
À mes yeux, le premier roman de l’auteure suisse Marlène Mauris a marqué des points dès le début. Tout d’abord en tant qu’objet grâce à une belle couverture et les illustrations de Pierre-Yves Gabioud qui s’accordent parfaitement avec l’histoire. Pas étonnant puisque son oeuvre est indéniablement liée aux montagnes suisses dont il est originaire (tout comme l’autrice) et dont l’esprit est joliment décrit comme une recherche poétique de l’accord entre le coeur et la nature. Deuxièmement, j’étais séduite par le parcours de l’autrice, brièvement mentionné sur le rabat, notamment par sa décision de reprendre une épicerie de montagne à La Sage.* Le troisième point positif est lié au titre, Escarpées, qui illustre très bien les paysages, les images et les personnages qui s’offrent aux lecteurs. Est-ce que mon compteur s’arrêtera là ?
Si quelque chose pouvait définir cet endroit et ses gens, ce serait bien ça : le non-dit pudique et assourdissant. Il est sublime, profondément résistant, imperméable à la douceur. Rassurant pour l’un, renversant pour l’autre.
Nous sommes dans les années 90 et le lecteur embarque dans les montagnes valaisannes dans une famille dont les membres ont chacun leur caractère propre. Annette, la mère, qui aime bien écrire et s’intéresse au monde au delà du village. Henri, son époux, éleveur de moutons, qu’elle a su cerner à travers sa carapace d’un fanfaron autoritaire, lui qui n’est pas avare de beaux jurons et a parfois du mal à se limiter à un verre. Ensemble, ils ont eu trois filles : Léonie, la calme et raisonnable, Marion, effrontée et courageuse, Lucie, la petite dernière.
Sous la tente, un cercle naturel s’est formé autour d’Henri et de Francis qui, de force égale, visiblement, en sont réduits à se tirer par les cheveux, tant les coups de poing semblent vains. Leurs tignasses, si maigres aujourd’hui, sont le dernier des biens qui leur soit encore précieux. Des côtes, ils en ont assez, des vertèbres, plus qu’il en faut.
Après une tragédie qui s’abat sur la famille et pour un temps déterminé, la Française Feodora viendra occuper un lit supplémentaire dans la chambre de Léonie. Âgée de 25 ans, cette artiste munie d’un moleskine pour prendre note de toutes ses nouvelles expériences, espère trouver dans ces coins reculés le matériel nécessaire à sa carrière artistique. Comment s’adaptera-t-elle à son nouvel environnement ? Son style me paraissait un peu artificiel par moments (le seul bémol de ce livre), mais elle a évidemment fini par gagner toutes mes sympathies après son échange avec Madame Bovon (les lecteurs comprendront).
Cette sorte d’animal civil qu’est le paysan de montagne fascine le citadin en mal d’exotisme. Si d’aventure, le touriste pouvait se lier d’amitié avec l’un de ces bons sauvages, le récit de ses vacances serait sauvé ad aeternam.
Doucement, Marlène Mauris déroule l’histoire de ces villageois que les touristes ont pour l’habitude de photographier en guise de souvenir, leur vie ponctuée par les saisons et les fêtes du village, et en brosse un portrait très vivant vu de l’intérieur sans essayer de l’enjoliver. J’étais enchantée par ce premier roman qui abrite sous le même toit la rudesse et l’amour et j’ai quitté cette famille avec regret.
Il faut toujours, toujours tout recommencer. Les moutons, les foins, les années, les mois, les semaines et les jours… il faut tout reprendre depuis le début, tout le temps ! On n’en finit jamais de remettre les compteurs à zéro. Refaire le plein, refaire le lit, refaire de la paille, refaire les soques, refaire la tonte, refaire la fosse, refaire du bois. Refaire, refaire, refaire. Jusqu’à ce qu’on en crève d’avoir trop fait !
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* Entre-temps, sa vie a pris un autre chemin, comme on l’apprend dans cet intéréssant article qui lui est consacré dans le magazine suisse romand L’Illustré.
Escarpées, de Marlène Mauris. Favre, 2024, 200 pages
L’avis de Rebecca
Le Valais, mon canton de cœur… Ce premier roman me tente donc évidemment beaucoup.
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Je t’imagine bien dans un chalet dans le Valais après une bonne randonnée, en train de lire ce roman et déguster les Croustilles de Sion 🙂
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Quelle personnalité passionnante ! Et ce livre a l’air très beau, sur le fond comme sur la forme. Je note la référence à Ramuz dans l’article sur cette actrice, c’est justement un auteur que je compte découvrir prochainement.
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Un très beau premier roman, je pense que tu pourrais être sensible à son histoire et à l’écriture ! En lisant l’entretien avec l’autrice, j’espère bien qu’elle choisira comme sujet de son prochain livre son épicerie et ses clients !
Quel roman de Ramuz as-tu choisi ? Je n’ai lu que La grande peur dans la montagne que j’ai beaucoup aimé.
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C’est justement le titre que j’ai en vue 😊.
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Le lieu de l’intrigue et l’histoire me tentent bien malheureusement le livre n’est pas dispo à la bibli. Peut-être plus tard
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Ce n’est pas évident de trouver les nouveautés suisses dans des bibliothèques en France et Noël est encore loin !
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J’ai eu un gros coup de cœur pour ce beau roman !
Tu en parles très bien 😉
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Une très belle découverte, on est bien d’accord 🙂
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Un livre que j’aimerais certainement, pour étoffer mes lectures suisses.
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C’est une très belle découverte !
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tu le présentes bien et je me dis qu’il me plairait aussi, et je suis d’accord pour la couverture , elle est très jolie !
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L’ensemble est très réussi, on voit bien toute l’attention qui a été portée à ce livre ! Je ne doute pas qu’il te plairait.
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ça a vraiment de quoi me tenter !! Malheureusement, aucune trace à ma bibli…
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Malheureusement, les nouveautés suisses ne sont pas toujours disponibles dans les bibliothèques en France…. J’espère que le roman rejoindra ta PAL par d’autres chemins 🙂
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