Mikołaj Łoziński – Les Enfants Stramer

Mes récentes incursions dans la littérature polonaise, à travers des livres très différents comme Les Voleurs de sureaux, L’Art d’écosser les haricots ou La terre promise, ont toutes été de franches réussites. Aussi me tardait-il de reprendre la direction de la Pologne littéraire. C’est le cas cette fois-ci avec un auteur contemporain, Mikołaj Łoziński, qui signe avec Les Enfants Stramer, un roman sur six frères et soeurs juifs pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Heureux celui qui naît et meurt au même endroit, avait-elle entendu un jour à la synagogue. Qu’en aurait dit son père ? Combien de Juifs de Tarnów exécutés sur la place du marché auraient été d’accord avec ça ?

Mikołaj Łoziński est un auteur polonais né en 1980. Il a remporté un grand succès avec son roman Reisefieber (non traduit) en 2006. Les Enfants Stramer est son deuxième roman traduit en français, le premier s’intitulait Stramer et s’attachait à décrire la vie d’une famille juive dans la ville de Tarnów dans les années 30 et constituait en fait le premier tome de l’histoire de cette famille de six enfants, inspirée par l’histoire familiale de l’auteur.

Les enfants de la famille Stramer sont séparés par la Seconde Guerre Mondiale. On perçoit leur lutte pour la survie à partir de l’année 1943 jusqu’à la directe après-guerre. Le lecteur suit sur quelques pages le quotidien de l’un des enfants (et même de la fille de l’un des frères de la famille) avant de passer à un autre des personnages. Certains se sont réfugiés en Union Soviétique, comme Hesio qui deviendra une figure importante de résistance polonaise communiste, ou Rena et Rudek, ses frères et soeurs. Wela travaille quant à elle dans une fabrique de vis et rivets et se cache sous un faux nom, comme son frère Nusek, le benjamin de la fratrie qui a pu s’évader d’un camp de prisonnier.

Quel que soit celui des enfants Stramer, c’est l’instinct de survie qui les gouverne. Certes, certains épisodes vécus évoquent des heures sombres de la Seconde Guerre Mondiale, mais l’envie de vivre prédomine. On se rend également compte à quel point, malgré la noirceur de l’époque, la solidarité n’avait pas disparu : Wela et son mari ont eu la vie sauvée par une polonaise et la fille de Rudek est cachée comme enfant juive par une vieille femme qui lui traitait les cheveux à l’eau oxygénée pour qu’ils restent blonds et ainsi n’éveillent pas de doute dans le voisinage.

Elle sautait les pieds joints, raide comme un piquet. La dernière fois qu’elle avait sauté à la corde, c’était il y a trois ans. (…). Ses camarades de la cour sont certainement meilleures qu’elle à présent, car elles peuvent continuer de s’entraîner tous les jours, elles n’ont pas à se cacher sous une table ou derrière un lit. Maintenant, c’est à cela qu’elle est la meilleure.

Je me suis attaché aux personnages, à leur énergie, leur lutte, à leur errance également car on se doute bien que le rêve communiste commence à se heurter à la réalité de la mise en place d’un pouvoir autoritaire.

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Les Enfants Stramer, de Mikołaj Łoziński, traduit du polonais par Laurence Dyèvre. Les Editions Noir sur Blanc, 2026, 305 pages.

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