
Dans son premier roman, Les crédits, Damien Peynaud explore la mémoire familiale pour nous livrer une réflexion originale sur un thème qui a fortement marqué son enfance : le surendettement.
« Il n’y pas de cadeaux. Il n’y a jamais eu d’argent. Il ne faut s’attendre à rien. Je ne suis pas là pour ça ». Ainsi débute ce roman où le narrateur et son frère se retrouvent chez leurs parents à l’occasion de la soirée de Noël. Feuilleter quelques pages d’un album photo est une occasion de remonter le temps vers les années 80, vers l’enfance d’une famille « normale » mais dont le père se met bientôt à acheter à crédit tout ce qui lui tombe sous la main.
Il n’y a besoin d’aucune raison, d’aucun sens pour consommer les objets et les images. Il n’a pas à se poser de question. C’est très reposant. Obéit-il ? Il achète. Il ne veut pas être mal vu, mis de côté, hors jeu. Mais il n’a pas assez d’argent. Il veut acheter quand même. On lui demande d’acheter, il doit se maintenir au niveau. Il ne doit pas être largué, au dehors.
L’abonnement France Loisirs, des encyclopédies achetées à un vendeur itinérant alors qu’on ne lit pas dans la famille, deux voitures, une moto, etc. Une obsession qui pousse même le père à imiter la signature de son épouse pour souscrire un nouveau crédit. Au fil des pages transparait également la frénésie de consommation de l’époque, qui n’est pas l’apanage d’un individu isolé dans une famille, mais un mal qui touche plus généralement la société.
L’originalité du livre réside également dans les références cinématographiques se juxtaposant à l’expérience personnelle, la transition s’opérant naturellement entre les deux : l’auteur convoque ainsi le personnage de Berthier joué par Gérard Jugnot dans Une époque formidable, Louis de Funès dans L’avare, Sergio Leone… autant d’apports complémentaires illustrant la chute sociale, le spectre du chômage, le rapport à l’argent et la peur d’en manquer.
Même s’il maintient une certaine distance avec les émotions, on perçoit à quel point l’auteur reste marqué par ce vécu.
Nous n’avons jamais été à la rue, nous sommes restés au bord, dans l’appartement, et ma peur partout s’est installée.
Un livre très réussi sur un thème pas assez traité dans la littérature alors qu’il est un des symptômes des maux qui traversent notre société.
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Les crédits, de Damien Peynaud. Notabilia, 2025, 272 pages.
Je suis bien d’accord c’est un sujet original et pas assez traité la peur des enfants face au manque d’argent à cause du surendettement , et dans le cas de son père par la consommation d’objets qui ne lui procure que peu de satisfaction.
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