Tommy Wieringa – Joe Speedboot

On continue de découvrir petit à petit les Pays-Bas et leur littérature qui est plus riche que l’on aurait pu penser. Ce livre nous a été conseillé par la librairie française d’Amsterdam et c’est désormais à notre tour de vous le suggérer ! Un magnifique roman d’apprentissage, le regard franc d’un adolescent, frappé par le destin, sur son entourage, sur son petit village natal et sur son meilleur ami : Joe Speedboot de Tommy Wieringa.

Il a enchanté notre monde, mais une averse sur tout ça, et voilà les couleurs qui s’en vont.

Ce n’est pas le personnage principal qui a donné le titre au livre car notre narrateur s’appelle Frans. Après un horrible accident, il a passé un certain temps dans le coma et il se retrouve maintenant propulsé dans la vie quotidienne sous le regard inquiet de sa mère. Paralysé, il ne bouge qu’avec sa main et son bras droits. Il ne peut s’exprimer et son corps est régulièrement secoué par des spasmes incontrôlables. Dans son village, il éveille la curiosité ou la pitié, les regards gênés ou amusés, des remarques désolantes, c’est selon.

Si vous croyez rencontrer un pleurnicheur qui s’apitoie sur son sort, vous serez étonnés. Frans accepte les réactions des autres de façon très pragmatique, commente la vie qui l’entoure avec la franchise désarmante d’un garçon typique de son âge. Quand ses frères doivent le promener en fauteuil roulant et au lieu de ça, l’installent dans une maison abandonnée en lui promettant de le récupérer à la fin de la journée, il n’en fait pas une histoire, mais il les comprend tout à fait. On dirait aussi qu’en perdant les facultés physiques, son sens de l’observation s’est aiguisé et il se met à chroniquer progressivement tout ce qui se passe dans son village jour par jour.

Ici, à Lomark, on écoute la radio sur un petit poste installé sur la table de la cuisine, à côté, le programme des différentes stations surmonté des clefs et un TIP pour les œuvres du diocèse. Dans le salon, photos de famille sur la cheminée (familles catholiques obligent, toujours prises de loin pour que tout le monde tienne sur la photo) et l’éternelle verdure sur la fenêtre.

Celui dont il parle probablement le plus souvent s’appelle Joe Speedboot, un garçon arrivé dans le village d’une façon assez spectaculaire. Il se fait vite remarquer par sa passion : les explosions et les constructions de tout genre. Personne ne connaît son vrai nom. Le jugeant trop banal, il s’en est inventé un autre. Joe, un jeune homme attachant à la fantaisie et à la créativité débordantes, devient vite le centre d’intérêt de Frans. Et Joe ne va pas tarder à avoir de gros projets avec le petit Frans…

 Joe fête notre première rencontre avec une de ses bombes qui mériteraient un prix, c’est comme ça que je vois les choses. La nuit qui a suivi notre rencontre dans la ferme de Hoving, tout Lomark s’est levé droit dans son lit. C’est un don, chez lui. Les chiens qui aboient, la lumière qui s’allume dans certaines maisons, les gens qui se retrouvent dans la rue en petit comité. Son nom est sur toutes les lèvres. Dans mon lit, j’ai la bouche fendue d’un sourire jusqu’aux oreilles.

Si vous cherchez une bonne lecture pour cet été, je vous conseille vivement ce livre. Drôle, triste et touchant à la fois, j’ai été aussitôt séduite par l’écriture de l’auteur qui est apparemment comparé à Paul Auster ou John Irving par les critiques aux Pays-Bas et en Allemagne. A aucun moment, ça ne sonne pas faux, c’est une lecture intelligente et fraîche qu’on se réjouit de retrouver le soir. En se servant du petit Frans comme intermédiaire, Tommy Wieringa a su brosser le tableau vivant d’un village néerlandais avec tout ce qui peut le secouer dans le bon ou mauvais sens du terme (l’installation du premier homme noir dans le coin, la construction d’une autoroute, le handicap, les premiers amours…). A lire !

X achetez-le chez votre libraire ou bouquiniste

empruntez-le dans votre bibliothèque

lisez autre chose

Joe Speedboot, de Tommy Wieringa. Traduit du néerlandais par David Goldberg. Actes Sud, 2018, 397 pages.

 

4 réflexions sur “Tommy Wieringa – Joe Speedboot

  1. Usva K. 24 juin 2018 / 14:23

    Ta chronique me donne infiniment envie de le découvrir !!! Merci ! 😁

    J'aime

  2. zarline 24 juin 2018 / 15:13

    Jamais entendu parler mais ton billet est très tentant. Bon, la comparaison avec Paul Auster aurait plus tendance à me faire fuir donc à voir tout de même.

    J'aime

  3. Passage à l'Est! 26 juin 2018 / 21:41

    Une belle découverte visiblement et il me tarde de voir ce que vous allez nous faire découvrir ensuite. Je ne connais pratiquement pas la littérature des Pays-Bas…

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.