Christian von Ditfurth – Un homme irréprochable

Ditfurth2Il suffit de rentrer dans une librairie allemande ou de regarder autour de soi dans le compartiment d’un ICE pour se rendre compte que les policiers et thrillers jouent un rôle de premier plan dans la littérature allemande. Une constatation confirmée par les statistiques puisque ce genre représente 50% des lectures de nos voisins d’outre Rhin. Cela méritait donc bien une chronique à part entière dans notre série Les feuilles allemandes ! Partons à la découverte d’ « Un homme irréprochable« , le premier tome d’une série inaugurée en 2004 par Christian von Ditfurth

… mais avant cela, attardons-nous un peu sur ce que lisent les Allemands en terme de policiers. Bien évidemment, les policiers et thrillers anglo-saxons et scandinaves sont très représentés en Allemagne, mais la littérature de langue allemande a une vraie tradition du genre, l’un des auteurs les plus connus étant le suisse Friedrich Dürrenmatt. Plus récemment, des auteurs comme Ingrid Noll, Charlotte Link, Nele Neuhaus ont connu un succès qui dépasse les frontières germaniques. Certains auteurs de romans se sont essayés au genre policier, comme Bernard Schlink dans Un hiver à Mannheim, chroniqué récemment par Lire et Merveilles. Il est également intéressant de noter le succès de romans policiers à caractère historique comme Le poisson mouillé de Volker Kutscher, se déroulant à Berlin pendant la République de Weimar ou encore L’assassin des ruines de Cay Rademacher, qui a pour toile de fond l’Allemagne dévastée de l’après-guerre.

Un côté fascinant du genre réside également dans l’ancrage territorial des enquêtes. Dans un pays où la série « Tatort » (une série policière dont l’intrigue se déroule à chaque fois dans une autre ville) regroupe tous les dimanches soirs près de 10 millions de téléspectateurs, les romans policiers régionaux fleurissent ! Qu’il s’agisse de Jacques Berndorf, dans l’Eifel, Rita Falk en Bavière, Michael Kobr und Volker Klüpfel dans l’Allgäu (Souabe), on aime l’attachement provincial… Enfin, dernier clin d’oeil : l’un des grands succès actuels est dû aux aventures du commissaire Dupin, enquêtant lui-aussi dans une région bien précise : le sud du Finistère ! C’est sous le pseudonyme de Jean-Luc Bannalec qu’écrit l’écrivain allemand Jörg Bong. 8 enquêtes désormais traduites en 14 langues et vendues dans l’espace germaniques à plus de 3,5 millions d’exemplaires. Si vous vous arrêtez en Allemagne, nul doute que vous trouverez un de ces livres dans une devanture !

Revenons si vous le voulez bien à notre livre du jour, Un homme irréprochable. C’est la première des six enquêtes mettant en scène Josef Maria Stachelmann, un maître de conférence à l’université. Au moment où s’ouvre l’enquête, celui-ci éprouve les pires difficultés à rédiger son doctorat d’Etat. Sur son bureau s’accumule la « montagne de la honte », issue de tous les documents qu’il a collectés pour cela. Un jour son ancien camarade devenu commissaire, « Ossi » Winter, le contacte, pour lui demander son aide : en effet, il fait face à une série de meurtres non élucidé autour de Maximilian Holler, un notable de Hambourg. L’épouse de Holler, puis tour à tour sa fille et son garçon ont été assassinés durant les deux dernières années. Aucune piste… mis à part un croquis retrouvé dans l’appartement d’une inspectrice, mystérieusement renversée par une voiture et décédée durant l’enquête. Une esquisse faisant penser que la clé de l’énigme se situe dans le passé nazi de la famille de la victime. Stachelmann, spécialiste de cette époque est mis à contribution.

Le récit alterne entre 3 tableaux : Stachelmann et ses recherches, l’enquête de la police à proprement parler, et l’assassin dont on connaît rapidement le nom. Mais l’épilogue nous réserve de vraies surprises. J’ai trouvé cette première enquête vraiment réussie. Christian von Ditfurth est historien, et ce cadre historique représente un vrai atout de roman policier. De plus, les personnages sont très bien réussis, qu’il s’agisse des deux anciens camarades d’école, mais aussi d’Anne, la collègue de Josef Maria ou encore de la nouvelle recrue qui assiste Winter.

Les deux premiers tomes de cette série avec Stachelmann ont été traduits en français il y a une dizaine d’années. N’hésitez donc pas à vous y plonger en :

X l’achetant chez votre libraire ou bouquiniste

X ou en l’empruntant dans votre bibliothèque

lisant autre chose

FR : Un homme irréprochable, de Christian von Ditfurth, traduit de l’allemand par Jacqueline-Thérèse Chambon. Editions Jacqueline Chambon, 2006, 345 pages.

DE : Mann ohne Makel – Stachelmanns erster Fall de Christian von Ditfurth, KiWi-Taschenbuch, 2004, 384 pages.

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Ce livre a été lu dans le cadre des Feuilles allemandes, consacrées à la littérature de langue allemande. Pour y participer, rien de plus simple.

  1. lisez un livre d’un(e) auteur(e) de la langue allemande (Allemagne, Autriche, Suisse…) tous genres confondus
  2. partagez votre lecture sur votre blogue au cours du mois de novembre et jusqu’au 8 décembre et communiquez-moi s’il vous plaît le lien vers votre billet pour que je puisse l’intégrer dans notre bilan à la fin
  3. revenez ensuite au point 1.

9 réflexions sur “Christian von Ditfurth – Un homme irréprochable

  1. luocine 24 novembre 2019 / 15:37

    j’ai lu « l’assassin des ruines » dans le cadre de mon club de lecture.

    J'aime

    • Patrice 24 novembre 2019 / 20:21

      On l’a ici dans notre bibliothèque. Je vais m’empresser d’aller lire ta chronique donc !

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    • Patrice 24 novembre 2019 / 20:20

      C’est ce que je me suis dit aussi. J’ai trouvé ce chiffre dans un article sur Internet, ça m’avait l’air assez fiable quand même.

      Aimé par 1 personne

  2. Marilyne 24 novembre 2019 / 18:18

    Je me demande quel est le pourcentage pour la France. Je note Le poisson mouillé et cette série que tu présentes, je reviens régulièrement au genre policier. A ta liste, j’ajoute Andrea Maria Schenkel ( faudrait que je chronique )

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    • Patrice 24 novembre 2019 / 20:27

      J’aurais voulu avoir un tableau de comparaison entre les pays, mais je n’ai malheureusement rien trouvé… Andrea Maria Schenkel est une très bonne suggestion, je me rappelle avoir son livre « Kalteis » que j’avais beaucoup apprécié. Eva prévoit de lire son livre « Le bracelet » l’année prochaine.

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  3. laboucheaoreille 24 novembre 2019 / 19:57

    Article très intéressant ! Je ne connaissais pas cette passion des allemands pour les thrillers … Par contre, c’est un genre que je ne lis pas tellement.

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    • Patrice 24 novembre 2019 / 20:33

      Heureusement qu’il n’y a pas que des lecteurs de policiers et thrillers 🙂

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      • laboucheaoreille 25 novembre 2019 / 18:18

        Oui, j’imagine bien 🙂 La littérature allemande est très riche. Mais 50% c’est quand même considérable …

        Aimé par 1 personne

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