
Ecrivain suisse allemand, Peter Bichsel (1935-2025) a écrit de nombreuses chroniques dans les journaux suisses. Celles relatives à son pays sont regroupées dans ce court recueil autour du texte principal, La Suisse du Suisse, écrit en 1967 qui nous éclaire sur le pays.
Notre représentation de notre pays est un produit étranger. Nous vivons dans la légende que les autres ont faites de nous.
Si le nom de Peter Bichsel m’était inconnu jusqu’à récemment, j’ai pu me rendre compte à quel point il faisait partie des écrivains majeurs de la littérature suisse. Adepte de la forme courte, il rencontre le succès lors de la parution de son premier roman, Le laitier, en 1964. Récipiendaire du Prix Littéraire du Groupe 47 (groupe d’écrivains de langue allemande actif dans l’après-guerre), puis membre de ce groupe, il est à l’origine des « Solothurner Literaturtage » (« Journées littéraires de Soleure », nom d’une ville suisse connue notamment pour son centre-ville baroque).
Dans La Suisse du Suisse, il revient sur les traits qui font la Suisse : le sentiment de la conscience de soi, renforcé durant la Seconde Guerre Mondiale, cette fierté d’arborer son passeport à l’étranger, sa conviction de la beauté de son pays…
Je suis Suisse. Quand je dis à ma mère : « Je vais en Allemagne » ou « Je vais en France » ou « Je vais en Suède », elle répond : « Tu vas donc à l’étranger. » Pour les Suisses, il y a deux mondes : le pays et l’étranger.
Derrière cela, pour Bichsel, qui resta toute sa vie socialiste, son pays est celui des bourgeois et des réactionnaires, où les mesures sociales sont d’abord combattues car elles pourraient briser l’ « initiative privée ». Les Suisses se sont habitués à être une sorte de musée et il met en garde contre l’absence de débats réels et de confrontations malgré des votations et la présence d’un Parlement fédéral, sujet qu’il développe dans d’autres parties du livre. Il demande d’ailleurs une démocratie qui sorte de sa zone de confort.
Une démocratie sans discussion serait muséale. L’ennemi intérieur de la Suisse s’appelle un sens civique perverti. La position du hérisson – enroulé avec les piquants vers l’extérieur – est devenue le symbole de notre indépendance. Mais même un hérisson doit se dérouler pour se nourrir.
Peter Bichsel s’étend également sur la richesse et la perversion qu’elle provoque chez ces concitoyens ; ce « virus de la richesse » qui fait que certains sont convaincus que les étrangers veulent les voler. Il en déduit d’ailleurs que la Suisse d’aujourd’hui, pourtant beaucoup plus riche, ne pourrait plus être à l’origine de la Croix Rouge comme elle le fut au XIXème siècle.
La Suisse du Suisse suscita une vraie polémique, même si constructive, à sa sortie en 1967. La lecture du livre est très intéressante car l’auteur apporte une réflexion intellectuelle sur ce qui est susceptible de rendre la démocratie plus vivante dans son pays.
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La Suisse du Suisse, de Peter Bichsel. Paru en 1970 en version français aux Editions de l’Age d’Homme. Indisponible.
Lu en allemand : Des Schweizers Schweiz, de Peter Bichsel. Suhrkamp, 1997, 102 pages.

Ce livre a été lu dans le cadre des Feuilles allemandes.
je ne suis pas certaine que ce livre soit dans ma médiathèque , et comme tu ne conseilles pas de l’acheter … que faire ?
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Oui, je conçois qu’il est difficile de se procurer ce livre. IJe ne sais pas si « Le laitier » est disponible dans ta bibliothèque mais c’est, paraît-il, un très bon livre
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Parfois c’est bien difficile de trouver ces livres…
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Oui, tu as raison. Ils ont été traduits à une époque et il suffit que la Maison d’Edition n’existe plus pour qu’il n’existe plus aucune version disponible.
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J’ai l’impression que les Suisses ne sont pas les seuls à voir les choses comme la mère de l’auteur, non ?
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C’est vrai :-). Il ne faut aller loin pour trouver de tels exemples !
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Ma bibliothèque ne l’a pas dommage, il m’aurait intéressée. Je vais voir du côté des occasions ..
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Ce ne sera pas si facile dans la mesure où le livre est sorti en version française il y a plus de 50 ans (et à ma connaissance, il n’existe pas de réédition). Tu me diras si tes recherches sont fructueuses.
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L’allemand parlé en Suisse est-il le même qu’en Allemagne ?
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Bonne question :-). L’allemand appris à l’école est le même (« Hochdeutsch »), mais on parle le suisse allemand, dont la compréhension est complexe même pour les Allemands, et qui varie selon les endroits où l’on se situe en Suisse !
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pourquoi pas, dommage qu’on ne le trouve facilement. Je ne suis pas si loin de la Suisse et je connais mal le pays (à part que c’est cher cher cher ^^)
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nouvelle contribution aux Feuilles Allemandes
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Après avoir balayé mes sites d’occasions habituels je vois en effet la difficulté, je ne trouve rien. Il ne reste guère que l’espoir d’une réédition, un jour ..
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