André Malraux – Les chênes qu’on abat

Malraux

Il n’aura échappé à personne que l’année 2020 aura été une année de commémoration autour du Général de Gaulle : 50 ans après sa mort, 80 après le célèbre appel du 18 juin, ou encore 130 ans après sa naissance, il me semblait intéressant à mon tour de lire un livre traitant du grand homme. Certes, si le temps me l’avait permis, je me serais volontiers orienté vers l’ouvrage De Gaulle – Une certaine idée de la France, écrite par l’historien Julian Jackson, qui a fait l’objet de nombreux éloges. Je décidai finalement de découvrir Les chênes qu’on abat, d’André Malraux.

S’il est un personnage connu, je voudrais néanmoins consacrer le début de cette chronique à André Malraux. Né en 1901 et décédé en 1976, il fut un auteur reconnu (il obtint le Goncourt pour La condition humaine et transposa ses souvenirs de la guerre d’Espagne, à laquelle il participa dans L’Espoir), lutta contre le fascisme activement (aux côtés des républicains espagnols), et se rallia à De Gaulle durant la Seconde Guerre Mondiale. Il fut Minitre d’Etat, Ministre de la Culture de 1959 à 1969.

« J’ai tenu à montrer un général de Gaulle qui n’est pas seulement de l’Histoire », écrit Malraux dans sa préface. Ce récit trouve son origine dans une visite que rend l’auteur au Général le 11 décembre 1969 à son domicile de La Boisserie ; il est à ce titre un des rares ministres invités après son retrait du pouvoir. Ce sera également la dernière fois que les deux hommes se rencontreront avant la mort de l’ancien président.

Il appelle Français ceux qui veulent que la France ne meure pas. (…) Il n’y a pas de Charles dans ses Mémoires, mais pas davantage dans un dialogue avec lui. Il exprimait un destin, et l’exprime lorsqu’il proclame son divorce avec destin. L’intimité avec lui, ce n’est pas de parler de lui, sujet tabou, mais de la France (d’une certaine façon), ou de la mort.

Comme l’illustre cette citation, il est beaucoup question de la France dans cet échange entre les deux hommes : on perçoit que de Gaulle s’est senti abandonné par les Français lors du référendum de 1969, lui qui liait son destin à celui de son pays… mais il est également question de l’Histoire en général, des grands Hommes, de la Résistance, de la mort… J’ai trouvé également intéressant les réflexions du Général sur le Tiers-Monde, qu’il voyait jouer un rôle de premier plan avant une génération, mais aussi sur les Etats-Unis.

Je ne crois pas que les Etats-Unis, malgré leur puissance, aient une politique à long terme. Leur désir, qu’ils satisferont un jour, c’est d’abandonner l’Europe. Vous verrez. La Russie, elle, veut gagner du temps. Et la France n’a plus de desseins du tout. Mais je n’écris pas pour ceux qui vont me lire ; c’est bien trop tôt.

Pour être franc, si j’ai lu avec beaucoup d’appétit les premières dizaines de pages, j’ai eu beaucoup plus de mal à me concentrer par la suite : le style n’est pas toujours facile d’accès, Malraux a tendance à s’épancher plutôt qu’à laisser parler de Gaulle, et puis, il me manque sûrement quelques références pour vraiment apprécier ce livre. J’en garde quelques passages et réflexions très intéressantes, à l’image de cette dernière, alors que les élections présidentielles de 2022 se dessinent en France

Son action ne vient pas des résultats qu’il atteint, mais des rêves qu’il incarne et qui lui préexistent.

En conclusion, je n’aurai pas l’outrecuidance de conseiller de lire autre chose. Il est possible que ce livre parle davantage à d’autres lecteurs que moi. Quoi qu’il en soit, j’aimerais vraiment relire un livre sur de Gaulle, que ce soit la biographie d’Eric Roussel ou celle de Julian Jackson.

Les chênes qu’on abat, d’André Malraux. Gallimard, 1971. 239 pages

7 réflexions sur “André Malraux – Les chênes qu’on abat

    • Patrice 26 décembre 2020 / 07:30

      Merci, Goran, c’est une bonne idée finalement de lire l’intéressé lui-même !

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  1. keisha41 26 décembre 2020 / 10:31

    (OK, pb de clavier?)
    J’allais dire aussi de lire De gaulle lui même, il semble qu’il écrivait plutôt bien!
    Maulraux, on a tous (?) dans l’oreille le Entre ici Jean Moulin. On ne le lit plus trop.
    Pour cette année De Gaulle, j’ai fait ma midinette et lu Les femmes du général (auteur Bardy), rien de croustillant, un poil trop hagiographique, mais facile à lire et intéressant pour connaître les grandes lignes de la vie de De Gaulle

    Aimé par 1 personne

    • Patrice 31 décembre 2020 / 09:06

      Oui, j’ai réécouté récemment « Entre ici Jean Moulin » et c’est vrai que ça impressionne toujours ! Je pensais lire L’Espoir de Malraux l’année prochaine, à voir car la liste des intentions s’allonge déjà.

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  2. laboucheaoreille 26 décembre 2020 / 10:44

    De Malraux j’avais plutôt aimé « la condition humaine » mais il a tendance à être pompeux quand il parle de politique ou de « grands hommes ».

    J’aime

    • Patrice 31 décembre 2020 / 09:07

      Oui, c’est exactement ce que j’avais ressenti en lisant ce livre pour être honnête.

      Aimé par 1 personne

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