Cees Nooteboom – Le jour des Morts

Noteboom

Après la lecture de Harry Mulisch, Gerbrand Bakker ou encore Tommy Wieringa, il nous tardait de continuer la découverte de la littérature néerlandaise contemporaine. Cees Nooteboom en est l’un de ses représentants majeurs. Dans Le jour des morts, nous suivons Arthur Daane, un documentariste / cameraman endeuillé par la mort de son épouse et de son fils.

Avant de continuer l’histoire de « Le jour des morts », attardons-nous quelque peu sur Cees Nooteboom. Né en 1933 à La Haye, auteur aussi bien de romans, essais ou poésie, il se mit à l’écriture après une enfance marquée par la guerre et après avoir quitté l’école dès 17 ans. Ses thèmes favoris sont le voyage, la méditation, l’errance, la mémoire ; et le titre chroniqué aujourd’hui n’échappe pas à cela. Notons qu’il fut particulièrement mis en avant en Allemagne par le célèbre critique littéraire Marcel Reich-Ranicki, un personnage sur lequel je reviendrai un jour car sa vie est un véritable roman ! Mais je m’égare ; revenons si vous le voulez bien au livre de Nooteboom.

Que se passe-t-il dans « Le jour des morts » ? On pourrait être tenté de dire : pas grand chose. En fait, nous assistons aux déambulations berlinoises d’Arthur Daane, immergé dans ses souvenirs et réflexions, à ses rencontres avec ses amis (très attachants) et l’une de ses compatriotes, Elif Orange, avec laquelle il a une relation mais qui disparaît en Espagne, pays dans lequel Arthur Daane tentera de la rejoindre vers la fin du roman.

Au-delà de l’histoire, ce sont les thèmes évoqués qui sont intéressants pour le lecteur. La mort s’invite dès les premières pages quand Arthur discute avec une vieille dame qui meurt peu après. « A la brièveté de nos jours. Et aux millions d’esprits qui frémissent autour de nous », déclame ainsi Arno, un ami philosophe d’Arthur, quand il porte un toast. La mort de ses proches fait qu’Arthur resté obsédé par l’oubli. Il balade sa camera avec lui dans les rues de Berlin pour capturer des scènes anonymes, des fragments de vie, avant qu’ils ne tombent dans l’oubli. « Combien de passés pouvait-on concilier en soi-même », se demande-t-il ?

Le fait que l’essentiel du récit se passe à Berlin nous offre également une réflexion sur l’Histoire et ses traces, le temps qui passe et une réflexion pertinente sur la façon dont la surabondance d’informations nous rend finalement plus sourd à ce qui nous entoure :

L’essentiel, c’est que… toute la misère du monde nous est présentée comme un fait… et qu’elle en devient par là, justement moins réelle. C’est sous cette forme qu’elle entrera dans l’histoire, avec plus ou moins de détails selon le livre considéré ; siège de Berlin, siège de Leningrad, de telle à telle date, tant de morts, population héroïque. et c’est de la même façon que nous regardons aujourd’hui la télévision, nous voyons des gens, des réfugiés, toute la litanie, chaque soir, on nous en sert de nouveaux, et tout ça, ce sont des faits, mais en fait – elle rit – , tu l’entends, la langue ?… mais en fait, les chiffres et les bulletins nous en éloignent plus qu’ils ne nous en rapprochent… (…) et c’est ainsi que ces faits, que le spectacle de ces faits, forment justement la carapace qui nous en isole…

Si vous avez lu la quatrième de couverture, vous vous demandez peut-être pourquoi je ne vous parle pas encore de l’histoire d’amour mise en avant. Et bien, tout simplement parce qu’elle ne m’a pas touché. Je suis resté assez hermétique à cette rencontre, et plus généralement au roman tout entier. Sans nier la maîtrise stylistique de l’auteur (richesse de l’expression, alternance de longs extraits et phrases courtes, « obligeant » le lecteur à en faire une lecture attentive), certains très bons moments (comme ceux passés dans le restaurant de Herr Schultze), ou ce fil rouge de l’amitié (qui aide Arthur à se reconstruire), j’eus bien du mal à m’enthousiasmer pour ce livre. Il m’en reste néanmoins des éléments de réflexion sur le temps qui passe et quelques jolis extraits que je me suis notés. C’est un avis naturellement très personnel et subjectif.

