
A l’occasion de notre lecture hommage à Goran, Ingannmic a proposé de lire Un fils de notre temps, un livre paru après la mort de son auteur, Ödön von Horváth (1901-1938), écrivain hongrois de langue allemande, qui fut dès 1933 interdit des scènes allemandes et, dès lors, contraint d’émigrer en Autriche puis en France. Il identifie et dénonce les dangers du régime national socialiste.
Dans ce court roman, Ödön von Horváth donne la parole à un soldat anonyme, né en 1917, et dont le père a vécu la Grande Guerre. Sans ressources, il trouve son salut dans l’armée et la patrie qui deviennent son nouvel horizon.
Je suis un homme honnête, pourtant, et ce n’est que le désespoir de ma situation qui m’a fait vaciller ainsi, comme un roseau sous le vent – six sombres années durant. Le chemin penchait toujours plus et mon coeur était toujours plus triste. Oui, j’étais devenu très amer.
Mais aujourd’hui, j’ai retrouvé la gaieté !
Car aujourd’hui je sais où est ma place.
Aujourd’hui, je n’ai plus peur de ne pas trouver à bouffer demain. Et quand mes bottes sont trouées, on me les rapièce ; et quand mon uniforme est fichu, j’en reçois un nouveau ; et quand l’hiver viendra, nous aurons des manteaux. Des gros manteaux bien chauds. Je les ai déjà vus.
Rapidement, en voulant sauver son capitaine qui avance vers le feu lors d’une « opération de nettoyage contre des sous-hommes dégénérés », le soldat se retrouve blessé et, après une période passée dans un hopital, est obligé de rejoindre l’arrière, où il déambule, essayant de retrouver notamment une jeune femme qui tenait une caisse d’un château hanté dans une fête foraine, et dont le regard l’avait marqué lors d’une permission.
Ce récit à la première personne, dans lequel les phrases courtes augmentent l’intensité, alterne entre le récit du quotidien, les réflexions du narrateur, à travers lesquelles pointe la dialectique nationale-socialiste. Bien que court, le livre aborde de nombreux thèmes et met en exergue avec acuité les dérives de l’époque et du régime : la déshumanisation, l’aveuglement, les dangers d’un discours de haine. Un fils de notre temps constitue une excellente lecture et également une invitation à découvrir d’autres romans d’Ödön von Horváth.
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Lisez autre chose
Un fils de notre temps, de Ödön von Horváth, traduit de l’allemand par Rémy Lambrechts. Gallimard, 1998, 158 pages
Lecture commune en hommage à notre ami Goran. Autres participants : Cléanthe, Ingrid, La bouche à oreilles, Mon biblioblog, ClaudiaLucia, Madame lit, Alex
Bonjour Patrice et Éva, merci beaucoup d’avoir participé à cette lecture en hommage à Goran. Je vois que vous avez aimé « Un fils de notre temps » et c’est également mon cas. Bonne journée à vous
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Merci Marie-Anne, je suis heureux que cette lecture commune ait été autant suivie, cela fait toujours très plaisir et je vois que ce fut une très bonne lecture pour toutes et tous
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L’extrait que tu as choisi est très parlant. Et ce roman évoque des dérives hélas intemporelles.
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Merci. Il reflète bien les pensées du soldat, du moins au début du livre, et peut s’appliquer de façon assez universelle d’ailleurs.
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Un roman qui reste d’actualité comme avertissement.
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Oui, tout à fait d’accord avec ton commentaire.
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Comme toi, cette découverte m’a donnée envie d’aller plus loin. J’ai aimé l’efficacité de ce texte, et la manière dont l’auteur aborde la manière dont certains basculent dans des idéologies fascistes..
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Exactement. On trouve vraiment de très bons titres dans la liste de Goran. C’était vraiment un lecteur très fin.
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Comme vous, j’ai bien apprécié cette lecture malgré ma naïveté par rapport à la montée du nazisme et de son impact chez la jeunesse allemande.
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encore une lecture commune que j’ai loupée par négligence. Il ne faut pas me prévenir trop à l’avance. Ou il faut une piqûre de rappel.
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Même si les retours sur ce livre sont élogieux, j’avoue que je n’ai pas le courage de me plonger dans une telle lecture en ce moment.
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Je suis content que tu aies apprécié cet auteur, un écrivain que j’aime tout particulièrement. Son théâtre est très bien aussi.
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oui, c’est tout à fait, ça ! Intense, urgent, pas besoin d’en dire plus !
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visiblement un roman que je devrai lire … et j’aime bien cet hommage à Goran.
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Une belle découverte grâce à cette lecture commune.
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