avait à l’époque chroniqué dans le cadre du Mois de l’Europe de l’Est et l’avait de surcroît beaucoup apprécié. Un avis que je suis heureux de partager en publiant aujourd’hui cette chronique.
Estonie, année 1870. Andres et sa jeune épouse Kroot arrive dans une ferme qu’ils viennent d’acheter. Le lieu s’appelle Vargamaë et, rapidement, les deux jeunes gens mettent leur énergie à remettre en état la ferme et les terres, constituées essentiellement de marais et de tourbières. Comme un symbole, la première charretée qu’ils rempliront ne le sera pas avec du seigle ou du foin, mais avec des pierres, si nombreuses dans le sous-sol. N’en déplaise, Andres a de l’énergie à revendre, et souhaite également creuser des fossés pour permettre l’écoulement de l’eau et la mise en culture. Il doit pour cela s’entendre avec Pearu, son voisin colérique, ivrogne, qui lui cherchera querelle pendant les longues années où il s’acharnera sur ses terres.
La Colline-du-Voleur s’étend de l’arrivée du couple sur la ferme jusqu’au départ de plusieurs enfants de la famille une vingtaine d’années plus tard. On suit leur installation, la naissance des enfants et leur évolution, les fêtes (rares et liées à la religion), et plus généralement la vie de fermiers dans ces régions difficiles et à une époque où le travail de la terre se faisait à la force des bras. La lecture de ce livre m’a d’ailleurs rappelé le 1er tome de La saga des émigrants.
L’été fut absorbé à Vargamaë Eespere par un travail incessant. Une tâche succédait à une autre sans qu’on ait seulement le temps de se frotter les yeux. Les foins n’étaient pas encore terminés que déjà le seigle commençait à se gâter, et il n’y avait rien d’autre à faire que de lâcher la faux pour empoigner la serpe.
Fin observateur de cette communauté, Tammsaare décrit non seulement avec talent le dur labeur de champs, mais également la vie de famille, les relations entre les individus, la hiérarchie qui existe dans la société. « Un valet, ce n’est pas un homme », s’écrie ainsi Pearu, le fermier voisin. Les fermiers, même pauvres, avaient à leur service un valet, une servante, un bouvier (qui s’occupait des animaux), du moins tant que les enfants ne pouvaient pas travailler. Tous partageaient une condition difficile. On perçoit également à quel point les hommes étaient rustres, appelant leur femme « leur vieille » (c’est le cas de Pearu) ou ne pensant qu’à la tâche, délaissant leur épouse (Andres), attendant des enfants surtout de l’aide et de continuer l’ouvrage commencé.
Tammsaare interroge dans ce livre les rapports de l’homme à Dieu. « Et j’ai l’impression que ton père est parfois ivre de Bible lui aussi, car cela lui ôte la raison comme l’alcool pur, si on la commence en excès. », fait-il dire à l’un des paysans, le plus sage, à l’une des filles d’Andres. Il pointe également le manque de vérité et de justice (d’où le titre de la saga) qui prévaut et interroge sur la finalité de la vie.
Tout paraissait aujourd’hui plus abondant – moissons, foins, bêtes, outils, argent – que par le passé, mais à qui cela profitait-il ? Quelqu’un avait-il une vie meilleure pour autant ? Quelqu’un pouvait-il, grâce à cela, souffler un peu ? Même avec ses membres douloureux et raidis, Andres le pouvait-il ? Vivait-il plus confortablement que quinze ou vingt ans auparavant ? Lui-même ne le croyait pas, et les autres pas davantage.
Au final, c’est une oeuvre majeure que cette saga, dont je me réjouis de découvrir le second tome, qui sera consacré à l’un des fils d’Andres, Indrek. Un seul regret, et de taille : ces livres ne sont plus disponibles à la vente, il faut donc bien chercher pour les trouver.
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La Colline-du-Voleur – Cycle Vérité et Justice, Tome 1, de A.H. Tammsaare. Editions Gaïa, 2009, 672 pages.




Je participe grâce à ce billet à Une rentrée à l’Est organisée du 15 au 30 septembre par Sacha, ainsi qu’aux défis Les pavés de l’été 2024 chez Sibylline, Les épais de l’été chez Tadloiducine, et aux lectures sur le Monde ouvrier et les Mondes du travail d’Ingannmic.
la violence du travail des paysans avant l’arrivée des moyens modernes est à peinevimaginable.
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Tu as raison, c’était une existence des plus difficiles avec toute la violence qui l’accompagnait. On peut parfois critiquer l’agriculture moderne mais elle a rempli nos ventres et considérablement amélioré les conditions de vie, de la population en général, mais aussi des agriculteurs, qui étaient usés très jeunes par le travail physique.
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Tu fais carton plein, avec cette lecture ! Bravo..
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N’est-ce pas ? :-). J’ai même dû m’y reprendre à deux fois pour coller tous ces logos de participation !
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Oh une saga comme je les aime ! Je vais fouiner chez les bouquinistes … Merci beaucoup pour cette belle première participation !
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N’hésite pas, c’est vraiment un très bon livre et je voulais absolument commencer par lui pour cette Rentrée à l’Est. Et 1 point pour l’Estonie 🙂
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Bravo pour cette trouvaille ! J’espère que tu trouveras les tomes suivants.
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Merci pour ton commentaire. Je vais m’y atteler prochainement !
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Inscrit dans mon Pense-Bête de Babélio
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Très bonne idée !
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Je crois que j’avais dû prendre en compte cette participation (repérée chez Sibylline) sans lire à fond le billet correspondant (ce que je viens de faire grâce à la piqure de rappel d’Eva – merci).
Dommage que le titre ne soit plus disponible en librairie, mais je tâcherai, effectivement, de ne pas le rater si je le vois passer en bouquinerie: c’est le genre de littérature « paysanne » qui peut tout à fait avoir sa place dans le « système de prêt de livres » de l’AMAP dont je fais partie!
(s) ta d loi du cine, « squatter » chez dasola
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Je ne peux que te renforcer dans ton choix ; c’est vraiment un bon livre et les nombreuses pages défilent vraiment rapidement.
Je suis allé faire un tour sur le site de l’AMAP, c’est vraiment un concept intéressant de pouvoir emprunter un livre en même temps qu’un panier de légumes 🙂
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