
Déclaration de la personne est le dernier roman en date de la lauréate du Prix Nobel de Littérature 2004, l’écrivaine autrichienne Elfriede Jelinek. Paru en allemand en 2022, il est le récit d’une enquête fiscale et des réflexions qu’elle a suscitées chez sa « victime ».
Vous êtes notre affaire tant que vous gagnez de l’argent, vous êtes à nous mais sans être des nôtres, cela non.
Un véritable désarçonnement. C’est le sentiment qui m’a habité dès la lecture des premières pages de Déclaration de la personne. Qui parle ? A qui la narratrice s’adresse-t-elle ? sont les premières questions qui surgissent. Au-delà ce ça, le lecteur est apostrophé par le style très particulier : c’est un long monologue, très vindicatif, plein de ressentiment entre les autorités et qui n’hésite pas à faire enchaîner les idées au risque de perdre le lecteur.
Ecrit en 2022, le « roman » s’inscrit dans son époque (crise du Covid, celle des migrants) et a pour genèse un contrôle fiscal auquel est soumise la narratrice – que l’on identifie comme l’écrivaine. La critique du capitalisme, de l’accaparement des richesses par une minorité qu’on laisse tranquille, le procès des deux pays (Autriche et Allemagne) – qui taxent les citoyens mais furent très cléments sur les richesses accumulées par les nazis et leurs descendants -, l’histoire familiale, l’injustice jalonnent les 240 pages du livre écrit dans une langue qu’elle qualifie elle-même de « libre comme l’air » et d' »indomptable ».
C’est très, très, compliqué pour nous. Monsieur le docteur Allemagne, non, messieurs les deux docteurs, je ne sais pas, dois-je me jeter à vos pieds, m’allonger sur cette bonne terre, bien chaude, et vous demander pardon de n’avoir pas choisi l’anonymat, de ne pas avoir profité des avantages sociaux, de ne pas avoir évité les conflits de succession, même s’il n’y en a pas eu, de ne pas avoir séparé les différents secteurs d’activité, de ne pas avoir contourné l’obligation de tenir une comptabilité, je l’ai déjà mentionné, mais on le répétera jamais assez, je sais qu’une fois vous a suffi. Pardonnez-moi, ô pays, de m’être limitée à une seule activité commerciale, d’avoir insisté pour supporter des frais courants élevés dans mon pays d’origine… »
Ce fut une lecture à laquelle je me suis consacré par petites touches, en raison de la particularité de l’écriture. Heureux d’avoir fait enfin la connaissance d’une plume majeure de la littérature européenne contemporaine (même si l’attribution du Prix Nobel fut critiqué), je dois néanmoins reconnaître que, malgré sa richesse, ce livre ne s’adresse pas à chaque lecteur. On comprend aisément qu’il y aura des admirateurs mais aussi des détracteurs de l’oeuvre.
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Déclaration de la personne, d’Elfriede Jelinek, traduit de l’allemand (Autriche) par Sophie Andrée Fusek. Seuil, 240 p., 2026.
Bonjour Patrice, j’avais lu une pièce de théâtre d’Elfriede Jelinek « Eurydice parle » et en effet son style m’avait semblé spécial, heurté. C’était aussi un monologue. Je ne suis pas sûre de vouloir relire cette écrivaine. Mais c’est vrai que son oeuvre est importante, on ne peut le nier. Bonne soirée !
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Merci pour ton commentaire, Marie-Anne. Eva avait lu de son côté La Pianiste, son plus grand roman. Même si l’on est pas complètement conquis, cela reste un plaisir de découvrir des plumes différentes !
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J’avais essayé de lire un de ses romans (pour les Feuilles allemandes) mais abandonné au bout de quelques pages. L’écriture est si dure…
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Oui, je pense que « ça passe » ou « ça casse » pour résumer. C’est en effet très particulier à lire, je te rejoins complétement.
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je sens que je ne lirai pas ce roman, trop compliqué pour moi.
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Je te comprends, je ne pense pas que cela te plairait.
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Je ne sais pas si mon premier commentaire est passé car il y a eu une sorte de bug quand je l’ai validé. Je disais que le sujet de ce livre est audacieux. Pas facile d’accrocher le lecteur avec une histoire de déclaration d’impôts !
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Merci d’avoir renvoyé ton commentaire, je ne l’avais en effet pas reçu. L’autrice a su exploiter un redressement fiscale en une diatribe qui ne perd pas de sa force au fil des pages.
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Ce roman s’adresse à son contrôleur fiscal ?!
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Elle sait tellement bien rendre l’oppression bureaucratique froide!
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