Alfred Komarek – Les Larmes de Polt

Pour égayer nos journées automnales, je vous emmène aujourd’hui prendre un verre de veltliner dans une des caves de la région viticole autrichienne. C’est ici qu’Alfred Komarek a planté le décor de ses livres mettant en scène l’inspecteur Polt. Les larmes de Polt, écrit en 1998 et édité dans l’édition Noir sur Blanc en 2002, est le premier de la série.

Alfred Komarek (né en 1945) est un auteur de textes radiophoniques, d’essais et des romans policiers. Ces derniers ont connu un beau succès en Autriche, renforcé par l’adaptation pour la télévision.

Les histoires de la « série Polt » se déroulent à Brunndorf, un petit village dans le nord-est de la Basse-Autriche. Nous sommes alors non loin de la frontière tchèque, dans une région caractérisé par ses vignobles. Les grandes villes sont loin (ici, on se moque des viennois), le temps semble être arrêté. Les vignerons depuis des générations, un café de l’Eglise où tout le monde se retrouve, de la bonne nourriture et de l’alcool… quelques pistes pour que vous vous fassiez une impression.

Il aimait rouler sur ce réseau touffu de chemins agricoles qui dessinaient un labyrinthe indéchiffrable pour les étrangers et que l’on avait fini par goudronner quelques années auparavant. Les chemins longeaient les exploitations des uns et des autres ; si d’aventure on croisait un véhicule, la prudence s’imposait et on avait alors le temps de reconnaître un visage familier, de se saluer ou d’échanger quelques banalités. Accessoirement, l’inspecteur pinçait régulièrement des conducteurs aussi avinés que futés qui tentaient de contourner les contrôles routiers en empruntant les petits chemins. Surtout, Polt aimait le paysage. Là où aucun mur d’enceinte ne faisait barrage, il s’étirait si proche, à portée de la main : les monts et les vaux tissaient un paysage de relief, doux et rond.

Pourtant dans ce lieu à l’apparence idyllique, on retrouve Albert Hahn raide mort dans sa cave. Intoxication au gaz carbonique : le vieux docteur Eichhorn n’hésite pas une seconde en établissant le certificat de décès. Une cause assez courante, paraît-il, car « c’est le quatrième dans la région depuis la mi-septembre ».

L’affaire tombe évidemment sous la responsabilité de Simon Polt – l’inspecteur de la gendarmerie, originaire du coin et qui vit seul avec son chat. Connaissant bien le village et les relations qui y règnent, il sait depuis le début que Hahn, avec son caractère pourri, ne manquera à personne. Polt, de nature peu loquace, se déplace à vélo pour s’asseoir dans un café et écoute les gens, les on-dit, les vieilles rancunes pour apporter un peu plus de lumière dans cette affaire.

Simon Polt avait presque fini son assiette. Il prit le dernier morceau de rôti et tout en mastiquant, il promena un petit bout de Semmelknödel dans son assiette. Patiemment, avec méthode, il épongea en jouisseur le jus de viande rehaussé d’ail. Lorsqu’il fut enfin satisfait il glissa délicatement le fruit de ses efforts entre langue et palais, et l’ingéra avec recueillement. Sa réconciliation avec lui-même et le monde ainsi accomplie, il était prêt à échanger quelques mots aimables (…)

Encore une fois, le livre est plus un portrait d’un village, d’une région, de la nature humaine qu’un roman policier. Ici, où tout le monde se connait, une bouteille de vin n’est jamais très loin. Les locaux ne se soucient pas des apparences et parlent « comme le bec leur a poussé ». Les jeunes sons presque absents, partis généralement en ville… On se méfie des citadins, ainsi que des étrangers – on garde un œil vigilant sur les Tchéques, bien sûr, on est en 1998 et l’ouverture des frontière n’est pas si ancienne. D’ailleurs, l’histoire aurait bien pu se situer en Moravie, de l’autre côté de la frontière. Pour cela, nul besoin de changer un grand nombre de noms de famille du livre car ils sont déjà à consonance tchèque – les reliques de la monarchie austro-hongroise. Idem pour l’auteur dont le nom, pour l’anecdote, signifie en tchèque « petit moustique ».

Je conseillerais donc ce roman à des amateurs de vin, des bon vivants, des amoureux de la campagne perdue et surtout à celles et ceux qui ont prévu un petit séjour en Autriche et ses régions viticoles.

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Les larmes de Polt, d’Alfred Komarek, traduit de l’allemand par Catherine Vacherat. Noir sur blanc, 2002, 160 pages.

Ce livre a été lu dans le cadre des Feuilles allemandes, consacrées à la littérature de langue allemande.

8 réflexions sur “Alfred Komarek – Les Larmes de Polt

  1. luocine 13 novembre 2021 / 08:49

    Je connais quelqu’un qui adore ce genre de romans policiers .

    Aimé par 1 personne

    • Eva 13 novembre 2021 / 14:33

      Ils ont un certain charme (surtout pour ceux qui sont originaires de cette région ou ceux qui y passent un séjour). Les allemands aiment beaucoup des polars régionaux (comme par exemple la série de Rita Falk). Je pense qu’en France la région la plus représentée est la Bretagne 🙂

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  2. Livr'escapades 13 novembre 2021 / 12:11

    Je ne connaissais pas ce petit moustique… 😉 J’aime bien les polars d’atmosphère. Tu penses lire la suite?

    Aimé par 1 personne

    • Eva 13 novembre 2021 / 14:25

      Peut-être, surtout si on devait passer quelques jours dans la région 🙂

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  3. dominiqueivredelivres 15 novembre 2021 / 13:08

    je ne connaissais pas du tout mais je suis assez fan des polars accrochés à une ville, une région
    je vais noter immédiatement même si je ne le lis pas tout de suite
    je te recommande la trilogie de Rademacher qui se déroule dans le Berlin de la fin de la guerre

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  4. Passage à l'Est! 15 novembre 2021 / 13:12

    Me voilà bien tentée, et en plus il est à la bibliothèque. Je le lirai avec un verre de zöldveltelini, comme on dit par ici.

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  5. Madame lit 15 novembre 2021 / 16:17

    J’aimerais bien aller passer un petit séjour en Autriche et visiter ses régions viticoles. 😉 Je ne connaissais pas cet inspecteur mais les petits villages fermés où tout les habitants se connaissent, ça me parle! Merci Eva pour cette découverte!

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