Peter May – L’Île des chasseurs d’oiseaux

C’est une vague de trilogies que j’inaugure en ce moment sur le blog ! Après Stoney de William G. Tapply et le procureur Szacki de Miloszewski, j’ai attaqué récemment une autre trilogie signée Peter May, avec Fin MacLeod au cœur de l’histoire. Tout au long de la lecture, j’ai été complètement subjuguée par l’écriture de cet auteur écossais (naturalisé français il y a peu !), dont l’oeuvre comprend plus de 20 titres. Mon sommeil peut être paisible, car mon avenir de lecteur semble assuré.

L’inspecteur Fin Macleod enquête sur un meurtre commis à Edimbourg. Après la mort tragique de son fils, sa relation avec Mona est en ruines (au passage, les femmes qui s’appellent Mona inspirent apparemment peu de confiance aux écrivains – l’inspecteur Wallander ayant le même problème avec sa femme du même prénom !). Son chef décide de l’envoyer à Lewis où un autre cadavre vient d’être découvert, tué probablement sur le même mode opératoire. Fin pourrait ainsi profiter de ses connaissances de son île natale et aider ses collègues à trouver d’éventuels points communs entre ces deux meurtres.

Son voyage n’est donc pas seulement dicté par des motifs professionnels, c’est aussi et surtout un retour sur les lieux d’enfance. Inévitablement, les vieux souvenirs refont surface et Fin se retrouve confronté à son passé douloureux. Il reconnaît à peine certains de ses amis, devenus chauves (ou gris pour les plus chanceux), grassouillets, avec une haleine alcoolisée… Ce n’est pas seulement la nature qui endurcit leurs corps et leurs esprits, leur faisant courber les épaules pour mieux se protéger du vent et des fortes pluies. C’est aussi le poids de la religion et l’autorité du pasteur, la violence omniprésente, que ce soit physique ou verbale, avec ses souffre-douleur.

(…) leur manteau noir plaqué aux jambes par le vent, une main tenant leur chapeau et l’autre serrant une bible.

On suit donc deux lignes de narration, habillement entremêlées. L’enquête au présent bien sûr mais aussi l’enfance et la jeunesse de Fin – ces retours dans le passé m’ont quelque peu rappelé l’ambiance des romans irlandais avec pour point commun une sorte de rudesse. Une rudesse dans l’éducation, à l’école ou en famille, une rudesse dans les échanges, mais également dans l’ameublement des maisons ou encore dans les conditions climatiques… Ça manque de tendresse et d’égard.

Fin songea à l’existence morose de ces mômes. Rien à faire, ou pas grand-chose. Le poids de la religion, une économie en déroute, un chômage élevé. Un alcoolisme très répandu et un taux de suicides bien au-delà de la moyenne nationale. La perspective de quitter l’île était aussi séduisante qu’elle l’était dix-huit ans plus tôt.

Comme c’est souvent le cas, les jeunes cherchent à partir, là où l’avenir semble plus doré, moins pesant. Mais certains ont dû rester et Fin se rend compte avec stupeur que rien n’a vraiment changé depuis son départ 18 ans auparavant. Et cet été aussi, comme lors des décennies précédentes, une expédition annuelle est organisée pour tuer des milieux d’oiseaux afin de les déguster par la suite. Une expédition au sein de laquelle les hommes vivent une semaine entière dans des conditions très difficiles, comme une équipe soudée, tellement soudée que tout ce qui s’y passe doit ensuite rester secret. Et c’est justement après une telle expédition que Fin a quitté l’île… Pour fuir, pour laisser tout derrière lui.

Comme vous l’aurez compris, c’est un roman très sombre. Personnellement, j’ai beaucoup aimé les retours dans l’enfance et la jeunesse de Fin. L’auteur distille quelques informations par-ci par-là et crée de ce fait un vrai suspense. C’est plus qu’un policier, c’est un roman social, une histoire forte sur le poids du passé, sur nos racines. J’ai déjà acheté le deuxième tome, bien évidemment !

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Réf.: L’île des chasseurs d’oiseaux de Peter May. Traduit par Jean-René Dastugue. Actes Sud, 2011, 424 pages.

10 réflexions sur “Peter May – L’Île des chasseurs d’oiseaux

  1. walachniewicz 17 décembre 2017 / 17:45

    Je l’ai lu, excellent bouquin, malheureusement les deux autres volumes sont moins intéressants ;o(
    Ce que j’ai apprécié aussi c’est la découverte des Hébrides extérieures et de Sainte Kilda.

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    • Eva 28 janvier 2018 / 20:51

      C’est toujours ce problème avec les trilogies – le premier est très prometteur et on est facilement déçu par la suite. Une exception quand même : la trilogie polonaise de Miloszewski où le deuxième tome est apparemment bien meilleur que le premier !
      En ce qui concerne Peter May, j’espère surtout retrouver cette ambiance particulière qui m’a vraiment séduite et je suis prête à être un peu plus indulgente par rapport à l’intrigue 🙂

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  2. booksmoodsandmore 17 décembre 2017 / 21:50

    Je suis complètement in love, et comme je te l’ai déjà dit, je n’ose pas commencer le 3 😉
    J’ai rencontré Peter May au salon du livre, il est tellement abordable!
    sinon, j’ai lu Les fugueurs de Glasgow, qui est vraiment très bien…

    Aimé par 1 personne

    • Eva 28 janvier 2018 / 20:52

      Je l’ai découvert grâce à toi, parce que, soyons honnêtes, ça aurait été difficile de ne pas remarquer ton enthousiasme ! 🙂 Et je le partage désormais. J’ai commencé plusieurs trilogies récemment, ce sera peut-être bientôt le temps de passer aux deuxième tomes !

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  3. Marilyne 21 décembre 2017 / 11:23

    Je me décide à commenter. J’ai dévoré celui-ci et tu me rappelles que je ne me suis pas jetée sur le second alors que j’avais été totalement prise par l’intrigue et l’atmosphère !

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    • Eva 28 janvier 2018 / 20:53

      Pareil ! J’ai prévu de lire le deuxième tome cette année.

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  4. Agnès 23 décembre 2017 / 15:14

    Très bon livre. Et cette tradition de massacre d’oiseaux est assez fascinante. J’ai encore préféré le deuxième épisode de la série.

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    • Eva 28 janvier 2018 / 20:53

      Enfin quelqu’un qui préfère le deuxième, ça me redonne de l’espoir ! 🙂

      Les massacres d’oiseaux m’ont vraiment choquée, même si je comprends que chaque pays a ses traditions plus ou moins douteuses.

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