Felwine Sarr, écrivain et universitaire sénégalais, a ressemblé dans 105 Rue Carnot ses souvenirs de jeunesse. Une mosaïque colorée aux tonalités variées qui transporte le lecteur dans le milieu urbain sénégalais des années 80.
Toutes les villes ont leur rythme et leur tempo. A Tamba-Counda la vie s’écoulait lentement comme une mélodie jouée pianissimo, les heures dérivaient sans fatigue et sans but…
Le récit débute par des accords de mieux en mieux maîtrisés par le jeune Felwine Sarr qui s’exerce à jouer à la guitare. Très tôt, son intérêt pour la poésie s’éveille, inspiré par ce qui l’entoure, d’abord la ville, puis par l’amour portée à une fille de la même classe, en admettant que « le théorème de Pythagore et la surface du losange furent mes premières armes de séduction ».
Ma vocation de poète naquit en contemplant du haut du quartier de médina Coura la ville de Tamba-Counda. Se toits en tôles ondulées, (…) ses rues en latérite qui rougeoyaient comme du fer incandescent sous la braise ardente d’un soleil de novembre.
Très vite, son professeur de français s’aperçoit de sa sensibilité pour les mots et lui fait connaître les différents poètes, courants littéraires, les styles… et l’auteur s’attarde sur cet accompagnement qui l’a façonné.
Le chapitre où il décrit son amère expérience avec l’administration française (qui échoue littéralement sur la présence d’un mot concret dans le formulaire), laisse également entrevoir ses années à l’université de Dakar :
L’Université de Dakar offrait certes une belle vue sur l’Atlantique, mais aucune perspective d’avenir. Grèves et années blanches s’y succédaient comme les clients d’un bordel. Les amphithéâtres, des kebabs bourrés de frites, étaient bondées et débordaient d’étudiants. Il fallait venir trois quarts d’heure avant l’heure du cours magistral pour espérer une place sur les escaliers ou à la fenêtre. Les taux de réussite étaient parcimonieux. En première année de droit nous étions deux mille cinq cents ; à la session de juin, une trentaine d’étudiants seulement furent jugés aptes à continuer l’aventure. L’université de Dakar était devenue un hall de gare où des jeunes bacheliers attendaient un train pour l’avenir qui ne venait pas. Alors, ils y déposaient leurs sacs et y entassaient leur désespoir.
Le premier amour, les amitiés, les études, les petites querelles de voisinages au 105 Rue Carnot à Dakar, mais aussi un regard amusé ou un brin moquer sur ces personnes du Nord qui viennent, encadrées par une OGN, sauver le continent africain :
Des jeunes du Nord, désoeuvrés, en mal d’amour, en quête de sensations fortes, d’exotisme, d’aventure ou simplement de sens à donner à leurs vies s’y engagent. Tiens ! Je vais aller en Afrique aider les pauvres ! Rien de tel contre une bonne déprime.
Elle fut cruellement étonnée du degré d’urbanisation de la ville. Elle qui s’attendait à de grandes rues en latérite rouge, noircies de cyclomoteurs bruyants, découvrit une ville. Une ville normale. Avec des gens normaux. Les femmes étaient même très élégantes. Ils étaient où les gueux et les enfants morveux aux ventres ballonnés qu’elle avait vus dans les reportages de TF1 ? (…) Elle fut un peu déçue, même très déçue.
Sur à peine 80 pages, 105 Rue Carnot n’offre pas un « menu complet ». Il s’agit plutôt d’amuses-bouches, de bribes, de sensations, de souvenirs, parfaits pour la lecture lors des trajets en transports en commun. Ils offrent néanmoins un portrait très intéressant du Sénégal et de ses villes sous différents angles.
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105 Rue Carnot, de Felwine Sarr. Mémoire d’Encrier, 2011, 78 pages.
Avec cette lecture, je participe :
- au Mois africain (Sénégal) chez Jostein
- au Sous les pavés, les pages (Tambacounda, Dakar) chez Ingannmic et Athalie



pas très enthousiaste! dommage je m’aprêtais à partir pour Tambacounda, un peu le bout de la route où nous sommes passées en chemin vers la Casamance
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Joli doublé et je suis contente de te lire à nouveau même si c’est pour une lecture sympathique mais sans plus.
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