Mikhaïl Boulgakov – Le roman de monsieur de Molière

Nous célébrons cette année les 400 ans de la naissance de Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, comédien et auteur qui reste toujours aussi populaire dans notre pays, au point de caractériser notre langue maternelle (« langue de Molière »), mais aussi à l’étranger. Preuve en est la biographie que lui a consacré Mikhaïl Boulgakov, Le roman de Monsieur de Molière, écrit en 1933 mais non publié de son vivant. Les trois coups sont frappés, levons le rideau sur cette vie si riche !

Une biographie ou une biographie romancée ? Quoi qu’il en soit, quel roman que celui de Molière ! Né le 13 janvier 1622, rien ne destinait ce fils de tapissier au théâtre, si ce n’est que son grand-père maternel l’emmenait régulièrement voir les spectacles, ce qui fit germer la passion chez le jeune Jean-Baptiste.

Avant d’explorer un peu plus la vie de celui qui allait devenir Molière, il est bon de dire quelques mots sur la tonalité du livre : Boulgakov n’est pas un observateur extérieur impartial, il dit ce qu’il pense et nous narre de la plus vivante des façons la vie de Molière, à l’image de ce passage :

Je vois, c’est un impulsif. Il a des sautes d’humeur brutales. Ce jeune homme passe facilement de moments de joie débridée à des moments d’hésitation pénible. Il découvre les aspects comiques des gens et aime à les tourner en dérision.

Parfois il se découvre par mégarde. Tout de suite après, il tente d’être secret et de ruser. Il est par moments follement courageux, mais capable de retomber aussitôt dans l’irrésolution et la lâcheté. Oh, croyez-moi, dans ces conditions, il aura une vie difficile et se fera beaucoup d’ennemis !

Mais place à la vie !

On se promène ainsi dans la vie de Molière en suivant ses œuvres, leur genèse, leur succès (ou pas). L’une des choses qui frappe le lecteur, c’est que le succès ne vint pas rapidement. Après s’être querellé avec son père, qui était en désaccord avec lui sur la carrière qu’il voulait embrasser, ses représentations parisiennes puis ses tournées sur les routes de France avec l’équipe de L’illustre théâtre (et notamment de Madeleine Béjard) ne marquèrent guère les esprits. Frappé de bégaiement, il s’obstinait surtout à jouer des pièces d’un registre où il n’excellait pas :

Ainsi, le chef de la troupe vagabonde jouait les rôles tragiques dans les tragédies des autres, et les comiques dans ses farces. Et là se découvrit une particularité qui marqua notre héros jusqu’au fond de son être : dans les rôles tragiques, il n’obtenait au mieux qu’un succès moyen, et au pire – le four complet ; il faut malheureusement préciser que ce dernier cas n’était pas rare. Limoges n’était, hélas ! pas la seule ville où les pommes pleuvaient sur le pauvre tragédien qui évoluait sur la scène, le front ceint de la couronne de quelque sublime héros tragique !

Mais il suffisait que l’on donne une farce immédiatement après la tragédie et que Molière change de costume pour se transformer de César en Sganarelle, et à l’instant l’affaire changeait du tout au tout ; le public se mettait à rire, le public applaudissait, cela se terminait en ovations et les citadins apportaient leur argent aux représentations suivantes.

L’étourdi, sa première farce, change la donne ; elle sera suivie des Précieuses Ridicules puis de L’école des femmes. Observateur d’une grande acuité, Molière savait croquer les défauts de ses contemporains, mais se fit de nombreux ennemis tout au long de sa carrière, en premier lieu ceux qui se sentaient ridiculés dans ses pièces. Même s’il avait le soutien du roi, qui a même participé à quelques ballets figurant dans les pièces, sa carrière connut des vicissitudes : nombre de ses pièces furent rapidement interdites (Don Juan et Tartuffe par exemple) ou partiellement réécrites.

La lecture de ce livre fut pour moi un vrai plaisir et je le conseille à toutes et à tous, notamment aux plus jeunes : on y découvre Molière, l’époque à laquelle il vivait, des personnages parfois truculents ou lâches qui gravitaient autour de lui, mais plus encore, Le roman de monsieur de Molière est une invitation à aller revoir ses pièces ou à les relire.

Une dernière remarque : ce livre rentrerait pleinement dans le cadre du Printemps des artistes, organisé pour la seconde année par La bouche à oreilles du 1er avril au 1er juin, et auquel je vous invite à participer !

