
A ce jour, nous avons chroniqué huit auteurs venus des Pays-Bas dont deux excellents auteurs contemporains, Gerbrand Bakker et Tommy Wieringa. Nous y ajoutons aujourd’hui un autre qui, quoi qu’habitant actuellement en Suède, a su garder cette petite touche mélancolique des plaines néerlandaises. Parmi les oeuvres de Sander Kollaard qui comportent deux recueils de nouvelles et deux romans, les éditions Héloïse d’Ormesson ont choisi Une journée de chien – un roman intimiste mettant en scène Henk, homme solitaire.
J’aime mon travail qui est apprécié, mais parfois je crains que toute la tristesse que je côtoie se dépose sur ma peau et accélère mon vieillissement.
Henk van Doorn est infirmier aux soins intensifs, ce qui, une fois révélé lors d’une fête ou une rencontre, influence les échanges à venir : sur la mort et la souffrance. Henk lui même est arrivé à un âge (56 ans) où il se pose certaines questions sur sa vie, mais aussi sur son physique. En étant prisonnier entre deux pôles – la compréhension des choses et l’incapacité à agir en conséquence, il a pris de l’embonpoint, est souvent « forcé » à abandonner le footing à cause de la météo et il lui est difficile de résister à une offre alléchante chez le fromager.
Pour Henk, l’embonpoint n’est pas une affaire de santé ni d’esthétique (bien qu’avec les années, il ait commencé à éviter le miroir : l’orgueil ne lui est pas étranger), mais une affaire morale. Il s’agit d’une faiblesse de caractère ; d’un manque d’aplomb ; d’une scandaleuse trahison de ce qu’il souhaite être, de celui qu’il souhaite être.
Divorcé et sans enfants, il partage son appartement avec son chien Canaille – un kooikerhondje (alias Petit chien hollandais) aux oreilles musicales capables d’apprécier La Lettre à Elise ou Mahler, et qui a échappé de justesse à la garde alternée. Il rend régulièrement visite à son ancienne collègue Maaike chez laquelle on chercherait en vain l’énergique infirmière en chef d’antan, rendue méconnaissable par la maladie d’Alzheimer. De sa famille, il ne lui reste que son frère Freek qui est d’un tout autre caractère. Lors de la fête d’anniversaire de sa nièce Rosa, à laquelle Henk se rendra ce samedi, le chiffre 17 lui fera comprendre le gouffre qui le sépare dorénavant de sa propre jeunesse.
La mort ne lui fait pas peur. (…) Ainsi qu’il a pu le rappeler à Freek : une fois qu’on est mort, il n’y a plus rien en nous qui puisse faire l’expérience d' »être mort », alors pourquoi s’en faire ?
Henk, lecteur du National Geographic, aime les librairies et la philosophie ; ainsi laisse-t-il libre cours à sa pensée et nous offre des réflexions et des observations tantôt sérieuses, tantôt amusantes. Progressivement, des petites anecdotes et rencontres de la journée vont réveiller ce grand quinquagénaire quelque peu engourdi et lui redonner l’énergie et le goût de la vie. Sur à peine 200 pages, Sander Kollaard nous invite à accompagner Henk et nous offre ainsi une histoire douce-amère, poétique, humaine, allégée par des touches d’humour. Une lecture qui fait du bien (et pas uniquement aux amoureux des chiens).
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Une journée de chien, de Sander Kollaard. Traduit du néerlandais (Pays-Bas) par Daniel Cunin. Héloïse d’Ormesson, 2023, 192 pages.
Et hop, un livre de plus à lire, un neerlandais, ça devrait se caser.
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A peine 200 pages, ça te fera un petit en-cas ! J’espère qu’il te plaira 🙂
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Bonne idée, cette incursion en terres littéraires néerlandaises ! Je suis volontiers preneuse de recommandations dans ce domaine quasi inexploré pour moi.
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Tu pourrais commencer par Bakker. J’en ai un en stock, on pourrait même faire une lecture commune 🙂
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Avec plaisir ! Ma médiathèque n’a qu’un titre en rayon : Parce que les fleurs sont blanches. L’as-tu déjà lu ?
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Je ne connais pas beaucoup la littérature néerlandaise. Je note cet auteur dans un coin de mon esprit
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Si jamais l’envie te prend, tu pourrais peut-être emprunter Bakker. Plusieurs de ses livres sont sortis en poche. J’ai proposé une lecture commune à Sasha plus haut 🙂
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je ne connaissais pas du tout cet auteur et je suis enchantée de faire connaissance car j’aime la littérature du plat pays Bakker en particulier donc c’est noté pour moi
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Je partage ton enthousiasme pour Bakker. Il y a d’ailleurs un de ses poches qui m’attend sagement dans la bibliothèque !
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Au début de ton billet, je me demandais si cette lecture n’était pas trop triste. Mais apparemment non.
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Je ne l’ai pas trouvé triste. Mélancolique par moments, avec des petites touches d’humour.
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