Siegfried Lenz – Der Überläufer

LenzCela fait déjà quelque temps que je souhaitais me plonger dans l’œuvre de Siegfried Lenz, un écrivain allemand majeur du XXème siècle, récemment décédé. Si mon choix initial se portait sur « La leçon d’allemand », je me suis finalement laissé séduire par « Der Überläufer » (« Le déserteur » ou « Le transfuge », non traduit à ce jour en français), que m’a offert mon amie Ina. Dans les derniers mois de la guerre, Walter Proska, un soldat allemand engagé sur le front Est, décide de rejoindre l’ennemi. Une critique de la guerre et une interrogation sur le sens du devoir.

Publié pour la première fois en 2016, Der Überläufer fut en fait rédigé dès 1951 par Siegfried Lenz, alors jeune auteur remarqué dès la sortie de son premier roman. Il y parle de la fin de la guerre, de la lutte menée par les partisans polonais contre l’armée du Reich, mais aussi dans la seconde partie du fait que des soldats allemands décidèrent de rejoindre l’Armée Rouge pour continuer la lutte. Le thème de la trahison était un sujet délicat à traiter et le roman finit par rester au fond des cartons de l’auteur. Il ne sera finalement publié qu’après sa mort.

Plusieurs années se sont écoulées depuis la fin de la guerre. Walter Proska se rend chez l’ancien pharmacien Adomeit en quête de timbres pour envoyer une lettre. Ce dernier se fait une piqûre qui doit l’aider à refouler des souvenirs qui datent de la Première Guerre Mondiale :

Sehen Sie, ich bin ein alter Mann, ein lahmer Fuchs, dem jedes Huhn fortlaufen kann. Aber ich habe Erinnerungen, wissen Sie. Manche können zwanzig Jahre davon leben. Sie schleppen sie mit sich herum ; sie binden die Erinnerungen an einer Uhrkette und tragen sie in der sichersten Tasche. Ich kann das nicht, ich hasse das! Aber die Erinnerungen kommen ungerufen, sie sind da, ob man sie brauchen kann oder nicht. Bei mir ist das wenigstens so. Wenn ich auf die Strasse sehe, und… verstehen Sie mich? Man soll sich nicht erinnern! Wenige können aus dem lernen, was gewesen ist. Ich nicht. Und darum schicke ich die Erinnerungen zum Teufel, und damit sie niemals wiederkehren, spritze ich mir das ein.

Ce « passé qui ne passe pas », Proska le vit également. Il vient d’écrire une longue lettre de 15 pages à sa sœur Maria, une missive qu’il lui fut difficile de rédiger et qui sera très désagréable à lire pour la destinataire. Pourquoi? C’est ce que l’on apprendra au fil du roman ; car après avoir posté la lettre, Walter Proska nous fait revivre sa fin de la guerre : le voyage en train vers l’est, sa rencontre avec Wanda, une polonaise à la chevelure rousse qu’il surnommera « Ecureuil » et dont il tombe amoureux, les combats contre les partisans polonais qui dynamitent le train et harcèlent les soldats allemands, son rattachement à une petite unité en pleine forêt, les combats et finalement son « transfert » vers l’ennemi.

J’ai beaucoup apprécié « Der Überläufer » et en premier lieu l’écriture riche et les talents de conteur de Siegfried Lenz ; l’absurdité de la guerre, la déshumanisation, les questions que se posent Proska et son camarade Wolfgang avant de changer de front restent universels. Il y a des personnages marquants comme le caporal Stehauf, qui s’en tient aux règlements de l’armée, et qui, lorsque Proska recouvre le visage d’un soldat mort qu’on enterre, est surtout intéressé de savoir si le mouchoir utilisé appartient à la Wehrmacht ou pas. Il y a aussi des moments qui font froid dans le dos comme l’assassinat d’un pasteur sur de simples suppositions, ou d’autres qui montrent que Lenz entrevoyait déjà la vraie nature du régime socialiste qui s’installait dans les décombres de l’Allemagne orientale. La première partie est haletante, la seconde un peu moins cohérente, mais c’est dans tous les cas une lecture que je recommande fortement. Un grand merci à Ina pour ce très joli cadeau qui m’a fait découvrir un très bon titre de la littérature allemande contemporaine ! J’espère que la traduction française suivra bientôt !

