
Traducteur du suédois (mais également du danois, du norvégien et de l’anglais), comptant à son actif plus de 150 ouvrages traduits, Alain Gnaedig est lui-même écrivain. Dans Requiem sur roues, il nous emmène dans un pays qu’il aime tout particulièrement, la Suède : l’achat d’une voiture, une Saab 900, est prétexte à une escapade nous conduisant sur les lieux qui furent naguère ceux où fut produite cette marque emblématique aujourd’hui disparue, mais plus largement nous offre une réflexion sur l’évolution de notre continent.
Alain Gnaedig est un passionné de la marque SAAB, dont il a déjà possédé 7 exemplaires différents. Premières voitures à avoir été conçues et testées en soufflerie (SAAB ayant d’abord été constructeur aéronautique), elles ont fait la fierté de l’industrie automobile suédoise. Commençant son périple dans le Nord-Ouest de la Scanie (le nom de la région rappellera quelque chose aux amoureux de l’inspecteur Wallander !), à Höganäs, l’auteur nous montre les transformations qui ont été à l’oeuvre en Suède, qu’il s’agisse de la fermeture de chantiers navals, de la fin des travailleurs de la mer, d’une usine de production de céramique fermée et délocalisée en Thaïlande… et bien sûr de la fin des anciennes usines Saab, dont les immenses parkings sont désormais vides ou n’accueillent plus que des touristes souhaitant se remémorer la marque sur l’un des sites.
Je roule dans une voiture d’une marque qui n’existe plus depuis 2011, une voiture admirable, à mes yeux inégalée, symbole de l’industrie suédoise, et de la désindustrialisation de toute l’Europe occidentale. Je roule dans un requiem sur roues, un tombeau poétique écrit à la mémoire d’un pays qui avait pourtant inventé et incarné à mes yeux pendant un moment un modèle et une certaine idée du progrès.
Cette certaine idée du progrès, c’est celle de la sociale-démocratie suédoise, ce « vent qui sentait bon, (…) qui soufflait dans le sens du progrès, et qui me portait », dit d’ailleurs d’elle Alain Gnaedig, lorsqu’il pose la première fois le pied dans ce pays. Un concept à part, combinant un marché du travail régulé par les accords entre partenaires sociaux, des services publics très conséquents et un haut niveau de protection sociale, mais qui fut dépecé à partir des années 90.
Requiem sur roues est un livre court, d’un peu plus de 150 pages constituées de courts chapitres, et se lit relativement vite. Il n’en laisse pas moins une réelle trace dans l’esprit du lecteur ; il nous montre une Suède frappée par la concurrence mondialisée, qui a dû se séparer de certains joyaux de son industrie (Saab automobile fut racheté par General Motors avant d’être mis en cessation d’activité dans les années 2010) ; au-delà de la Suède, le livre interroge le lecteur sur la place de l’industrie dans nos sociétés européennes, le déclin de notre modèle et de notre place dans le monde. Ce constat est livré sans le moindre misérabilisme, les faits déroulent sous nos yeux, comme les paysages de Suède que j’imaginais lorsque la Saab 900 parcourait les routes du pays. Une très belle invitation au voyage qui ne se refuse pas !
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Requiem sur roues – Le traducteur, la Saab et la Suède, d’Alain Gnaedig. Le mot et le reste, 2025, 170 pages.
A noter: le dernier livre de Jen Christian Grøndahl, Au fond des années passées, traduit par Alain Gnaedig, sortira chez Gallimard en septembre 2025.
C’est tentant !
Mon papa rêvait de conduire une Saab, il s’est contenté d’une Volvo 😉
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C’est drôle, Alain Gnaedig parle justement de cette rivalité entre conducteurs de Saab et de Volvo (il fait d’ailleurs une rencontre avec un propriétaire d’une Volvo et dira « Personne n’est parfait » :-))
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Ca donne envie.
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Oui, c’est à un très joli voyage (mais aussi à une vraie réflexion) que nous invite l’auteur.
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Voilà une belle trouvaille dont je m’empresse de noter le titre.
(et vivement la rentrée, pour le Grøndhal)
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Je suis heureux de voir que ce billet donne envie de lire ce livre :-).
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Voilà une belle trouvaille dont je m’empresse de noter le titre.
(et vivement la rentrée, pour le Grøndhal)
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Oh oui, le nom de Scanie me rappelle des souvenirs wallanderiens ! D’ailleurs, Mankell évoquait le détricotage du système suédois dans ses romans. Je ne suis pas fan de voitures, mais ce voyage me tente quand même !
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Tu as raison avec Mankell et c’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles je trouve les aventures de Wallander passionnantes ; c’est beaucoup plus qu’un simple roman policier.
Je ne suis pas non plus un grand connaisseur de ces voitures (j’ignorais que la marque Saab n’existait plus), mais cela ne constitue pas du tout un frein à la lecture de ce livre.
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Parler d »un pays à partir d’une voiture emblématique, pourquoi pas.
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Oui, et c’est très réussi !
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Je ne le lirai probablement pas, mais la Saab a retenu mon attention, réveillant le souvenir de la voiture non ordinaire d’une prof formidable.
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Tu vois, la lecture du billet t’a au moins rappelé de très bons souvenirs !
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je n’ai jamais aimé aucune marque de voiture mais je connais la marque Saab et je ne sais absolument pas pourquoi !
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Le nom est déjà la promesse d’un pays lointain ? Et puis, pour toi qui apprécia tant « la saga des émigrants », la Suède n’a peut-être pas de secrets 🙂
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J’ai cru que le sous-titre commençait par « Le tracteur » (cohérent avec les roues ^^)
L’originalité du point de départ me tente beaucoup !!
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On est loin des tracteurs quand même :-). Oui, c’est original et vraiment intéressant.
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