Hans Magnus Enzensberger – Joséphine et moi

Il y a quelques semaines s’éteignait l’écrivain, poète, essayiste allemand Hans Magnus Enzensberger à l’âge de 93 ans. Cet observateur critique de la société allemande est l’auteur d’une œuvre majeure et abondante. Les lecteurs français connaissent surtout son livre Hammerstein ou l’intransigeance, que j’avais moi-même beaucoup apprécié. Attardons-nous aujourd’hui sur Joséphine et moi, le livre d’une rencontre assez improbable…

Quand le narrateur s’interpose dans la rue pour stopper le vol du sac à main d’une dame âgée, il ne s’imagine pas qu’il inaugure des rendez-vous hebdomadaires pour aller boire le thé chez sa nouvelle connaissance, « tous les mardis après-midi, à cinq heures pile ». Qu’ont donc en commun cette ancienne cantatrice, âgée de 75 ans, diserte mais finalement ne parlant de sa vie qu’avec parcimonie, et le jeune chercheur en sciences économiques, absorbé par son travail et les conséquences d’un divorce ?

La justice sociale, l’Etat, la mode, la gratitude, les leçons de l’expérience…, sans oublier l’Allemagne, à cette époque de l’après-réunification, voici les sujets de discussion qui animent nos protagonistes.

_ Je sais, comme la plupart des Allemands, vous avez un problème avec l’opportunisme. Je trouve qu’il mérite qu’on le défende. Car au moins, un opportuniste est corrigible, ce qui n’est pas le cas de celui qui agit par conviction.

_ Vous pensez aux musiciens, à Furtwängler, Karajan, toute la bande de Bayreuth ?

_ Je pense à la majorité d’entre nous. Heureusement que la plupart des Allemands étaient des opportunistes. Tant que ça se passait plus ou moins bien pour eux, ils ont participé à tout, même aux choses les plus terribles. Mais la racine ne sait pas ce que pense la feuille, et lorsqu’ils se sont retrouvés sur un tas de ruines, ils se sont laissé convertir avec une rapidité déconcertante. C’est mieux que rien. Et vous voyez bien que je ne m’exclus pas du lot.

Les deux interlocuteurs se testent, ils discutent de tout et Joséphine s’amuse à prendre la tangente de son interlocuteur. Ce dernier se rapproche également de la domestique, Fryda, et essaie d’en savoir plus sur l’ancienne cantatrice qui a, semble-t-il, eu une vie très riche, mais vit désormais dans une maison décatie de Berlin, où la presque totalité des chambres est inutilisée.

Le livre se présente sous la forme d’un journal écrit par le narrateur, et qu’on prend beaucoup de plaisir à feuilleter. Il constitue une réflexion intéressante sur le temps qui passe, les valeurs qui animent chaque individu, le tout dans une société en transformation.

Je vous conseille donc :

X d’acheter ce livre chez votre libraire

X ou de l’emprunter dans votre bibliothèque

de lire autre chose

Joséphine et moi, de Hans Magnus Enzensberger, traduit de l’allemand par Daniel Mirsky. Gallimard, 160 pages, 2007.

8 réflexions sur “Hans Magnus Enzensberger – Joséphine et moi

  1. keisha41 21 décembre 2022 / 15:21

    Ma bibli en possède plusieurs, chouette alors! Si c’est plaisant, ça peut se faire;

    Aimé par 1 personne

    • Patrice 23 décembre 2022 / 08:16

      Tu as une bonne bibliothèque ! Bonne lecture !

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  2. Bibliofeel 21 décembre 2022 / 15:26

    Jamais entendu parler mais c’est fait… et en plus ta chronique est vraiment convaincante. J’ai bien envie de découvrir. La citation est superbe 😀

    Aimé par 1 personne

    • Patrice 23 décembre 2022 / 08:18

      Merci pour ton commentaire. Je te conseillerais vivement « Hammerstein ou l’intransigeance » en priorité

      Aimé par 1 personne

  3. luocine 21 décembre 2022 / 20:14

    oui cela me semble bien intéressant, je ne connaissais pas cet auteur , je me console en me disant qu’on ne peut pas tout lire!

    Aimé par 1 personne

    • Patrice 23 décembre 2022 / 08:20

      Exactement. Au niveau de la littérature allemand, il faisait partie des auteurs majeurs, c’est la raison pour laquelle je voulais approfondir.

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  4. Passage à l'Est! 27 décembre 2022 / 11:25

    Hélas pour moi, je connaissais la fille (Theresia, qui avait présenté à Budapest son premier roman, sur le Bauhaus) mais sans savoir qu’elle était « fille de », c’est à dire fille d’un grand nom de la littérature allemande. Pourtant, ce que tu dis de Josephine et moi, ainsi que de Hammerstein ou l’intransigeance, et en général de l’auteur et de sa manière d’écrire, m’attire.

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  5. Violette 28 décembre 2022 / 16:28

    Je ne connaissais pas l’auteur mais je lis (par hasard) de plus en plus de littérature allemande ou autrichienne. Ce livre me tente bien.

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