
Dans son second roman, Le Diable dans l’assiette, l’écrivain Laurent Saulnier imagine le monologue intérieur du doyen des Allemands, âgé de 108 ans. Heinrich Uffen est un enfant de son siècle et à travers lui défile le XXème siècle allemand, et tout particulièrement la période nazie que notre homme a passé aux premières loges…
La civilisation ou la barbarie, c’est une affaire de lieu et d’époque. C’est ça qui change, pas les gens.
Le temps paraît bien long à Heinrich Uffen. Ressassant ses souvenirs, tracassé par sa longévité, il est désormais le dernier rescapé d’une génération qui a vu en Hitler le salut d’une nation mais aussi de leur vie personnelle. En cela, le doyen des Allemands, qui a pu retrouver un emploi dans un restaurant d’une petite ville fréquentée par les Chemises Brunes, la « Saucisse d’Or », dans le Münsterland, alors que la crise faisait rage, ne fait pas exception à la règle.
Rapidement, ses premiers pas réussis en tant que cuisinier avec une recette de « Deutsche Nudel », une sorte de bolognaise revisitée, laisseront place aux combats, d’abord en France, puis sur le front Est, avec des images marquantes, notamment les massacres perpétrés par les Russes ou les exécutions de Juifs en Ukraine par des commandos dédiés. S’il concède les exactions de son camp, son maître mot est la relativisation de celles-ci.
Tout le monde a son opinion là-dessus, on ne parviendra jamais à s’entendre. Le problème, c’est que les Russes ne se battaient pas à la régulière, voyez-vous. Ils aimaient bien nous tirer dans le dos. Alors on a brûlé quelques villages, c’est vrai… Mais qu’est-ce qu’ils font aujourd’hui, les Américains, en Afghanistan ou ailleurs, quand ils envoient un missile sur une ferme isolée, hein ? Je vous le demande… Nous, à la place des missiles, on se servait de lance-flammes. C’est la seule différence. Et si vous pensez que les Russes se comportaient en gentlemen, vous n’y êtes pas du tout. De notre côté, on se contentait de fusiller, mais eux, s’ils vous attrapaient…
Ses talents culinaires le feront devenir le cuisinier des dignitaires nazis jusqu’à être celui du Führer lui-même et d’évoluer dans son environnement proche. Il s’éprend d’ailleurs de Traudl Junge, la secrétaire d’Hitler (qui ne m’était pas inconnue parce qu’on l’a découverte grâce à ses mémoires, Dans la tanière du loup, ou encore dans le film, La chute).
J’ai trouvé ce livre très intéressant à lire, notamment les premières cents pages, la crise des années 30, les combats à l’Est. Le reste aurait gagné à être un peu allégé ; de même, le style de certaines réflexions du vieil homme n’était à mon avis pas compatible avec son âge. Cela n’enlève rien à l’intérêt du livre, très documenté, qui offre une réflexion pertinente sur l’époque, la culpabilité et la passivité ; il s’immisce très justement dans l’esprit d’un homme lâché par son corps et laissant de plus en plus de place à ses émotions, mais refusant toute responsabilité.
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Le Diable dans l’assiette, de Laurent Saulnier. Buchet Chastel, 2025, 370 pages.
Je suis parfois les recommandations (https://enlisantenvoyageant.blogspot.com/2025/12/presque-jamais-autrement.html), mais là, cuisine et nazis, ça ne passera pas
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C’est une façon originale de traiter cette période, m’a-t-il semblé, mais je peux comprendre que l’association te déplaise.
Merci pour le lien vers le livre de Maria Matios, il m’avait échappé (n’ayant pas visité la blogosphère ces dernières semaines), je suis heureux de lire que le livre t’ait plu.
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pourquoi pas? je trouve toujours intéressant de plonger dans l’esprit de ces « gens-là », criminels et autres. Leur point de vue est parfois étonnant ou déstabilisant. Cela fait en tout cas toujours réfléchir.
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Oui, et il y a aussi un côté universel dans ce livre, à savoir la capacité de chacun de toujours se justifier après coup et de s’accomoder avec la vérité.
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J’aime bien l’idée de départ mais j’aurais presque voulu lire le même livre mais écrit par un auteur allemand. Bref à voir…
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Merci pour ton commentaire, c’est une réflexion très juste et je me demande s’il existe de telles fictions écrites en allemand, cela serait intéressant à découvrir.
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Je rejoins un peu Keisha. Je crois qu’on aura vu toutes sortes de témoins dans les romans sur la nazisme. Sans contester la qualité de ce roman là, j’avoue que je commence à saturer.
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Je peux comprendre et il faut faire un choix dans les lectures, évidemment.
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Comme Keisha, fréquenter ces gens là ne me tente pas du tout !
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L’avantage est qu’on les quitte quand a terminé le livre 🙂
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Ma bibliothèque ne l’a pas ; et je ne me sens pas assez partante pour l’acheter.
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Je vois que ce livre suscite finalement peu d’enthousiasme.
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j’ai lu trop vite, ce n’est pas écrit par un allemand , ce sont des entretiens avec un auteur Français ?
Je trouve important de recueillir tous les témoignages car les témoins ont complètement ou presque disparu et c’est une période tellement choquante !
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Merci pour ton commentaire. En fait, il s’agit d’une fiction. L’auteur, français, imagine l’ancien cuisinier de Hitler raconter sa vie, notamment celle pasée sous le Troisième Reich.
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