N’hésitez pas à aller lire ce qu’en pensent Goran et Agnès qui m’accompagnent sur cette lecture commune. Quant à moi, je vous conseillerais plutôt :

de l’acheter chez votre libraire

X de l’emprunter dans votre bibliothèque

X ou de lire autre chose

Le jour des Morts, de Cees Nooteboom, traduit du néerlandais par Philippe Noble. Folio, 2006, 448 pages.

20 réflexions sur “Cees Nooteboom – Le jour des Morts

    • Patrice 14 juin 2020 / 09:36

      Oh, merci de nous rejoindre sur cette lecture commune. Je vais de ce pas mettre le lien dans mon article et m’empresser de lire ta chronique. 2 avis positifs pour un avis mitigé pour l’instant 🙂

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  1. Temps de lecture 14 juin 2020 / 10:24

    Ton avis est plus mitigé mais je crois qu’il me donne quand même envie d’y aller jeter un coup d’oeil. Ça fait longtemps que je croise le nom de Cees Nooteboom, il est temps que je découvre.

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    • Patrice 18 juin 2020 / 03:27

      Bonne idée. Il y a quelques suggestions d’autres titres de Nooteboom dans les commentaires ci-dessous, ils sont peut-être à privilégier par rapport à « Le jour des morts »

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  2. laboucheaoreille 14 juin 2020 / 12:26

    Intéressant de comparer ton avis et celui, plus enthousiaste, de Goran. D’après les extraits, j’ai l’impression que le style n’est pas très fluide, un peu ardu …

    Aimé par 1 personne

    • Patrice 18 juin 2020 / 03:25

      Disons qu’il faut se concentrer, mais l’écriture est très belle.

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  3. luocine 15 juin 2020 / 09:00

    je viens de lire le billet de Goran et je me disais que j’aurai du mal avec ce roman ton avis me confirme dans mon opinion.

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    • Patrice 18 juin 2020 / 03:21

      Cela permet de faire du tri dans les lectures potentielles, c’est déjà ça !

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  4. Tania 17 juin 2020 / 14:48

    Lu ce billet avec beaucoup d’intérêt, sur un roman que je n’ai pas lu, mais cet écrivain est bien présent dans ma bibliothèque, l’auteur d’un chef-d’œuvre à mes yeux : « Rituels ».

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    • Patrice 18 juin 2020 / 03:20

      Merci à toi. Je vais regarder de plus « Rituels » dans ce cas, Passage à l’Est me conseillait également « Désirs d’Espagne ». Voilà de bonnes suggestions pour continuer la découverte de son oeuvre !

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  5. Passage à l'Est! 17 juin 2020 / 17:45

    Je lis ton billet après avoir lu celui de Goran, et je dois dire que – que vous l’ayiez aimé ou pas – j’ai du mal à saisir de quoi il s’agit… De Nooteboom, j’avais bien aimé « Désir d’Espagne : mes détours vers Santiago » (il y décrit une Espagne qui a beaucoup, beaucoup changé depuis ses voyages là-bas!). En tout cas j’ai bien ri quand j’ai découvert comment se prononce son prénom en bon hollandais.

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    • Patrice 18 juin 2020 / 03:15

      C’est un livre assez insaisissable en fait. Je vais noter « Désir d’espagne », car je ne peux pas rester sur cette lecture mitigé, merci ! Je crois que Cees est l’abréviation de Cornelius, si je me souviens.

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