
Magdalena Blažević est une autrice croate née en 1982 et vivant à Mostar, en Bosnie-Herzégovine. C’est justement en Bosnie que se déroule son roman A la fin de l’été, qui est son premier à être traduit en français. La narratrice s’appelle Ivana, et y raconte son enfance, au milieu de sa famille, avec sa meilleure amie Dunja ; une enfance qui sera rattrapée par la guerre et dont l’issue ne fait guère de doutes.
Je m’appelle Ivana. J’ai vécu quatorze étés, et ceci est l’histoire du dernier.
« Aux habitants du village de Kiseljak, en mémoire du 16 août 1993 ». Ce repère spatial et temporel est le seul du livre ; à dessein, l’autrice nous livre un récit visant à dénoncer la guerre, son absurdité, et à montrer que celle-ci peut toucher n’importe qui d’entre-nous.
Le récit, constitué de courts chapitres et phrases, est très poétique, fourmille d’images, d’impressions colorées, d’odeurs, mais également de toute l’imagination d’Ivana.
Eclaircissez-vous les esprits à l’air matinal. Ici, même l’été, les matins sont frais et bleus. La brume ne tarde pas à fléchir, le soleil la dissipe comme une somnolence rêveuse. Sentez-vous l’odeur de la vieille paille ? C’est mon frère qui l’a sortie de l’étable.
Dans ce quotidien qui s’écoule, on se rend compte petit à petit, par certains détails que le pays est en guerre : des portails cadenassés, les grands-parents qui ont déménagé dans le cellier servant dorénavant d’abri… Néanmoins, les événements extérieurs, comme l’exil, sont subordonnés aux impressions de l’autrice, et ne dominent pas le texte. La narration ne s’arrête pas à la mort d’Ivana et elle nous raconte ce qui suit sa mort.
Le prêtre a ouvert les bras. Ailes blanches. La peau lisse et propre, elle sent le savon. Il est encadré de jambes lasses. Genoux chancelants et brodequins crottés. La voix du prêtre est uniforme et douce. Le cercueil tombe dans le cloaque bourbeux. Le son est perturbant. Comme un coup de marteau sur une tête de clou. La corde boueuse est tirée et roulée en un nid de serpents. Les mottes de terre dans la main sont froides. Telle était la froidure dans le lilas de mémé. Elles résonnent contre le couvercle du cercueil. Les doigts sales s’essuient à la toile des pantalons. Les pleurs des hommes sont muets.
A la fin de l’été est un livre qui marque le lecteur par sa construction, la poésie du texte, son caractère universel, par sa dénonciation des dangers de la guerre et de son arbitraire, mais aussi la profonde tristesse qui se dégage du dernier chapitre. C’est d’ailleurs un livre que je conseille de lire deux fois pour s’imprégner de sa musicalité propre.
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A la fin de l’été, de Magdalena Blažević, traduit du croate par Chloé Billon. Les Editions Bleu & Jaune, 2025, 176 pages
Quelle magnifique écriture. Encore une belle découverte aux éditions Bleu et jaune !
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Oui, tout à fait, c’est un très beau livre servi par une écriture marquante !
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Je note ce roman. Sur l’absurdité de la guerre, j’ai beaucoup aimé aussi les livres de Mario Rigoni Stern
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Merci pour ton commentaire ! Je n’ai lu qu’un livre de Mario Rigoni Stern -Les saisons de Giacomo- mais il m’avait beaucoup plu et marqué.
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Un titre au goût de nostalgie.
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Dans ce cas, c’est malheureusement le symbole de la fin d’une vie
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la violence et l’absurdité de la guerre c’est vraiment un sujet d’aujourd’hui , mais peut-on faire quand des pays non démocratiques décident qu’ils ont le droit d’envahir un autre pays, évidemment je pense à L’Ukraine et à son voisin Russe.
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Oui, je te rejoins. Ou quand on voit que des pays ne respectent plus les règles qu’ils ont eux-mêmes édifiées (USA).
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