
Lauréat du Prix Goncourt 1925, Raboliot est un roman qui dépeint la vie rurale en Sologne de l’après-guerre, en faisant d’un braconnier et ouvrier agricole employé à la tâche le personnage principal du livre. C’est ma première lecture d’un livre de Maurice Genevoix (1890-1980), ancien Secrétaire permanent de l’Académie française, « panthéonisé » en 2020.
Raboliot est le surnom donné à Pierre Fouques, un tâcheron, père de trois enfants, qui améliore son quotidien en s’adonnant au braconnage. Bien plus qu’un moyen de subsistance, cette activité, qu’il mène avec sa fidèle chienne Aïcha, est sa raison d’être.
Cet autre-là, on ne l’appelait que Raboliot : à tel point qu’on avait oublié le nom de ses père et mère, qui était Fouques ; et jusqu’à son nom de baptême, qui était Pierre. Sa mère elle-même, la vieille Montaine, sa femme Sandrine ne l’appelaient que Raboliot ; une sornette qui était sienne depuis toujours, depuis les premiers mois de sa vie. Déjà futé, remuant, le corps fin, l’oeil vif et noir, c’était bien vrai qu’il ressemblait à un lapin de rabolière, à un raboliot bien venu, de lignée sauvage et drue : lapereau sauvage, bête des bois, les broussailles étaient son domaine, les « aronces » épineuses où il se coulait à l’aise, les longues friches où foisonnent les bruyères, et les couverts de grands genêts qui le cachaient, debout, tout entier.
On fait la connaissance de notre homme quand il est en train de vider un étang sous la surveillance de Tancogne, le fermier général au service du comte à qui appartiennent les terres. On le retrouve peu après en train de vendre le produit de son braconnage à un dénommé Trochut, mais il échappe de peu à la police qui surveillait le recelleur. C’est le début d’un « jeu de cache-cache », de provocations envers l’autorité d’un homme épris de liberté. Condamné à une amende qu’il refuse de payer, Raboliot finit par se cacher. Un duel se met à distance entre lui et le gendarme Bourrel dont la question de l’issu donne au roman une véritable tension.
Raboliot est un roman des plus riches. Séduisant d’entrée par sa description du travail dans les étangs, servi par un vocabulaire précis (englobant le parlé de la région), il décrit très bien la vie solognote, la nature environnante, la pratique du braconnage (qu’elle soit au collet, à la lanterne, au filet), et plus généralement la condition précaire des ouvriers. Son intérêt ne se limite pas au témoignage sur la vie au début du XXème siècle de cette région car la figure de Raboliot a une valeur universelle : celle de l’homme épris de liberté, en rupture face à l’autorité. La construction du livre tient le lecteur en haleine jusqu’aux dernières pages.
Comme je l’indiquais, c’est ma première rencontre avec Maurice Genevoix et c’est une invitation à continuer à découvrir son oeuvre riche ne se limitant pas aux romans régionalistes, mais englobant le célèbre Ceux de 14, tout comme des récits de voyage.
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Raboliot, de Maurice Genevoix. Le livre de poche, 2021, 255 pages.

Lecture dans le cadre des Escapades en Europe – Voyages dans les Littératures européennes ! organisées par Cléanthe et consacrées en mai aux romans européens des années 20.
un roman lu trop jeune et que je n’avais pas aimé et puis relu il y a quelques années là j’y ai trouvé un grand plaisir
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Je comprends tout à fait ton avis et j’imagine bien qu’elle pourrait être la réaction d’un lecteur plus jeune à la lecture de ce livre – d’autant plus que le monde décrit dans ce livre parait désormais bien loin. Comme toi, j’y ai trouvé un grand plaisir.
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Je n’ai lu que Ceux de 14. Je ne connaissais pas cette veine plus « régionaliste » de Maurice Genevoix autrement que de nom. Le passage que tu cites et ton billet donnent en effet bien envie de découvrir cette partie de l’oeuvre… Merci pour ta participation à ce premier rendez-vous
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Merci pour ton commentaire et pour l’organisation de ce rendez-vous ! C’est le premier livre que je lisais de Genevoix et, comme toi, cette veine régionaliste m’était inconnue ; c’est un très bon roman sur un monde désormais disparu, un témoignage très vivant sur la vie solognote d’il y a 100 ans.
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L’ai je lu? Pas sur. Maurice Genevoix est un nom donné par chez moi, médiathèque, établissement scolaire. Je m’amuse car juste aujourd’hui j’ai un billet sur les excès de la chasse en Sologne… ^_^
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Oui, c’est très amusant, Eva avait repéré ton billet sur la chasse en Sologne peu après avoir publié cette chronique. Je vais aller de ce pas lire ton billet !
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J’ai tellement détesté cette lecture au collège …. je ne suis pas sûre de recommencer .
