
Si l’année 2024 avait été celle de la Saison de la Lituanie en France, les sorties de livres traduits du lituanien restent sporadiques. Aussi, après les très belles lectures ces dernières années de Ténèbres et compagnie (Sigitas Parulskis), La partie n’est jamais nulle (Icchokas Meras) et La saga de Youza (Youozas Baltouchis), j’étais heureux de découvrir un autre titre, Blanc contre Noir, de l’autrice Danuté Kalinauskaité.
Les Editions Bleu & Jaune ont l’heureuse habitude de consacrer une page à la fin de chaque ouvrage à la présentation des auteurs et traducteurs. On apprend que Blanc contre Noir est le premier roman de Danuté Kalinauskaité, née en 1959 à Kaunas, qui est reconnue dans son pays pour ses nouvelles (apparemment non traduites en français).
Dalia travaille dans un hôtel à Londres. Alors qu’un courrier vient de lui parvenir concernant un héritage improbable du Luxembourg, elle décide de rentrer au pays. Le défunt est un certain Thomas Vaibzdys, et Dalia doit prouver qu’elle a des liens de parenté avec lui pour ouvrir un dossier de succession. Elle s’attache donc à reconstituer l’arbre généalogique de la famille en compagnie de sa mère, mais cette dernière est frappée de démence et ses instants de lucidité se restreignent.
C’est ainsi qu’avec maman nous avons entrepris notre voyage à travers la famille et le temps. Par moments, une noirceur surgit et maman ne sait plus qui elle est, ni qui je suis. Puis, en me regardant avec méfiance, elle lance : « Je vais dire à ma fille de te renvoyer… » Et parfois, doucement (comme avant !), elle prend mon visage entre ses mains, me regarde droit dans les yeux, comme pour raviver le passé, sauf que ses souvenirs cette fois sont trop profondément enfouis dans sa mémoire, et me relâche, s’éloignant à nouveau.
Timotiejus, Vaclovas, Eloyza, Agnieté, Jonas… Ce sont quelques-uns des protagonistes qui parsèment le livre. Dès les deux premières pages, le ton est donné d’un récit dense où alternent les époques, les narrateurs et les membres de la famille, mais également fait de contrastes, ce que résume le titre de l’ouvrage. On y évoque les périodes d’occupation russe et leur lot de déportation, les guerres bien sûr, qui jalonnèrent l’Histoire de la Lituanie ces dernières cent-cinquante années. Certains épisodes sont très marquants comme celui de cette petite cousine qui évoque les conditions de survie de l’après Seconde Guerre Mondiale où l’un des buts de la famille était de « duper l’estomac ». D’autres sont plus légers, comme ce charlatan qui, en se présentant comme un coach réputé et richissime, décide justement de reprendre contact avec sa cousine Dalia quand l’écho de l’héritage lui parvient… Dans tous les cas, l’autrice sait décrire avec beaucoup d’acuité chaque événement.
Dans sa quête de témoignages, Dalia permet que toutes les souffrances et le vécu de la famille soient recueillis. Au-delà de la dimension familiale, du thème de la transmission, de l’éparpillement géographique subi par les individus en raison des vicissitudes des époques, j’ai trouvé ce livre très juste car il nous permet également, à nous, de réfléchir à cet héritage et cette histoire qui est aussi celle de notre continent. Malgré son format relativement court (200 pages), la densité et la construction nécessitent de la part du lecteur une attention particulière, mais celui-ci s’en trouvera largement récompensé par la découverte d’un livre original et laissant une réelle trace après la lecture.
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Blanc contre Noir, de Danuté Kalinauskaité, traduit du lituanien par Miglé Dulskyté. Editions Bleu & Jaune, 2025, 215 pages.
J’espère que notre vieille Europe ne va pas être de nouveau frappée par une tragédie qui enverra les familles aux quatre coins du globe (expression bizarre car un globe c’est rond !)
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Je suis déjà convaincue de la qualité de l’diteur!
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