Par conséquent :

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Der Überläufer de Siegried Lenz. DTV, 2017. 368 pages

Cette lecture s’inscrit dans le cadre du défi littéraire d’août de Madame lit, consacré à la littérature allemande, ainsi que du challenge Voisins Voisines 2018.

voisinsvoisines2_2018

16 réflexions sur “Siegfried Lenz – Der Überläufer

  1. Madame lit 29 août 2018 / 13:41

    Je note le titre pour le défi! Merci pour la découverte car je ne connaissais pas ce livre. On va voir s’il sera traduit.

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  2. Caroline Pilaudeau 29 août 2018 / 16:27

    Bonjour,
    Celui-là est sur ma PAL, mais je vous recommande chaudement « La leçon d’allemand » ainsi que « Le bureau des objets trouvés », lus en allemand et tout en haut du palmarès de mes livres favoris 🙂

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    • Patrice 1 septembre 2018 / 20:17

      Alors, je note de suite « Le bureau des objets trouvés » ! Merci beaucoup !

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  3. Ingannmic 29 août 2018 / 20:09

    J’ai beaucoup aimé La leçon d’allemand, lu en français, pour ma part. C’est un roman qui laisse mine de rien une empreinte assez forte.

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    • Patrice 1 septembre 2018 / 20:12

      C’est un des titres que je vais sûrement lire rapidement, après avoir découvert S. Lenz

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  4. Goran 30 août 2018 / 09:26

    Je note… Patrice, j’ai déjà demandé sur mon blog, mais as-tu reçu mes e-mails ?

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  5. dominiqueivredelivres 2 septembre 2018 / 09:49

    oups j’avais mis un commentaire mais j’ai du faire une fausse manoeuvre
    je pense que c’est un peu de la torture mentale de nous parler d’un livre pas encore traduit !!
    c’est un auteur que j’aime particulièrement surtout La leçon d’allemand mais aussi ce roman magnifique et moins connu ; le dernier bateau
    je vais attendre avec impatience et surveiller la traduction

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    • Patrice 8 septembre 2018 / 21:26

      Merci beaucoup. Je note donc « Le dernier bateau ». « La leçon d’allemand » attend également son tour dans notre bibliothèque !

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  6. Passage à l'Est! 5 septembre 2018 / 11:20

    Je note, pour quand j’aurai terminé de lire La leçon d’allemand, que j’ai commencé il y a bien 15 ans, en allemand, mais que j’avais trouvé assez ardu (je n’avais pas saisi la temporalité). Je ne savais pas que Siegfried Lenz était décédé, ni meme qu’il était si agé.

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    • Patrice 8 septembre 2018 / 21:27

      Il est vrai que La leçon d’allemand en français m’intimidait déjà quelque peu, j’imagine donc l’effet de la version allemande !

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  7. lilly 5 septembre 2018 / 12:29

    Je suis incapable de le lire en allemand, mais j’ai « La leçon d’allemand » depuis des années. Comme j’ai des envies de littérature d’Europe de l’est depuis le début de l’année (même si c’est surtout la Russie), peut-être que je vais finir par le lire. Les Allemands ont en tout cas écrit de superbes romans sur les guerres mondiales. J’adore Remarque et Schlink.

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    • Patrice 8 septembre 2018 / 21:29

      Remarque fait toujours partie de ma liste à lire, et je partage ton avis sur Schlink. J’ai un très beau roman russe en attente (« Ermites dans la taïga » de Vassili Pesko), ce serait peut-être un sujet pour une lecture commune (à moins que tu aies d’autres suggestions ?)

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      • lilly 12 septembre 2018 / 16:14

        C’est une bonne idée, je ne connais pas du tout. Sinon, j’ai « Souvenirs de la maison des morts » de Dostoïevski, « Oblomov » et « Les âmes mortes » pour lesquelles un petit coup de pouce ne ferait pas de mal.

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      • Patrice 21 septembre 2018 / 15:45

        Je ne dis pas non pour Les âmes mortes dans ce cas !

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