L’enfant du vent des Féroé – Aurélien Gautherie

Un homme se promène à notre époque à Gjógv, village situé au nord-est des îles Féroé. De passage, il observe, s’imprègne des lieux, s’attarde sur les objets, ne courant « pas après l’originalité, plutôt après l’apaisement ». De ce que cet étranger voit, Aurélien Gautherie déroule le fil, jusqu’à Jonas et la petite Anna, L’enfant du vent des Féroé. Un premier roman sublime.

En 1953, Jonas, dont la vie ne faisait qu’une avec la mer, est allongé sur le lit, vivant ses dernières heures, sa soeur Elin jamais très loin, discutant discrètement avec les voisins venus prendre des nouvelles.

Mais aucun d’eux n’avait compris. Pas même elle. Ils n’avaient pas compris qu’il était déjà mort. Mort le jour où Anna les avait quittés. Le surlendemain, cela ferait cinquante ans. Alors il attendait le surlendemain pour mourir.

Dans les pages suivantes, on remonte doucement le temps jusqu’au jour où Anna est venue au monde, puis dans la jeunesse de sa mère Olga, celle dont les rêves se sont dissipés très tôt.

Elle passait parfois la nuit dehors, loin de ces gens-là, loin de l’inquiétude de ses parents puis de celle de Jonas, inquiétude fugace car Olga revenait toujours, et c’était l’essentiel après tout. Ses escapades acceptées, tolérées, espérées même parfois, pour respirer un peu, échapper à la pesanteur qu’elle imposait à l’esprit de ses proches. Elle le sentait bien – le soulagement de son absence.

A travers L’enfant du vent des Féroé, Aurélien Gautherie nous offre un roman d’une intensité rare et profondément humain avec, en son centre, un drame familial. Avec beaucoup d’empathie et un style poétique, l’auteur a construit son récit autour d’une petite poignée de personnages auxquels on s’attache forcément, donnant également « la parole » à certains objets, des seuils ou un bonnet par exemple, seuls témoins de notre passage sur terre. Une histoire sur la vie et son côté éphémère, sur la perte et les liens qui nous unissent, la culpabilité, mais aussi la solitude, avec des phrases et des paragraphes qu’on lit et relit. C’est définitivement du vent très frais venant des Féroé et une entrée sur la scène littéraire plus que réussie ; il ne me reste ainsi qu’à espérer qu’Aurélien Gautherie poussera bientôt la porte du café strasbourgeois Les Compotes (lieu où il a rédigé ce roman) pour continuer à écrire.

Depuis, nous avons compris que nous sommes des marqueurs, des symboles, des caps à franchir pour retrouver le confort d’un foyer, le calme d’une chambre. Sur notre bois, quatre talons dénudés en chemin vers l’amour, le frôlement du long manteau brun d’une douce sorcière un soir d’été, les semelles d’un père effondré qui vient de dire adieu à sa fille. La conscience, alors, que l’on regagne un chez soi où quelqu’un manque déjà, une maison où l’on ne sera plus jamais à trois comme on l’avait tant rêvé. Et des giboulées de larmes qui sans rebond éclatent sur nous, seuils d’un foyer à jamais fracturé.

X Achetez ce livre chez votre libraire

empruntez-le dans votre bibliothèque

lisez autre chose

L’enfant du vent des Féroé, de Aurélien Gautherie. Les Editions Noir sur Blanc, 2026, 192 pages.

Ma 3ème participation aux Gravillons de l’hiver chez La petite liste.

4 réflexions sur “L’enfant du vent des Féroé – Aurélien Gautherie

  1. Avatar de Cath L Cath L 12 janvier 2026 / 17:49

    Une très belle couverture qui annonce un très beau roman… ça ne devrait pas être permis, des tentations comme ça ! 🙂

    J’aime

  2. Avatar de luocine luocine 12 janvier 2026 / 19:59

    Cette phrase fait tilt évidemment : Un premier roman sublime. j’ai bien envie de le lire moi aussi !

    J’aime

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.