
Professeur au Collège de France, auteur d’une Histoire Mondiale de la France qui fit beaucoup parler d’elle, ou encore créateur avec Denis van Warerebecke de l’émission télévisée Quand l’histoire fait dates sur ARTE, Patrick Boucheron traite dans Peste Noire de cette épidémie qui est caractérisée comme « la plus grande catastrophe démographique de l’humanité ».
Voilà ce qu’est la peste pour ceux qui la subissent au XIVe siècle : une maladie nouvelle, se propageant si vite qu’elle risque d’anéantir l’humanité, et provoquant une mortalité telle qu’on n’en avait jamais vu.
En lisant plusieurs livres sur l’Histoire européenne, j’avais été interpellé par le XIVème siècle, et notamment l’épidémie de peste et ses ravages sur le continent, aussi me tardait-il de lire ce livre sur la peste proposé par Patrick Boucheron. Si le bacille de la peste ne fut découvert par Alexandre Yersin à Hong Kong qu’en 1894, c’est bien lui qui est à l’origine de la seconde pandémie qui toucha l’Europe à partir du XIVème siècle. On parle d’une seconde pandémie, car la première sévit de 541 à 761 et fut dénommé « Peste justinienne », tandis que la troisième, celle-même que Yersin étudiait en Asie, a débuté en 1860 et est toujours en cours (à Madagascar). On sait depuis 1898 que c’est la puce du rat qui est le vecteur indirect de la peste, par contre j’ai également appris que la marmotte a joué un rôle de réservoir de la peste, Milan ayant d’ailleurs été contaminé davantage par la montagne que par les ports au Moyen-Âge.
Le livre traite l’histoire de la maladie à l’échelle mondiale et fait intervenir de nombreuses disciplines – notamment les sciences sociales – et bénéficie pleinement des progrès scientifiques récents ; on peut citer par exemple l’archéogénétique (séquençage d’ADN fossile) permettant de confimer que les épidémies furent bien causées par le bacille de la peste, ou encore la palynologie (science des pollens).
Une étude toute récente vient éclairer d’un jour nouveau l’histoire de cette propagation meurtrière. Tirant partie de nouvelles techniques d’analyse des cernes de croissance des arbres pyrénéens portant la trace d’un stress caractéristique d’une anomalie climatique (blue rings), elle fait l’hypothèse que des éruptions volcaniques auraient provoqué une chute brutale des températures en 1346, provoquant ainsi un effondrement général des récoltes que l’on mesure aussi bien dans le Hedjaz qu’en Catalogne. De là une flambée des prix qui amènent les cités italiennes, et notamment Gènes, Venise et Pise, à déclencher toute une série de mesures (prêts forcés, achats d’urgence…) pour limiter les risques de famine. En levant l’embargo sur les blés exportés par la Horde d’Or, elles ouvrent un corridor d’urgence qui ne recoupe pas la route ordinaire du commerce à longue distance. C’est avec ces céréales venus de la mer Noire que la peste fait son apparition à Venise, Marseille ou Palma de Majorque dès décembre 1347, puis à Savona ou Tunis à partir d’avril 1348, tandis que les grandes villes disposant de leurs propres aires d’approvisionnements en blé comme Rome ou Milan sont provisoirement épargnées. Mais ce qui déclenche la catastrophe épidémique est moins un événement climatique qu’une chaîne de décisions politiques qui tentaient d’en prévenir les conséquences.
C’est un livre très intéressant, complet, qui, avouons-le tout de suite, ne s’adresse pas à tout un chacun de par la richesse et la complexité des couches superposées. Patrick Boucheron prend de plus la liberté de sauts temporels. J’ai beaucoup aimé cette lecture très enrichissante – notamment les deux premières parties – mais j’avoue avoir été quelque peu malmené par le style vraiment ardu utilisé par l’auteur.
X Achetez ce livre chez votre libraire car c’est un livre riche et de référence
X Empruntez-le dans votre bibliothèque si vous souhaitez en apprendre plus sur le thème
X Lisez autre chose si vous redoutez les lectures très complexes
Peste Noire, de Patrick Boucheron. Seuil, 576 pages, 2026.

