
Si le Japon et le jazz ne représentent pour moi aucun point d’intérêt particulier, je dois admettre que le talent de Jérôme Schmidt m’a rapidement conquis. Dans Une prière pour John Coltrane, l’auteur part à la rencontre de propriétaires, souvent âgés, de jazzkissas, des clubs de jazz au Japon.
Né il y a exactement 100 ans (en 1926) et mort prématurément en 1967, John Coltrane fut un saxophoniste de jazz majeur ayant marqué le XXème siècle. Du 8 au 24 juillet 1966, il fit une tournée au Japon. Même si les salles ne furent pas toutes remplies (l’information circulait moins vite qu’aujourd’hui), les traces laissées par le séjour de l’artiste et de son quintet sont nombreuses, à l’image de sa visite à Nagasaki pour prier ou la symbolique de son morceau « Peace on Earth », joué pour la première fois dans ce pays. Les amateurs de jazz japonais l’évoquent avec une grande émotion ces concerts de 1966.
« C’était d’une intensité inédite, les deux heures du concert se sont déroulées comme suspendues dans le temps. La salle était à moitié vide, mais il y avait une telle énergie collective que toutes les personnes présentes ont été marquées à vie. (…) J’ai vu des centaines et des centaines de concerts de jazz depuis, mais cette nuit à Tokyo avec le quintet de Coltraine restera le plus beau moment de toute ma vie, insiste-t-il avec émotion. » (Masamuchi Ottazaki)
C’est le plus beau souvenir d’Hirano-san, qui n’est pas du genre à s’épancher : « Je n’ai jamais entendu un son aussi puissant, comme des vagues qui se brisaient sur mon cerveau. »
A la lecture de ce court roman, la ferveur pour le jazz impressionne.
Un jazzkissa, un de ces cafés jazz qui ont le vu le jour au Japon principalement après la Seconde Guerre mondiale, comme il en existe encore des centaines dans le pays. Des capsules de temps uniques où l’on vient écouter des disques de jazz, souvent sans mot dire, pour échapper à l’aliénation du quotidien, goûter à l’épiphanie d’une musique qui est devenue omniprésente dans tout le pays depuis les années 1950. Chacun de ces endroits est un hommage indirect à une période du jazz, à l’une de ses icônes ou l’un de ses enfants terribles, voire à un seul disque.
Le livre de Jérôme Schmidt s’apparente à un témoignage de l’existence de ces clubs, de cette passion, à une époque où la question de leur survie est posée. Les portraits sont émouvants. On a l’impression d’être hors du temps, de pénétrer dans un monde singulier, préservé du bruit et de l’agitation des temps modernes. Il fut parfois très difficile pour l’auteur d’obtenir certains rendez-vous, il est également surprenant de voir les traditions qui accompagnent ces jazzkissa (se faire discret quand on y vient pour la première fois, ne pas parler…) ou encore les rituels. Au Sud du Japon, dans un jazzkissa nommé Coltrane, la musique s’arrête quotidiennement à 17h pour le recueillement : les propriétaires et les clients prient pour John Coltrane.
Dépaysé et séduit par ce livre, je vous en conseille vivement la lecture !
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Une prière pour John Coltrane, de Jérôme Schmidt. Notabilia, 2026, 125 pages.

Troisième participation à Sing me a song organisée par Miss Sunalee avec en exergue la chanson Peace on Earth de John Coltrane.
A noter : le journal Le Monde a récemment publié une série à l’occasion du centenaire de la naissance de John Coltrane et Miles David : Davis et Coltrane, centenaires de légende.