Gunter Pauli – Croissance sans limites

PauliSi vous vous intéressez aux écosystèmes, à l’environnement, vous vous êtes sûrement rendu compte que les dernières nouvelles ne sont guère réjouissantes – de la disparition des insectes à l’intensification du réchauffement climatique, on a parfois l’impression que nous arrivons à une période de rupture. Comment, dans ces conditions, « réenchanter l’avenir », donner confiance aux futures générations ? Dans son livre, Croissance sans limites, l’entrepreneur belge Gunter Pauli nous présente des voies nouvelles porteuses d’espoir qui répondent pleinement à cette nécessité ! A lire d’urgence !

Tout d’abord, connaissez-vous Gunter Pauli ? Non ? On dit pourtant de lui qu’il est le « Steve Jobs du développement durable ». Né en 1956  à Anvers, il dirigea dans les années 90 la société Ecover, qui fabriquait des lessives « bio » dans une usine basée sur le recyclage total. Néanmoins, il découvrit que l’huile de palme qui était utilisée dans le processus était responsable de la déforestation en Asie ! Voilà comment il résume cela :

En d’autres termes, afin que les rivières européennes soient plus propres, on a abattu les forêts tropicales pour les remplacer par des palmeraies et on a ainsi créé encore plus de gaspillage de biomasse dans les pays en voie de développement.

Abandonnant cette fonction, il fonda en 1994 l’institut ZERI (« Zero Emission Research and Initiatives ») et se mit à la recherche de solutions vraiment durables.

Le principe qu’il développe est simple : « Tout déchet, une fois généré, doit être utilisé comme un intrant dans un autre processus afin de produire de la valeur ajoutée ». Ce qui n’est aujourd’hui pas le cas de l’humanité, qui produit des déchets sans savoir qu’en faire. La faute selon lui à une conception linéaire de l’homo non sapiens, comme il aime à le caractériser. Il critique notamment notre interprétation de la théorie de la survie du plus apte, développée par Darwin. Selon Gunter Pauli, « ce n’est pas parce qu’elles sont les plus aptes que les espèces survivent. Les espèces survivent parce qu’elles savent coopérer » :

La diversité des systèmes, comme celle des éléments qui les composent, font la richesse de la nature. Les seules enzymes capables de casser la ligno-cellulose (les fibres des arbres et des herbes) viennent des moisissures. Sans les moisissures, transformer ces fibres en hydrates de carbone serait impossible. Le maintien de l’alcalinité de l’eau est rendu possible grâce aux excréments des oiseaux. S’il advenait que les oiseaux ne trouvent plus d’algues – qui fournissent à leur système digestif des minéraux spécifiques – l’alcalinité de l’eau se dégraderait au fil du temps et l’on verrait prospérer les types d’algues qui envahissent les eaux acides.

Il faut selon lui « atteindre une réelle productivité des matières premières » ; ceci est nécessaire pour faire face à la croissance de la population mais aussi au chômage, comme en Europe. Et c’est là à mon sens un angle d’approche très réussi : son approche parle non seulement aux gens soucieux de l’environnement mais à ceux aussi qui veulent entreprendre, et permet de réconcilier économie et préservation de la nature.

L’objectif du concept de Pollution zéro se définit comme suit :

  • aucun déchet, qu’il soit liquide, gazeux ou solide ;
  • la totalité des intrants exploités dans la production ;
  • si déchet il y a, il doit servir à d’autres activités afin de créer de la valeur

Le leitmotiv du concept de Pollution zéro est la valeur ajoutée

A quoi cela ressemble-t-il concrètement ? Prenons un des 5 exemples concrets de réussite qu’il développe dans la dernière partie de l’ouvrage, la ferme de Montfort dans les îles Fidji :

IMG_0717.JPG
Le bio-système intégré du site de Montfort Boys (Source : Fondation ZERI, Genève)
  • La brasserie produit de la bière
  • Les déchets de la brasserie (les céréales) servent de support à une culture de champignons
  • Une fois les champignons vendus, on valorise les restes auprès de vers de terre, de cochons et de poulets
  • Les vers de terre fabriquent de l’humus puis sont donnés aux poulets, les déjections des poulets alimentent une petite chaudière biogaz. Une fois digérées, elles sont amenés vers des étangs à algues qui alimentent des poissons.

Une cascade d’utilisations… et de revenus.

L’intérêt est que ces exemples sont très différents ; on les trouve dans les pays en voie de développement comme dans les pays développés (île de Gottland en Suède avec son écosystème autour de la carotte), et ils ont déjà montré leur efficacité économique.

Comme vous le découvrirez si vous lisez ce livre, Gunter Pauli s’appuie sur des auxiliaires précieux : les champignons (« la seule espèce capable de séparer la lignine de la cellulose et d’en convertir les composants en hydrates de carbone »), les vers de terre, les poissons, qui sont pour lui autant de révolutions dans cette nouvelle économie.

Ce livre a été publié en 2007 ; un autre titre plus récent, « L’économie bleue 3.0 », comprenant davantage de cas concrets, vient d’être réédité en cette fin d’année (j’y reviendrai plus tard). Autant d’idées cadeaux pour les fêtes à venir !

Je vous conseille donc :

X d’acheter ce livre et de l’offrir autour de vous

X de l’emprunter dans votre bibliothèque

de lire autre chose

Croissance sans limites – Objectif zéro pollution, traduit de l’anglais par Dominique Viel. Editions Quintessence – collection Conscience et création de valeurs. 2007, 224 pages.

6 réflexions sur “Gunter Pauli – Croissance sans limites

  1. Goran 9 décembre 2017 / 15:01

    Joli concept qui va jusqu’au bout du principe. Je m’étonne que d’autres n’y ait pas pensé avant. Et merci pour l’exemple concret, la bière ça me parle, je ne suis jamais contre une bonne petite mousse 🙂

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  2. dominiqueivredelivres 9 décembre 2017 / 15:29

    j’ai lu plusieurs livres sur le sujet donc cette lecture n’est pas pour immédiatement mais le sujet reste très fort alors je prends note

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    • Patrice 18 décembre 2017 / 13:35

      C’est un bon choix, qui plus est sur un format relative digeste

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  3. Luocine 9 décembre 2017 / 18:23

    J’espère qu’ony viendra, et j’aime beaucoup les idées positives. Je trouve que souvent les écologistes sont sectaires et tristes. Ce livre me semble porteur d’espoir et être positif.

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    • Patrice 18 décembre 2017 / 13:37

      Il est important d’alerter sur les menaces, et c’est ce que font les écologistes. Mais je suis d’accord avec toi, il faut ensuite transformer ça dans une vision positive et constructive, et c’est ce que ce livre permet.

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