Lu dans le cadre des Pavés du Printemps (Mokamilla).
c’est certain qu’un enseignant du Collège de France ne peut pas être vraiment à portée de tous, dommage, mais malgré tout j’ai coché ce livre et je crois que même si certaines choses me passent un peu au dessus de la tête je vais quand même m’acharner car le sujet me passionne
J’aimeAimé par 1 personne
Au-delà du contenu, c’est surtout le style et les sauts de période qui m’ont déstabilisé – j’espère que j’aurai le plaisir de lire une chronique sur ton blog !
J’aimeJ’aime
Le sujet m’intéresse et j’avais déjà lu un très bon livre sur le sujet. Il y a quelques jours, j’avais noté un autre livre, en anglais, qui sort bientôt: https://www.goodreads.com/book/show/232794924-the-black-death
Je ne sais pas lequel je dois lire maintenant ;-) (les deux, et les comparer ?)
J’aimeJ’aime
Bonne question ; il y a tellement de bons livres historiques à creuser que je conseillerais presque d’en profiter pour découvrir une autre période.
J’aimeAimé par 1 personne
Je viens de terminer un pavé sur la guerre du Pacifique ;-)
Et j’ai commencé le livre sur la peste mais je ne sais pas si je vais continuer, son style est fort compliqué, sans que ce soit nécessaire, je trouve. Il digresse beaucoup…
J’aimeJ’aime
Le livre est à le bibli, je l’ai noté, je peux tenter l’aventure et zapper si c’est trop coton, voilà! J’aime bien le questionnement de Sunalee!
J’aimeAimé par 2 personnes
Voilà une bonne idée, je ne suis pas étonné qu’il soit déjà disponible à la bibliothèque.
J’aimeJ’aime
J’ai écouté ses cours du Collège de France sur le sujet, très riches en effet, j’ai d’ailleurs écouté deux fois et je pense qu’une révision ne me ferait pas de mal.
J’aimeAimé par 1 personne
C’est une très bonne suggestion d’écoute !
J’aimeJ’aime
Je le note dans un coin quoique les gros livres savants ont tendance à servir de base à la pile tandis que les polars légers surnagent au dessus
J’aimeAimé par 1 personne
On est tous pareils :-). J’ai tendance à livre moins de gros livres d’Histoire ces dernières années et à préférer des romans plus courts. Or, je me félicite toujours de ces lectures plus complexes, on en ressort enrichi.
J’aimeJ’aime
Je suis pratiquement sûre que cet ouvrage me plairait. Il faut d’abord que je m’attaque à ma PAL mais peut-être plus tard.
J’aimeAimé par 1 personne
Il a été souvent question de ce livre dans la presse et je ne doute pas que c’est un livre qui restera en exergue longtemps.
J’aimeJ’aime
il y a un podcast auquel il a participé, en 7 ou 8 épisodes d’une heure je crois, sur France Culture. Absolument passionnant. Il faudrait d’ailleurs que je le réécoute, car c’est très dense en informations.
J’aimeAimé par 1 personne
Merci pour ton conseil, je vais le noter, c’est toujours très enrichissant !
J’aimeAimé par 1 personne
J’ai vu un « résumé » de cet ouvrage dans une émission de l’auteur sur Arte il y a quelques années. C’était passionnant et sans doute suffisant pour moi, les 500 pages me font peur 😄.
J’aimeAimé par 1 personne
Je vais regarder ce qu’ils en disent sur ARTE, cela complètera sûrement mes notes !
J’aimeJ’aime
Le sujet ne me tente pas, mais merci pour le conseil.
J’aimeAimé par 1 personne
Et merci à tout pour le commentaire.
J’aimeJ’aime
je ne suis pas fan des livres trop savants je vais laisser passer celui-ci.
J’aimeAimé par 1 personne
On ne peut pas tout lire !
J’aimeJ’aime
ça doit être sombre et glauque, si en plus le style est ardu, je vais passer pour le moment.
J’aimeAimé par 1 personne
C’est aussi très enrichissant et cela permet de comprendre un épisode majeur de l’histoire de notre continent. Mais je conçois tout à fait qu’il ne peut plaire à tout le monde.
J’aimeJ’aime
Je suis très intéressée par le sujet mais l’association « complexe » et 576 pages m’effraie beaucoup… disons que ce billet me donne envie d’aller voir si je ne trouve pas un autre titre, plus accessible, sur le sujet.
J’aimeJ’aime
souvenir de mes études d’histoire où j’ai été plongée dans celle de 1348 pendant plusieurs semaines. une pandémie qui a révélé bien des choses sur la grande et la petite histoire.
J’aimeJ’aime