Mikhaïl Zochtchenko – Contes de la vie de tous les jours

Zochtchenko« Comment se fait-il que l’humoriste russe le plus célèbre de l’ère soviétique soit inconnu du public francophone, alors qu’il ne le cède en rien à ses confrères européens ou anglo-saxons ? En effet, de son vivant, Mikhaïl Zochtchenko était admiré à tel point qu’il devait souvent se déguiser sous un pseudonyme pour résister aux assauts de ses admirateurs. Des dizaines d’usurpateurs circulaient en URSS en se faisant passer pour lui« , peut-on lire dans la préface du livre. Réparons donc cette injustice aujourd’hui en découvrant les Contes de la vie de tous les jours (ouvrage sous-titré « Nouvelles satiriques soviétiques des années 1920 ») !

Né en 1895 à Saint-Pétersbourg, Mikhaïl Zochtchenko a été rendu célèbre dans les années 20 par ses nouvelles comiques qui avaient non seulement l’intérêt de réjouir de nombreux Russes, mais également d’avoir un effet de thérapie sur leur auteur, « mélancolique voire suicidaire ». Comme le signale le traducteur dans l’introduction, le langage populaire, le rythme « sec, nerveux, laconique » employés par l’auteur ont fait en sorte que ses écrits sont difficiles à traduire, d’où ce manque de notoriété dans notre pays.

Les textes présentés dans le livre sont très courts (2-3 pages), précis dans leur rédaction, humoristiques, mais en arrière-plan, on sent toute une époque de changement, de conditions de vie difficiles. Ainsi, dans « Les bains », la première nouvelle, si le fait de vouloir se laver tourne à l’affrontement pour obtenir une bassine libre, le narrateur se voit remettre un pantalon troué et un manteau déchiré qui n’étaient pas les siens. Lui aussi avait des habits troués, mais pas au même endroit !

Plus tard, dans « Les invités », on découvre que « quelqu’un vient de dévisser une ampoule électrique de vingt-cinq watts dans les toilettes », ce qui mène à une fouille :

Bien sûr, comment le nier ! Une nouvelle race d’invités est née. Il faut les surveiller tout le temps. Que chacun mette son propre manteau. Et qu’on se fourre pas en prime une toque de mouton sur le crâne. (…)  Les invités en personne, chacun à son tour, retournent leur poches, déboutonnent leurs survêtements et leurs pantalons bouffants, et défont leurs bottes. Mais on ne tomba sur rien de très répréhensible, juste quelques sandwiches et une demi-bouteille de madère, quelques petits verres à vodka et une carafe.

Dans la même veine, une bataille dans la cuisine d’un appartement communautaire opposant 20 personnes à cause d’une vétille montre que le sentiment de propriété est bien là dans chaque citoyen de cette nouvelle Russie soviétique. Ce livre a aussi un caractère universel dans sa description de la nature humaine : la lâcheté d’un homme qui raccompagne une femme et désigne celle-ci à ses agresseurs nocturnes ou encore ces hôtes délicats qui en viennent à faire l’addition du repas qu’ils offrent à leurs invités.

C’est drôle, caustique, concis et comme le souligne le traducteur dans la préface, c’est assurément un auteur qui mérite d’être redécouvert. Par conséquent, je vous conseille de :

X l’acheter chez votre libraire ou bouquiniste

X l’emprunter dans votre bibliothèque

lire autre chose

Contes de la vie de tous les jours – Nouvelles satiriques soviétiques des années 20, de Mikhaïl Zochtchenko, traduits du russe par Michel Davidenkoff. Les Editions Noir sur Blanc, 1987, 146 pages.

Ce livre a été lu dans le cadre du Mois de l’Europe de l’Est d’Eva, Patrice et Goran.

11 réflexions sur “Mikhaïl Zochtchenko – Contes de la vie de tous les jours

  1. Valentyne 18 mars 2018 / 06:40

    Encore une découverte pour moi

    J’aime l’ironie de l’extrait choisi …

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    • Patrice 18 mars 2018 / 20:28

      Oui, c’est un titre assez dépaysant, et le format rend la lecture aisée.

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  2. Goran 18 mars 2018 / 09:05

    Je n’ai jamais entendu parler de cet écrivain… Bravo pour la découverte !

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    • Patrice 18 mars 2018 / 20:29

      Merci à toi Goran. On a encore une ou deux surprises en préparation 🙂

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  3. Claudine Frey 18 mars 2018 / 17:08

    On connaît mal les écrivains de l’Union soviétique, à l’exception des dissidents),les autres on les ignorait. C’est drôle, je trouve cet humour si triste, si amer, d’après les exemples que tu donnes, (les invités, la lâcheté de l’homme..etc ) que cela ne me fait pas rire ! Bien sûr, je suppose qu’ à l’époque cela devait faire l’effet soupape de sécurité !

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    • Patrice 18 mars 2018 / 20:33

      Oui, c’est un côté très ironique, et je comprends ta réaction.

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  4. luocine 18 mars 2018 / 17:58

    comme le commentaire précédent je ne trouve pas cela drôle mais très triste, je vais faire ce que je peux pour trouver ce recueil de nouvelles pour mes lectures à haute voix

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    • Patrice 18 mars 2018 / 20:33

      Merci pour ce commentaire. Si tu ne le trouves pas, fais-moi signe, nous avons un exemplaire à la maison.

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  5. tempsdelectureblog 20 mai 2018 / 17:26

    Je ne connaissais pas du tout, rereremerci pour la découverte:) je vais vite l’acheter celui-ci, je vais avoir besoin de rire après Dostoievski que je suis en train de lire (j’aime beaucoup ceci dit, c’est par moment un peu dur..)

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