
Après ma lecture enthousiaste du livre Les pommes Antonov, de l’écrivain et Prix Nobel de littérature Ivan Bounine, j’étais heureux de voir que les Editions Syrtes ont pris l’initiative de regrouper plusieurs recueils de nouvelles en un seul tome, intitulé Nouvelles, en ayant soin d’y ajouter un inédit, oeuvre de jeunesse de Bounine. On retrouve ainsi dans cet opus le talent de l’auteur pour y décrire la vie, la nature humaine, la nature…
Les 36 nouvelles reproduites couvrent une période large de la vie d’Ivan Bounine : Une passion, nouvelle inédite mettant en scène un propriétaire terrien tombant amoureux de sa jeune voisine, fut écrite en 1886-1887 lorsqu’il avait 16-17 ans, tandis que la dernière de 1949, quatre ans avant sa mort. Une production abondante couronnée par le Prix Nobel de littérature en 1933, mais une vie mouvementée, notamment en raison de l’exil qu’il entreprit en 1920, à 50 ans, fuyant la Russie de l’après-Révolution pour rejoindre la France, où il dut recommencer à zéro. Et pourtant, qu’il l’aimait cette Russie à en juger par ses écrits où se mêlent lyrisme, nostalgie d’un monde qui n’est plus et mise en avant de la nature, notamment dans Les pommes Antonov.
Les grandes demeures et les domaines agricoles, la chasse, les odeurs, la lumière jouent un rôle très important dans son oeuvre, mais Bounine a également le don de raconter des histoires et de décrire en quelques phrases des personnages de la société russe, tel le sellier Ilia, dans Le Grillon, dont le récit d’une nuit de givre où meurt de froid son fils est saisissant. Ses écrits ont également un caractère universel, car Bounine sait parler du temps qui passe, de l’inutilité de toute vanité, de la souffrance, du caractère éphémère de la vie humaine, comme dans Nouvel An :
Je me souvins du dernier nouvel an que nous avions passé comme d’habitude à Saint-Pétersbourg en compagnie de mes collègues ; j’essayais en vain de me rappeler l’avant-dernier nouvel an et à nouveau la même constatation m’accabla : les années se confondent en un flot chaotique et indistinct, absorbées dans la grisaille des journées de travail ; nos facultés mentales et affectives s’émoussent ; on rêve de posséder un petit coin bien à soi quelque part à la campagne ou dans le Midi, de cultiver ses vignes en famille avec sa femme et ses enfants, de s’en aller à la mer en été pêcher du poisson ; mais tous ces rêves se dérobent les uns après les autres…
L’amour, les passions sont également présents dans le livre ; dans L’affaire du cornette Elaguine, l’officier Elaguine fait son apparition, blême, dans la salle à manger du capitaine, et annonce avoir tué sa compagne. On revit l’histoire de cette liaison, on touche au plus près le caractère des deux principaux protagonistes, et la description fine des lieux du crime donnent l’impression au lecteur qu’il assiste lui aussi au procès.
La lecture de ces Nouvelles fut pour moi une occasion supplémentaire de côtoyer le talent d’Ivan Bounine. Si vous ne l’avez encore jamais lu, je vous conseille donc :
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Nouvelles, d’Ivan Bounine, traduit du russe par Claire Hauchard, Boris de Schloezer, Joëlle Dublanchet, Madeleine Lejeune. Editions des Syrtes, 2022, 601 pages.
Participation aux Pavés d’hiver – Quatre saisons de pavés – lectures organisés par Au milieu des livres (Moka) & aux Bonnes nouvelles (édition 2025) de Je lis, je blogue.


Grace à Ginkgo j’avais déjà découvert des nouvelles de bounine, et c’était fort bien
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Tout à fait d’accord avec toi, et c’est un vrai plaisir de s’y replonger ! Je me souviens que Gingko avait publié « Le village » qui est aussi sur ma liste de prochaines lectures ainsi que, bien sûr, La vie d’Arseniev.
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Voilà un doublé improbable : un pavé de nouvelles ! L’extrait que tu as choisi dégage un charme irrésistible, je dois dire. Et quelle jolie couverture… Les Syrtes sont encore une de ces maisons d’édition que j’affectionne beaucoup.
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Oui, je m’étais fait la même réflexion que toi en voyant que ces nouvelles pouvaient intégrer le mois des pavés :-). Ce recueil est un cadeau de Noël qui m’a beaucoup fait plaisir, tant j’avais apprécié les nouvelles présentées dans le recueil « Les pommes Antonov ». C’est une très bonne idée des Editions Syrtes, en effet, et je suis toujours heureux de chroniquer certains de leurs ouvrages sur ce blog.
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Est ce que cet écrivain a écrit sur son exil en France ? c’est un sujet qui m’intéresse .
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Tu poses là une excellente question ! Même si certaines nouvelles évoquent le sud de la France, elles ne traitent pas en tant que tel de son exil personnel
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Je n’ai jamais lu Ivan Bounine mais tu en parles très bien..
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Merci beaucoup. J’étais très heureux de profiter du mois des Bonnes Nouvelles pour le lire :-).
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c’est un de mes auteurs russes préférés et je trouve toujours dommage qu’il ne soit pas plus connu en France
j’ai à peu près toutes ses nouvelles dans une vieille collection mais je trouve intéressant qu’un éditeur les rassemble une bonne façon de peut être les faire connaître mieux
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Oui, ce n’est pas l’auteur russe le plus connu en France et pourtant il le mérite. Il fut d’ailleurs le premier Prix Nobel de littérature russe. Ses recueils de nouvelles avaient été publiées aux Editions des Syrtes il y a une vingtaine d’année mais cette nouvelle édition fait vraiment plaisir en effet.
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Je lis peu de nouvelles mais il faudrait que je me lance. Je ne connais pas ce recueil que tu proposes mais cela a tout pour m’intriguer. Merci pour ce 2e pavé hivernal.
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Merci pour ton commentaire et pour ces rendez-vous saisonniers autour des pavés. Je lis également peu de nouvelles, mais j’ai été charmé par celles de Bounine. Je le recommande !
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Encore pas lu cet auteur. Je me le note.
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