Nucléus – Zinaïda Polimenova

S’appuyant sur un matériel de départ original, des photos anonymes d’un voyage d’une délégation communiste en RDA dans les années 50, l’autrice bulgare Zinaïda Polimenova imagine dans Nucléus l’histoire de ce voyage, des protagonistes dans le contexte de répressions qui fut celui de la Bulgarie et plus largement du bloc communiste durant ces années.

Ils sont jeunes, ingénieurs, pour certains amis, et sont spécialisés dans la construction d’usines. Ils, ce sont Theodor, Pavel, Anka, Nikola, Ilynda… D’origine différente, ils sont cette génération qui doit construire ce monde nouveau, sous l’égide du « grand frère » de l’Est, omniprésent depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Quand s’ouvre le roman, ils apprennent qu’ils ont été retenus pour faire un voyage d’étude et d’échange en RDA où ils seront accompagnés bien évidemment par le responsable politique.

Tous pensent au projet. On attend des nouvelles du Bureau général, qui guette le coup de fil de l’Inspection régionale, patientant avant de recevoir le feu vert de l’administration centrale. C’est un ascenseur fou qui circule, officiellement, à l’horizontale.

Parmi les jeunes gens, Theodor est surveillé par le régime. Son père, avocat, est mort en 1945 après sa détention dans les prisons communistes. Lors du voyage en RDA, il se lie d’amitié avec Emil, qui est lui aussi suivi par le régime – son père était un artiste très connu dont les tableaux sont interdits. Theodor veut aider Emil à sauver les oeuvres de son père. Or, lors de son retour en Bulgarie, il est arrêté et sera déporté dans un camp de travail.

Ce livre est une vraie réussite : de façon concise, précise, l’autrice nous immisce avec talent dans ce groupe de jeunes gens et dans l’ambiance de l’époque. Elle nous fait bien ressentir le fonctionnement du régime en place, la surveillance, les peurs et rend de plus un très bel hommage aux nombreux Bulgares (15.000) qui furent internés au Camp de Béléné de 1949 à 1989 et qui y subirent les sévices d’un régime prêt à tout pour briser toute résistance. Le récit n’a pas de moment creux jusqu’à la fin qui nous offre une chute des plus réussies.

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Nucléus. Ce qui reste, quand il n’y a plus rien, de Zinaïda Polimenova. Les éditions du Chemin de fer, 2024, 168 pages.

Participation au Challenge Bulgarie (Ma librairie – Claudialucia) & à Une rentrée à l’Est (Des romans mais pas seulement – Sacha).

L’avis de Sacha : https://des-romans-mais-pas-seulement.fr/romans/nucleus-ce-qui-reste-quand-il-ny-a-plus-rien-zinaida-polimenova/

13 réflexions sur “Nucléus – Zinaïda Polimenova

  1. Avatar de Sacha Sacha 3 octobre 2025 / 07:07

    Merci pour cette nouvelle participation, qui va clore ce rdv bulgare avec un très beau roman en effet !

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    • Avatar de Patrice Patrice 6 octobre 2025 / 06:50

      Merci à toi pour l’organisation de ce rendez-vous qui m’a permis de découvrir une littérature un peu moins connue. Ce roman fut mon préféré des 3.

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      • Avatar de Sacha Sacha 9 octobre 2025 / 19:44

        Il y avait de belles découvertes à faire !

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  2. Avatar de luocine luocine 3 octobre 2025 / 11:34

    encore une énorme tentation mais je n’y arrive plus à moins de vivre jusqu’à 120 ans et ne plus rien noter !!!!

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    • Avatar de Patrice Patrice 6 octobre 2025 / 06:50

      :-). L’avantage de ce titre est qu’il est assez court quand même !

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    • Avatar de Patrice Patrice 6 octobre 2025 / 06:51

      En effet, je confirme et recommande !

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  3. Avatar de aifelle aifelle 4 octobre 2025 / 06:03

    Encore une lecture tentante ; ce challenge en a fait découvrir pas mal. Comment un pays, a fortiori les individus, peuvent-ils cicatriser après de tels traumatismes ? je me demande si c’est un passé que l’on évoque ouvertement en Bulgarie aujourd’hui.

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    • Avatar de Patrice Patrice 6 octobre 2025 / 06:54

      Merci pour ton commentaire et cette question judicieuse. C’est forcément quelque chose qui marque la conscience nationale en plus de celle des individus touchés par cela. Je connais assez peu la Bulgarie contemporaine ; je suis parfois très étonné par cette sorte d’oubli qui frappe même les générations qui ont vécu la période communiste.

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    • Avatar de Patrice Patrice 6 octobre 2025 / 06:55

      Merci ! Voici un nouveau rendez-vous que l’on va noter tout de suite. Pas de pauses sur les blogs 🙂

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