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Tu rejoins le commentaire de Dominique et je ne m’en étonne pas trop. Le donner en lecture aujourd’hui au collège me paraitrait encore plus « anachronique », mais une lecture plus tardive vaut à mon avis toujours le coup.
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je pense que je n’ai jamais lu Maurice Genevoix. Le hasard fait bien les choses car Keisha vient de publier un billet sur un livre traitant de la chasse en Sologne.
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Il y a des premières fois à tout ! Oui, c’est un heureux hasard de voir deux livres sur la chasse et le braconnage en Sologne chroniqués le même jour – 2 époques et 2 pratiques bien différentes néanmoins.
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Je n’ai jamais lu cet auteur que par extraits. Tu me convaincs, je lui voyais un côté vieillot pas attirant…
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Heureux de t’avoir convaincue ! Ce livre est non seulement bien écrit, mais sa construction est également très convaincante.
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J’ai l’impression d’avoir lu un autre billet relativement récent sur ce roman (sans doute avec Les classiques c’est fantastique), et il était positif aussi. Je découvrirai avec plaisir cet auteur qui me rappelle mon enfance : ses citations ornaient souvent un calendrier (catholique) qu’achetait ma grand-mère. Je classais donc cet auteur parmi les écrivains vieillots, à tort semble-t-il.
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J’avais noté de mon côté « Ceux de 14 », mais à part cela, je n’avais jamais eu la curiosité de découvrir un peu plus cet auteur – à tort. Je suis ravi de voir toutes ces lectures thématiques – qu’il s’agisse des Classiques, des Escapades en Europe, …-, c’est une occasion particulière de faire de telles découvertes.
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Je pense l’avoir lu il y a bien longtemps, mais je n’en garde pas de souvenir. Il y a des romans qu’il ne faut pas lire trop jeune, on n’est pas encore en mesure de les apprécier. J’ai « Ceux de 14 » dans ma PAL.
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Tout à fait d’accord avec toi. On m’a toujours dit qu’il ne fallait pas commencer Proust avant 40 ans (mais en l’occurrence, je n’ai désormais plus d’excuses pour repousser ma lecture !). « Ceux de 14 » pourrait être un bon sujet de lecture commune, n’est-ce pas ?
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Genevoix a bien mieux vieilli que Ramuz, pour moi c’est incontestable…
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Intéressant. Seule Eva a lu Ramuz chez nous, je ne peux malheureusement pas juger, mais il faisait aussi partie des auteurs dont j’avais couché le nom sur ma PAL
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Je l’ai lu il y au moins 500 ans (oui)… Il faudrait que je le reprenne car cela m’avait bien plu, je me souviens de cette tension avec le gendarme qui en faisait quelque chose de très différent d’un truc de terroir.
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Merci pour ton commentaire, Nathalie, tu as tout à fait raison. Cette tension permet également au livre d’être encore lu avec beaucoup d’intérêt aujourd’hui.
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Comme d’autres je ne connais que Ceux de 14, lu il y a très longtemps, et ton article me donne envie de redécouvrir cet auteur.
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Merci pour ton commentaire ; j’avais noté depuis longtemps Ceux de 14, et il me faut absolument continuer à lire Genevoix après cette première rencontre.
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Je l’ai lu il y a relativement peu de temps (l’année dernière, je crois) et je n’avais pas du tout été convaincue. J’avais aimé les aspects les plus descriptifs du roman, les peintures de la nature, etc., mais le côté humain ne m’avait pas plu. Et je suis sans doute passée à côté du truc car l’idéal de liberté incarné par Raboliot ne m’a pas vraiment parlé. En théorie, la résistance à l’autorité, ok, mais au fil des pages, j’ai surtout vu un mec extrêmement égoïste dont les motivations me passaient au-dessus de la tête. Pour moi, ça a très mal vieilli (sans parler des femmes du roman)…
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Il est juste que, par rapport à sa femme et ses enfants, son comportement peut paraître tout à fait égoïste. Je n’ai pas l’impression que cela ait autant vieilli, il est indéniable qu’il s’agit par contre d’une époque révolue.
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L’écriture ne parait pas trop datée (c’est ce que je crains avec ces anciens Prix Goncourt).
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Non, elle ne l’est pas, je me suis laissé embarquer dans cette histoire !
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Encore un classique à découvrir, en ce qui me concerne … (d’autant plus que comme Sandrine, ma première expérience avec Ramuz n’a pas été concluante, j’ai carrément jeté l’éponge…).
Ingannmic
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Il y a tant de bonnes choses à lire, n’est-ce pas ? Je n’ai jamais lu Ramuz, mais je voudrais me faire mon opinion sur son oeuvre. Peut-être plus tard dans les escapades européennes ?
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