
Dans le petit village de Leontica, dans les Alpes tessinoises, le narrateur du livre demande à un vieil homme de 90 ans, le Felice, s’il peut l’accompagner dans ses journées. Jours à Leontica, de l’écrivain suisse Fabio Andina, retrace ces instants, cette routine qui se met en place tous les matins, dès 5h15, pendant les huit jours que les deux hommes passeront ensemble.
Dans cette vallée, si tu as besoin d’un coup de main, tu trouves toujours.
Le Felice, malgré ses 90 ans, est encore très actif. Il arpente à pieds nus les chemins qui le mènent tous les matins au même endroit, une « grouille » où il s’immerge tout nu, par tous les temps, avant d’attendre de sécher grâce au vent puis de redescendre en passant chez le Sosto, qui finit de traire ses vaches. On ne sait finalement pas grand chose de lui, hormis qu’il fut un temps marié, et qu’il vit de peu. Il rend visite à sa soeur, qui souffre d’Alzheimer, aux habitants du village, il ramasse des champignons et des châtaignes et faites de petites courses dans la région avec sa Suzuki, dont la batterie fait des caprices. Sans oublier de passer par le bar local, le Cedrone tenu par la Candida.
Me voilà maintenant assis dans la cuisine avec le Felice. Il ouvre le clapet de la Sarina et son visage s’illumine d’orange, il plisse les yeux au moment de remettre du bois dans le fourneau, puis ajoute deux tranches de courge à bouillir avec le romarin et Dieu sait quelles autres herbes il a encore mis dans l’eau. Il récupère un journal dans le tiroir du buffet et sort. Il s’assoit sur le banc de granit de gauche et commence à étudier le Giornale del popolo d’il y a deux ou trois jours en partant de la dernière page. C’est la tenancière du Cedrone qui le lui passe. Le Felice n’a pas la télévision, ni la radio, ou le téléphone. Il n’a même pas de boîte aux lettres. Le peu de courrier qu’il reçoit, la factrice Alfonsa le luie remet en mains propres, ou alors elle le laisse sur le banc avec une pierre par dessus, et s’il pleut elle le pose sur la table de la cuisine, de toute façon la porte est toujours ouverte.
C’est toute cette vie simple, au milieu d’une galerie de personnages variés, qui se déroule au fil des pages. Le récit « glisse », entre la description des gestes du quotidien et les discussions insérées dans le texte sans guillemets, la présence de quelques mots de dialecte locale renforçant l’encrage du livre dans son territoire. Chronique d’un monde rural en déclin, d’une région de montagne reculée, où la solidarité est automatique, et surtout non démonstrative, Jours à Leontica est un récit touchant et simple, à l’image de son personnage principal, le Felice.
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Jours à Leontica, de Fabio Andina, traduit de l’italien par Anita Rochedy. Zoé, 2023, 305 pages

Lecture dans le cadre des Escapades en Europe – Voyages dans les Littératures européennes ! organisées par Cléanthe et consacrées en juillet à la grande traversée des Alpes.
Merci pour ta participation! Je découvre au passage un auteur.
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Avec plaisir 🙂
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Je suis ravie que quelqu’un ait lu ce titre à l’occasion de la thématique « escapades » de juillet ! J’ai l’impression que tu es un peu moins enthousiaste que moi… mais je crois surtout que c’est un texte qui acquiert avec le recul une empreinte singulière (cela a du moins été mon cas…).
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Merci pour ton avis. J’ai peut-être été un peu « dur » dans mon commentaire, même si j’ai vraiment bien aimé ce livre qui, comme tu le signales, laisse vraiment une trace.
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J’aime beaucoup ce genre de « récit tout simple »
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Je suis exactement comme toi !
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Il est dans ma PAL depuis un bon moment. C’est le moment de l’en sortir.
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Assurément, tu ne feras pas d’erreur, il a sa propre musicalité, son propre rythme qui entraînent le lecteur.
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J’aime généralement beaucoup ce genre de récit.
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Et je te comprends !
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J’aime vraiment bien ce genre de comportement « tout simple », loin de la frénésie d’un univers hyperconnecté. Pour ce « Felice, donc, les nouvelles du journal sont toujours bonnes à lire même si elles datent de quelques jours, et il n’est obnubilé ni par télé, ni par radio, ni par téléphone, ni (je suppose)
(s) ta d loi du cine, « squatter » chez dasolapar internet. Que demande le peuple?!
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Oui, cela donne d’ailleurs une vraie respiration
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j’ai envie de connaître Felice , merci.
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Une belle rencontre en perspective !
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