Vladislav Vančura – Markéta Lazarová

Nous continuons aujourd’hui notre exploration de la littérature tchèque à travers un grand classique : il s’agit d’un roman d’aventure écrit par l’écrivain tchèque Vladislav Vančura, Markéta Lazarová. Une plongée dans le Moyen-Âge, où la brutalité et l’héroïsme cohabitent.

Vladislas Vančura est un auteur majeur en République Tchèque. Né en 1891, il s’est adonné à la peinture, à la photographie, au cinéma mais c’est à la littérature qu’il doit sa renommée. Il fut d’ailleurs en 1920 le chef de file du mouvement littéraire d’avant-garde Devětsil, qui comptait dans ses rangs des auteurs comme Jaroslav Seifert ou encore Vitězslav Nezval. Markéta Lazarová est son ouvrage majeur ; un succès littéraire mais aussi cinématographique puisque il « a été élu meilleur film tchèque de tous les temps lors d’un sondage réalisé en 1998 auprès de critiques de cinéma et de publicistes tchèques » – source Wikipedia (il est disponible en français chez Malavida). Parmi ses autres titres, on peut également citer Rozmarné léto (Un été capricieux), également traduit en français et adapté avec succès au cinéma, ou Les tableaux de l’histoire du peuple tchèque.

Destin tragique que celui de Vladislav Vančura, qui prit part à des activités clandestines contre l’occupant nazi après l’invasion de son pays, et qui, arrêté, fut exécuté le 1er juin 1942, suite à l’attentat contre Heydrich, le « protecteur » de Bohême-Moravie. 80 ans après sa mort, il me semblait important de mettre en valeur son œuvre sur ce blog.

Que dire de Markéta Lazarová ? C’est un roman sur fonds historique, roman d’aventure, dont l’époque du déroulement n’est pas clairement mentionnée par l’auteur, mais que le lecteur rattache aisément au Moyen-Âge.

Il y a toute sorte d’extravagances disséminées au gré du hasard. Accordez donc à cette histoire sa place en Bohême, dans la région de Mladá Boleslav, en ces temps troublés où le roi s’efforçait d’assurer la sécurité des routes, ayant des difficultés épouvantables avec certains hobereaux qui se conduisaient littéralement comme des voleurs et qui, pis encore, s’esclaffaient presque en faisant couler le sang.

Lazar d’un côté, Kozlik de l’autre, sont les deux hobereaux dont il est question ici. C’est un véritable dépaysement d’assister aux combats que se livrent leurs fratries. Les routes sont peu sûres, et un comte du Saint Empire est intercepté par les brigands ; de même, pour se venger de Lazar, l’un des fils de Kozlik enlève Marketa, la fille de Lazar. C’est Markéta Lazarová, qui était destinée à rejoindre les ordres, mais qui se métamorphosera en farouche lutteuse.

C’est que Kozlík et tous ses fils sont des voleurs de grand chemin. Je crains d’ailleurs que cette appellation ne s’applique également aux femmes et aux filles de la famille. Une bande de brigands donc, qui ne pratique guère le culte du travail. Leurs ravissants bosquets et champs de blé sont laissés à l’abandon, et leur imposant manoir fortifié de Roháček est saccagé et incendié à peu près tous les dix ans. Ils vont alors se cacher au milieu de la forêt.

Il y a beaucoup de thèmes dans ce livre : la sauvagerie des mœurs de l’époque, mais également le courage des combattants, l’amour… Vančura utilise une tonalité toute particulière dans son livre : il s’adresse de façon franche au lecteur et l’interpelle sans cesse (et je dois dire que ce n’est pas ce que j’ai préféré dans le livre) :

Un peu de patience, s’il vous plaît, je vous dirai tout à l’heure ce qu’était devenue Alexandra et ce qu’il advint de Kristian. Je relaterai aussi par le menu ce qu’avait dit et fait le père de Kristian en arrivant parmi les brigands. Mais tout d’abord, il me faut parler des soldats du roi et de leur capitaine Pivo.

On pénètre peu l’univers intérieur des protagonistes, c’est également un petit regret que j’ai au sujet de ce livre mais rendons-lui un mérite : celui de nous sortir des sentiers battus, de nous faire participer à une aventure épique, de nous livrer une jolie ôde au courage et à la bravoure !

Je vous conseille au final :

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Lisez autre chose

Markéta Lazarová, de Vladislav Vančura, traduit du tchèque par Milena Braud. Christian Bourgeois Editeur, 1993, 216 pages.

Ce livre a été lu dans le cadre du Mois de l’Europe de l’Est d’Eva, Patrice et Goran.

13 réflexions sur “Vladislav Vančura – Markéta Lazarová

    • Patrice 16 mars 2022 / 12:33

      Si tu te réfères à ce qui se passe à l’est de notre continent, tu as bien raison

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  1. Eve-Yeshé 15 mars 2022 / 14:59

    j’aime l’époque mais la sauvagerie pas trop surtout ces derniers temps 🙂
    je le note si jamais je le vois à la BM 🙂

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    • Patrice 16 mars 2022 / 12:33

      Je partage ton avis. Je ne sais pas pour le livre mais le film est disponible assez facilement apparemment.

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  2. Ingannmic 15 mars 2022 / 17:34

    L’un de mes prochains billets nous emmènera aussi au Moyen-Age, mais en Russie !
    Et malgré tes légers bémols, je suis très tentée par ce titre..

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    • Patrice 16 mars 2022 / 12:34

      Je n’arrive pas à deviner le titre ! Heureux de faire des émules avec ce livre en tout cas.

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  3. luocine 15 mars 2022 / 19:20

    je sens quelques réserves sur ce roman, en tout cas cela ne me donne pas trop envie de me plonger dans cette époque

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    • Patrice 16 mars 2022 / 12:36

      Je mettrais 3 coquillages :-). Mais je ne regrette pas de l’avoir lu, et ainsi d’avoir découvert une littérature différente de ce que je connais.

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  4. Nathalie 16 mars 2022 / 07:12

    Tu es mitigé. En tout cas je vais me renseigner sur un auteur si connu dont je n’ai jamais entendu parler. Et je verrai s’il y a d’autres billets sur lui.

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    • Patrice 16 mars 2022 / 12:36

      Bonne remarque ; je ne sais même pas si ces autres titres sont facilement disponibles, mais je vais me fixer de faire la même chose que toi.

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  5. lilly 16 mars 2022 / 13:59

    Grand classique, peut-être, mais je n’en ai jamais entendu parler. Je vais à Prague bientôt normalement, même si relire Kafka est une priorité peut-être que ce récit me tenterait. C’est dommage que tu aies trouvé les personnages un peu trop lointains, ça me fait penser à Sigrid Undset et Andrus Kivirähk (comparaisons sûrement à côté de la plaque…).

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