En conclusion :

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Lisez autre chose

Le roman de monsieur de Molière, de Mikhaïl Boulgakov, traduit du russe par Michel Pétris. Folio Gallimard, 287 pages, 2003.

Ce livre a été lu dans le cadre du Mois de l’Europe de l’Est d’Eva, Patrice et Goran.

22 réflexions sur “Mikhaïl Boulgakov – Le roman de monsieur de Molière

  1. keisha41 19 mars 2022 / 08:49

    Mais une découverte! Je n’ai jamais lu l’auteur, mais s’il écrit une bio de Molière, ça m’intéresse.

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    • Patrice 22 mars 2022 / 09:47

      Oui, c’est une très belle façon de redécouvrir Molière ! Je te le conseille

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  2. Ingannmic 19 mars 2022 / 08:56

    J’ai adoré « le maître et Marguerite », et j’ai bine l’impression qu’on retrouve ici ce qui en fait le sel : l’écriture enlevée, le ton facétieux.. très intéressée aussi.

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    • Patrice 22 mars 2022 / 09:48

      De mon côté, ça m’a donné envie de lire d’autres livres de Boulgakov !

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  3. Eve-Yeshé 19 mars 2022 / 14:32

    je n’ai toujours pas lu « Le maître et Marguerite » et je ne connaissais pas celui-ci!
    cela fait des munitions pour 2023 🙂

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    • Patrice 22 mars 2022 / 09:48

      Ou encore pour cette année car cela constitue une belle évasion en ces temps troublés.

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  4. lilly 19 mars 2022 / 15:02

    On me l’a prêté il y a une dizaine d’années, je ne l’ai toujours pas ouvert… Tu me donnes très envie d’y remédier !

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    • Patrice 22 mars 2022 / 09:49

      C’est un prêt qui dure longtemps :-). J’espère que tu vas bien franchir le pas !

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  5. kathel 19 mars 2022 / 17:57

    J’ai beaucoup aimé Le maître et Marguerite et aussi Coeur de chien, je me demande donc pourquoi je n’ai rien lu d’autre de cet auteur ? Je note ce roman !

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    • Patrice 22 mars 2022 / 10:00

      Une belle invitation à continuer d’explorer son oeuvre. Il y a aussi « Les récits d’un jeune médecin » que je te conseille.

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  6. Marilyne 19 mars 2022 / 18:56

    J’ai beaucoup aimé tout ce que j’ai lu de l’auteur, mais pas celui-ci ! Merci pour le lien vers le printemps des artistes, possible que je participe 😉

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    • Patrice 22 mars 2022 / 10:01

      Merci à toi ; oui, je trouve que ce Printemps des Artistes est vraiment une bonne idée.

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  7. krolfranca 20 mars 2022 / 10:09

    Oh mais comme je n’ai jamais lu cet auteur (et quel tort !) je note celui-ci immédiatement, je suis sûre qu’il me plairait. Merci pour la découverte.

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    • Patrice 22 mars 2022 / 10:01

      Avec plaisir. J’espère qu’il va te plaire autant qu’à moi !

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  8. luocine 20 mars 2022 / 19:10

    bonne idée je ne connaissais absolument pas cette œuvre de Boulgakov

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    • Patrice 22 mars 2022 / 10:03

      Il reste toujours des découvertes à faire 🙂

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  9. laboucheaoreille 21 mars 2022 / 16:42

    Bonjour Patrice, c’est sympa d’avoir pensé à mon Printemps des Artistes et d’en faire la publicité, merci beaucoup 🙂
    J’ai aimé de Boulgakov « le Maître et Marguerite » et « Récits d’un jeune médecin » et ça me plairait bien de découvrir ce roman de monsieur de Molière.

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    • Patrice 22 mars 2022 / 10:04

      Avec plaisir, c’est une très belle initiative ! J’espère que l’on fera de très belles découvertes à cette occasion !

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  10. claudialucia ma librairie 22 mars 2022 / 12:07

    j’ai relu cette oeuvre en 2017 pour aller voir au festival d’Avignon une adaptation théâtrale de Franck Castorf. Quelle déception ! Non pas le roman de Bougalkov que j’aime beaucoup mais l’adaptation car Molière y était oublié pour satisfaire l’égo démesuré du metteur en scène !

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