Kamala Markandaya – Le riz et la mousson

Quand l’idée nous est venue d’organiser les lectures autour de l’Inde, il me paraissait absolument indispensable de trouver un livre qui parlât des paysans. En effet, plus de la moitié des 1.3 milliards d’habitants que compte le pays vivent encore directement de la terre. Mon choix se portait donc sur Le riz et la mousson, de Kamala Markandaya, un roman qui a valu à son auteure un grand succès à sa sortie dans les années 50.

Publié en 1954 par Kamala Markandaya, Le riz et la mousson met en scène Rukmani, la plus jeune fille d’un chef de village. Son père n’ayant plus de dot pour sa quatrième fille, il la destine à un paysan sans terre, Nathan, auquel elle est unie dès l’âge de… 12 ans.

C’est Rukmani qui est la narratrice et qui décrit ce que fut sa vie à partir de son mariage et jusqu’au décès de son mari. A l’image d’un récit qui se limite aux années de mariage, on sent dans le livre à quel point les hommes sont puissants dans cette société traditionnelle.

Le portrait qui est offert au lecteur est très vivant, on tourne les pages avec un grand plaisir même si, sur le fond, le dénuement dans lequel vivaient Rukmani, son mari et leurs enfants ne pousse pas à l’optimisme. Ils vivent dans une hutte construite par Nathan, sont totalement tributaires des conditions climatiques et de la récolte de riz, gagnent leurs vie en ramassant des bouses de vache qu’ils sèchent puis vendent. Certaines années, c’est l’ « opulence » si l’on peut utiliser ce terme ; d’autres, c’est la survie qui est l’enjeu du quotidien :

A présent que le reste du riz avait disparu, nous éprouvions une sorte de soulagement ; plus besoin de plans et d’économies pour le faire durer davantage : tout avait été mangé jusqu’au dernier grain.

A partir de ce moment-là, nous mangeâmes uniquement ce que nous pouvions trouver : le fruit moelleux dans sa maturité du figuier de Barbarie ; une ou deux patates douces, noires et à demi pourries jetées au rebut par une main plus riche ; quelquefois un crabe que Nathan arrivait à attraper près de la rivière. Le matin et le soir mes fils parcouraient la campagne, rapportant tantôt quelques pousses de bambou, une tige de canne à sucre ou un morceau de noix de coco ramassé dans un ruisseau de la ville. Pour se les procurer il leur fallait chercher très loin ; nous n’étions pas les seuls dans notre cas, d’autres fermiers, d’autres familles étaient eux aussi en quête de nourriture ; pour chaque plante ou racine comestible, il fallait se battre – livrer une bataille désespérée qui transformait les amis en ennemis et mettait fin à toute notion d’humanité.

Il faut une bonne dose de résignation pour supporter ces conditions et l’on voit rapidement que les fils s’éloignent de cette terre. Kamala Marandaya montre bien que la société change : une tannerie s’installe, l’urbanisation progresse, et la pression sur les paysans sans terre augmente, et ceux-ci sont bientôt obligés d’abandonner celle qui les nourrit.

Je vous conseille vivement de découvrir ce livre et ses personnages auxquels on s’attache tant. Ils ont du bon sens, une profonde honnêteté et un vrai sens de l’honneur, et l’on ne peut qu’être attendri par l’attachement qui lie Nathan et Rukmani.

Plus guère disponible dans une édition récente (et c’est bientôt dommage…), il reste assez accessible d’occasion. Je vous conseille au final de :

X l’acheter chez votre bouquiniste

X l’emprunter dans votre bibliothèque

lire plutôt autre chose

Le riz et la mousson, de Kamala Markandaya, traduit de l’anglais par Anne-Marie Soulac. J’ai lu, 1982. 244 pages.

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