
Enfilez votre bleu de travail, on pénètre ensemble dans l’usine Plastikos, la Kos pour les locaux, située à Raussel, quelque part dans l’Est de la France, où travaillaient déjà les pères des ouvriers actuels. Mais le vent va tourner pour les protagonistes du roman Les Vivants et les Morts de Gérard Mordillat et bientôt se posera la question fatidique : Restructuration ou fermeture ?
Un dimanche matin, le chef est aperçu à l’usine en train de téléphoner, puis de partir en toute hâte. Expérimentés et habitués à capter le moindre changement d’ambiance, certains comprennent : Monsieur Format est appelé à l’étranger pour un rendez-vous avec la direction, ce qui ne présage rien de bon. L’information se répand comme une traînée de poudre et les employés s’agitent. Dans le passé, tout le monde s’est serré les coudes pour remettre l’usine sur pied après une inondation, ôtant ainsi aux patrons la solution séduisante de fermer le tout « pour causes naturelles ». L’activité était reprise par un certain Hoffmann et les promesses et aides pleuvaient de tous les côtés, allant jusqu’à la construction de nouveaux lotissements.
Même Rudi et Dallas se sont endettés pour avoir enfin un chez soi. Ce jeune couple avec un enfant est au coeur du roman : Rudi, un jeune homme au sens moral élevé, et Dallas, la belle et rebelle, qui cumule les activités pour que sa petite famille puisse joindre les deux bouts. Comme pour la plupart des habitants, la Kos représente le seul moyen de survie, et une chose est sûre : on ne laissera pas la direction faire.
Gérard Mordillat nous invite dans les régions françaises où toute une vie tourne autour d’une usine et nous offre une chronique sociale réaliste et absolument passionnante où tout un chacun est conscient que si l’usine plonge, tout le monde plongera avec elle. Dans la lutte des ouvriers, l’auteur parvient à capter les vues des différents acteurs : le désintérêt des patrons étrangers, le maire inquiet pour les élections municipales, le ministère soucieux des opinions publiques et cherchant à boucler ce dossier contraignant au plus vite, des journalistes en quête d’informations pour la Une, des syndicalistes, des familles précaires, des jeunes sans formation, des anciens à qui il ne reste que quelques années avant de partir à la retraite…
Ce qui est sorti de la Kos, c’est la mémoire et l’avenir ; ce qui est resté, c’est la peur.
Avec un langage très naturel et reposant essentiellement sur les discours directs, le texte, ponctué également de nombreux scènes sexuelles, est très dynamique et donne l’impression au lecteur de faire partie des négociations ou de participer au blocage de l’usine. En fin connaisseur du sujet, l’auteur dénonce l’indifférence incompréhensible des dirigeants d’un pays face aux décisions capricieuses de multinationales.
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Les vivants et les morts, de Gérard Mordillat. Le livre de Poche, 2010, 829 pages.



Je coche ma participation aux trois défis littéraires : Les pavés de l’été 2024 chez Sibylline, Les épais de l’été chez Tadloiducine et Le Monde ouvrier chez Ingannmic.
Lu il y a longtemps, il n’a pas trop mal vieilli, alors?
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Je n’ai pas eu l’impression de lire une histoire pleine de poussières et j’ai trouvé l’écriture efficace.
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Merci pour cette belle participation ! Je retiens ce titre, qui semble aussi touchant qu’instructif, et qui t’a visiblement emballée. (j’ai récupéré ton lien)
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Ca fait toujours plaisir d’être prise dans un bon pavé, surtout cet été quand j’ai eu quelques longs trajets dans le train. Je n’ai pas vu passer les 800 pages, pas de longueurs et l’histoire est dynamique.
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Je l’ai lu lorsqu’il est sorti et j’en ai gardé un souvenir prégnant concernant la manipulation des décideurs.
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C’est intéressant de voir comme chacun suit ses propres intérêts et c’est bien rendu dans ce roman.
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Une lecture en demi-teinte pour moi : tout le monde fait l’amour sur fond de lutte sociale. À ce moment-là, il n’y a plus de lutte des classes qui tiennent, une fois le pantalon baissé.
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À ce point-là ? :)) Je n’ai pas eu cette impression. Certes, ce n’est pas un livre pudique, mais la plupart des scènes sexuelles ont un lien avec Rudi, qui, je l’admets, était un homme très actif dans de nombreux domaines 🙂
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l’avis d’alex me laisse perplexe . je ne suis plus certaine d’avoir envie de lire ce roman
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Je te rassure, le côté social et les négociations occupent la majorité du livre 🙂
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Je n’arrive pas à me lancer dans des pavés en ce moment, mais ça reviendra peut-être. Si c’est une bonne fresque sociale, il devrait pourtant me plaire.
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Garde-le dans un coin de la tête, je le trouve vraiment bien, on ne voit pas les 800 pages passer. Attention, le monde du travail est seulement jusqu’à la fin d’année !
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Merci beaucoup Eva pour cette présentation qui donne envie de découvrir cette usine, ses employés et ses patrons. Bonne lecture!
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Merci Madame lit !
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Je n’ai lu qu’un seul roman de cet auteur, l’histoire de l’enlèvement d’un patron qui tournait au grand n’importe quoi. Je n’ai pas continué.
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Je n’ai rien lu d’autre de l’auteur, mais je l’ai vu lors d’un salon littéraire et le débat auquel il a participé était intéressant.
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Je connais plusieurs films (fictions ou documentaires) montrant des luttes sociales autour d’usines sur le point de fermer [par exemple En guerre, de Stéphane Brizé], mais guère de romans. Je note celui-ci.
Le commentaire d’Alex-mo-à-mot m’a fait sourire (faut bien!).
Merci pour cette belle participation (que Sibylline avait déjà su repérer mais pas moi ;-))
(s) ta d loi du cine, « squatter » chez dasola
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Aaaaah… mais Mordillat en a même tiré un feuilleton TV en 8 épisodes (DVD disponible, apparemment), je ne savais pas! Je vais tâcher de me le dénicher aussi!
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Bonjour Eva
Je confirme que cette participation (ainsi que celle de Patrice dont tu me parlais) avait bien été prise en compte en son temps sur la page qui les récapitulait au fur et à mesure 😉
(s) ta d loi du cine, « squatter » chez dasola
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