Catalin Dorian Florescu – L’homme qui apporte le bonheur

Récompensé par Le prix suisse du livre en 2012 pour Le turbulent destin de Jacob Obertin, un livre très dépaysant que j’avais beaucoup apprécié et chroniqué sur ce blog, Catalin Dorian Florescu est un auteur d’origine roumaine ayant émigré en Suisse au début des années 80. Dans L’homme qui apporte le bonheur, récemment traduit en français, l’auteur suisse nous emmène en Roumanie et aux Etats-Unis pour suivre deux destins qui vont se rencontrer.

Un jeune garçon vendeur de journaux, une barque entourée de roseaux en bordure d’un étang. La couverture du livre combine deux lieux très différents où se déroulent deux histoires : celle racontée par Ray se passe à New York, l’autre par Elena dans le delta du Danube.

Ray, artiste américain, évoque son grand-père qui n’était alors qu’un jeune garçon à New York en 1900. Vendeur de journaux, celui qui était surnommé « L’allumette » ne connait pas ses origines, et revêt selon les circonstances différents prénoms ; comme tant d’autres, il a une vie très précaire dans la ville, il a à peine de quoi manger et vit au jour le jour. Dans cette ville qui grouille, où les migrants, majoritairement irlandais, italiens, ou juifs d’Europe Centrale, arrivent en nombre à la charnière du XIXème et du XXème siècle, la mortalité est le lot du quotidien dans le ghetto. Néanmoins, ce grand-père a un don, celui d’avoir une voix « ample et chaude ».

Dans l’autre fil narratif, Elena évoque la Roumanie du début du XXème siècle. Leni est mariée à un pêcheur et s’apprête à accoucher pour la quatrième fois, ses trois premières grossesses ayant eu une issue malheureuse. Là aussi, les conditions de vie sont âpres et les habitants restent marqués par les superstitions :

Cette fois Leni avait pris ses précautions. Chaque semaine elle avait été lavée et parfumée. Elle avait bu de l’eau bénite et s’en était frotté le ventre. Constamment elle avait eu sur elle les dix-neuf noms du diable, ainsi qu’un morceau de fer, un bouclier qui la protégeait des malédictions. Chaque jour elle s’était prosternée quatorze fois devant l’icône de la Sainte Mère de Dieu et elle avait prié. Avec la Vieille, elle avait aspergé d’eau le toit de roseaux et répété après elle : « Faites que j’accouche aussi facilement que cette eau revient à la terre ».

Si Elena, l’enfant de Leni, vit bien le jour, son destin fut malheureusement brisé par l’apparition de la lèpre, qui la contraint à vivre toute sa vie dans une léproserie. La narratrice, qui s’appelle également Elena, est sa fille unique qui fut séparée d’elle après sa naissance pour être confiée à différentes familles d’adoption.

Dans L’homme qui apporte le bonheur, Catalin Dorian Florescu nous immerge avec talent dans ces deux histoires : le récit est dense, détaillé, très vivant, et l’atmosphère des deux univers très différents est très bien retranscrite. Il sait décrire les conditions de vie des « petites gens ». Si les lieux sont distincts, il n’en demeure pas moins que les personnages ont en commun la recherche du bonheur, de l’identité, d’une vie meilleure que la précarité quotidienne à laquelle ils font face.

Comme je l’indiquais, les deux histoires et les deux parcours se croiseront quelques années plus tard. Ce sera mon seul bémol quant à ce livre : j’ai trouvé que la fin était un peu « kitsch », du moins elle m’a moins séduite que le reste du livre (et c’était d’ailleurs une remarque que j’avais exprimée également sur Le fabuleux destin de Jacob Obertin). Il n’en reste pas moins que je vous conseille de découvrir ce livre en :

X l’achetant chez votre libraire

X l’empruntant dans votre bibliothèque

lisant autre chose

L’homme qui apporte le bonheur, traduit de l’allemand (Suisse) par Elisabeth Landes. Editions des Syrtes, 298 pages, 2024.

12 réflexions sur “Catalin Dorian Florescu – L’homme qui apporte le bonheur

  1. Avatar de luocine luocine 29 août 2024 / 11:17

    alors je ne dois pas commencer ce livre par la fin car je serai forcément déçue !

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    • Avatar de Patrice Patrice 5 septembre 2024 / 11:20

      Je ne sais pas :-). Disons que c’est une petite déception eu égard à ce qui précède, mais cela reste un très bon livre à découvrir à mon sens.

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  2. Avatar de je lis je blogue je lis je blogue 29 août 2024 / 16:28

    Cette nouvelle traduction est effectivement le moment idéal pour découvrir cet écrivain que je ne connais pas.

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    • Avatar de Patrice Patrice 5 septembre 2024 / 11:22

      Exactement. J’ai vu qu’il avait déjà 3 titres traduits en français et il mérité d’être découvert, je confirme.

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  3. Avatar de Sacha Sacha 31 août 2024 / 17:20

    Malgré ton bémol concernant la fin, je suis partante pour découvrir cette autrice, surtout si elle est publiée par Les Syrtes qui ont un goût très sûr.

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    • Avatar de Patrice Patrice 5 septembre 2024 / 11:25

      Tu fais bien, je suis aussi de très près ce que publient les Editions des Syrtes pour la même raison que toi :-). PS: c’est un auteur, pas une autrice

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    • Avatar de Patrice Patrice 5 septembre 2024 / 11:26

      Tant mieux et je comprends que tu aies aimé ce roman, tout le roman 🙂

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  4. Avatar de Sacha Sacha 5 septembre 2024 / 13:53

    Merci de m’avoir corrigée, j’ai associé Catalin à Catalina et/ou Catherine sans doute !

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