
Si Abram vit désormais dans le Sud de la France, ses racines familiales le rattachent à la Hongrie qu’il a dû quitter après 1956 pour se réfugier en Suisse avec sa mère et sa grand-mère. Il a désormais plus de soixante-dix ans, et l’une de ses filles, Sára, le presse pour qu’il entreprenne enfin avec elle un voyage en Hongrie. Il finit par accepter. S’inspirant de sa propre histoire familiale, Dóra Kiss, danseuse, enseignante et écrivaine suisse, nous livre dans En beaux caractères, un récit tout en finesse sur la mémoire d’une famille hongroise au XXème siècle.
Aussi en retournant en Hongrie, il compte ne rien retrouver mais seulement tailler quelque chose dans le vif : un bâton, ou un témoin.
Le voyage réalisé par Sára et son père débute à l’Est de la Hongrie, à Badaló, dans la propriété d’enfance d’Abram qui se trouve désormais découpé puisque la frontière de l’URSS, devenue entre temps celle de l’Ukraine en guerre, s’est déplacée plus à l’Ouest après la Seconde Guerre Mondiale. Traversant la frontière pour retrouver les lieux, attisant la curiosité des locaux, mais bientôt aussi la méfiance des petits cousins qui ont peur que la famille veuille récupérer les terres, le père et la fille se déplacent ensuite à la même mesure que les parents d’Abram qui quittèrent leurs terres par peur de l’avancée de l’armée rouge.
Leur périple leur fait retrouver tous les lieux d’enfance d’Abram. Au récit de leur visite se juxtapose très naturellement un autre récit, également au présent, qui évoque des épisodes s’étant déroulés lors de l’enfance d’Abram. La Hongrie alliée de l’Allemagne, où les massacres de Juifs se perpétraient à marche forcée à partir de 1944, celle tombée dans le bloc de l’Est, où les ennemis du peuple sont chassés (Apja, le père d’Abram, était l’un d’entre eux) constituent l’arrière-plan de cette vie difficile, dans laquelle la mère d’Abram, Anyja, travaille sur des chantiers pour subvenir aux besoins de sa propre mère et de son fils. Néanmoins, ce roman, très sobre, n’est en rien misérabiliste ; on ne se plaint pas, et la devise d’Abram est « Seul l’avenir peut se construire ». Les membres de la famille doivent d’ailleurs plus d’une fois leur salut à des âmes nobles qui n’hésiteront pas à prendre des risques pour les aider.
J’ai beaucoup apprécié ce roman court, mais dense, qui m’a séduit dès les premières pages par son style précis et descriptif et sa construction réussie, et qui met très bien en valeur la difficulté de la transmission de la mémoire.
Abram les reconnaît. Il a retrouvé, sous ses pieds, sans y penser, le trajet du petit garçon aux épaules carrées, à la fossette visible au milieu du menton et à l’oeil pétillant qu’il a été autrefois. Maintenant, il est cet homme aux épaules toujours larges mais aux cheveux et à la barbe gris. La juxtaposition des deux figures tonne comme l’orage en été. Et, ici, les souvenirs sont aigres-doux.
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En beaux caractères – une vie hongroise, de Dóra Kiss. Editions La Baconnière, 2026, 142 pages.
Lu dans le cadre de la Masse critique Babelio

En beaux caractères : Une vie hongroise
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Ma seconde participation aux Gravillons de l’hiver chez La petite liste.
Connais pas, ma bibli non plus. Pour l’instant je dévore l’oeuvre de Laszlo K.
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J’ai vu beaucoup de chroniques sur Laszlo K. ces derniers temps ; il est évident que c’est un passage obligé dans la littérature hongroise !
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je l’ai déjà noté chez Aifelle il est sur ma liste je vais le remettre en avant.
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Bon choix !
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Comme Keisha, je suis plongé en ce moment dans l’oeuvre de Krasznahorkai. Mais j’avais noté ce récit, et il figure également sur ma liste.
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Il a atterri sur ma pile grâce à la Masse critique Babelio et ce fut une agréable découverte, je dois dire. Il a pleinement sa place sur ta liste !
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J’ai beaucoup apprécié cette lecture moi aussi : http://legoutdeslivres.hautetfort.com/archive/2026/02/10/en-beaux-caracteres-6582998.html
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J’ai lu ton billet que j’ai trouvé très juste et avec lequel je souscris complètement.
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Vos avis, à Aifelle et toi, convergent. C’est diablement tentant ! Et j’avoue avoir pris goût aux gravillons 😊.
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Oui, on se laisse prendre par ces Gravillons et on aime à en rajouter, c’est la même chose pour moi
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