
Novembre 1989 est une date capitale dans l’histoire tchèque puisqu’à la faveur de la « Révolution de Velours » débutée quelques jours après la chute du Mur de Berlin, le pays s’est pacifiquement affranchi du joug communiste, qui l’avait frappé durement, notamment durant les années 50 et après 1968. Mais que ce serait-il passé si le pouvoir communiste avait repris la main et réprimé les manifestations ? C’est ce qu’imagine l’autrice tchèque, Alena Mornštajnová dans son nouveau livre, Novembre.
Qu’est-ce que c’est que ce pays qui enlève des enfants à leur famille et tire sur les gens uniquement parce qu’ils veulent vivre différemment ?
Alena Mornštajnová est une romancière et traductrice tchèque entrée en littérature en 2013 et qui est aujourd’hui reconnue dans son pays et bien au-delà. Hana, paru en 2017, a reçu un accueil remarquable ainsi que le Prix du Livre Tchèque en 2018 ; une récompense également reçue pour Novembre en 2022.
Dans Novembre, nous suivons le destin de Marie, dit Maja, une jeune femme, maman de 2 enfants, qui part manifester en novembre 1989 dans la petite ville où elle habite. Son mari et elle seront réveillés dans la nuit du 26 au 27 novembre et embarqués comme tant d’autres s’étant dressés pacifiquement contre un régime finissant. Séparée de son mari, hébergée dans un camp provisoire, elle est condamnée à la prison pour de nombreuses années. Ses contacts avec l’extérieur sont infimes, et elle puise dans ses lettres adressées à sa fille Lenka (et partiellement censurées) l’énergie pour survivre.
Un autre fil narrratif s’étire autour de Magda, qui fut placée à 4 ans dans un Etablissement pour les enfants « abandonnés par leus parents ». Cette institution est utilisée pour façonner les futurs fidèles cadres du parti ; Magda deviendra l’une d’entre elles.
Ce n’était qu’au collège que je m’étais pleinement rendu compte que les gens des familles ordinaires n’avaient effectivement pas développé le sens des responsabilités et des obligations. J’avais compris qu’ils avaient incontestablement besoin d’être dirigés et surveillés, et que notre rôle dans la société était vraiment aussi important que ce qu’on nous inculquait à la maison de convalescence. Ainsi, jamais il ne me coûtait de remplir mes obligations et, le cas échéant, de signaler les fautes commises par nos camarades de classe de la ville. Eux nous le rendaient en nous ignorant ou bien en essayant discrètement de nous nuire.
Le lecteur suit ainsi ces deux récits qui se prolongent jusqu’en 2019. Alena Mornštajnová nous immisce dans une société très dure où la répression ne fait pas dans la demi-mesure. Le parti, soutenu par Moscou où Gorbatchev a été évincé, a tiré des leçons de ses « errements » et contrôle la population, divisée en catégories. La surveillance permanente (non seulement par la police secrète et surtout par les citoyens eux-mêmes), la confiscation des biens, la disparition inexpliquée de personnes ou pire encore, l’enlèvement des enfants, sont les outils utilisés par cette dictature.
Novembre est un livre dur, mais essentiel car il montre que l’Histoire n’a pas toujours une issue heureuse et que la liberté a un prix. L’issue des révoltes de 1989 aurait pu malheureusement être tout autre. Le roman nous fait vivre également la dictature de l’intérieur, avec des récits au plus proche des deux figures principales, Maja et Madga, et de leurs histoires. Une vraie réussite !
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Novembre, de Alena Mornštajnová, traduit du tchèque par Anaïs Raimbault Biret. Les Editions Bleu & Jaune, 2026, 328 pages.

Lu dans le cadre des Escapades en Europe (Cléanthe).
J’ai choisi ce livre de République Tchèque, car c’est mon pays « de coeur », le pays de mon épouse ; c’est aussi une nation qui a été rendue à l’Europe après 1989. Enfin, ce livre particulièrement exprime un des biens les plus importants que nous ayons en Europe, la liberté, qui n’est jamais acquise comme le montrent aujourd’hui les visées expansionnistes de la Russie ou encore la dérive autoritaire de certains régimes d’Europe Centrale.
Intéressant si l’on prend aussi en compte les graves atteintes aux libertés également en Europe qui garde un soutien incompréhensible à Israël, entérinant un deux poids deux mesures en fonction d’alliances de plus en plus toxiques…
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C’est sûr que le soutien inconditionnel, plus que compréhensible après les attaques du 7 octobre, soulève aujourd’hui beaucoup de questions
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Je ne connaissais pas l’autrice. Merci à toi pour cette découverte et ce choix « de cœur ». Et oui, la liberté, je suis bien d’accord. C’est un bien fort heureux dont j’espère qu’on saura le conserver bien précieusement, malgré les tentations populistes de tout bord, comme notre véritable identité commune.
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Merci pour ton commentaire, je suis heureux d’avoir pu participer au mois thématique avec cette autrice qui est vraiment reconnue dans son pays. Très heureux d’apprendre également qu’une 2nde saison des Escapades est prévue :-)
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Je le note. Est ce qu’il y aura un mois de la Littérature de L’est cette année?
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Il y aura en tous cas une Rentrée à l’Est consacrée à la Tchéquie et à la Slovaquie chez moi du 15 au 30 septembre :-D.
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Noté mais il me faudra une piqûre de rappel
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C’est prévu 😉
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Non, plus de rendez-vous à l’Est mais très heureux que Sacha ait repris le flambeau avec une quinzaine thématique en septembre, à laquelle on sera très heureux de participer de nouveau cette année (d’autant plus que la Tchéquie est mise en avant !)
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J’ai séjourné en Tchécoslovaquie peu après 1968 et ce qui s’y passait était déjà très lourd pour quelqu’un qui venait de France .. En effet à l’époque la suite de l’histoire aurait pu être beaucoup plus dure. Je note ce livre.
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Oui, c’est une chape de plomb qui s’est abattue sur le pays après 1968 avec la Normalisation. Dans le livre, on voit que le pouvoir s’est encore durci pour ne laisser aucun espace à la protestation. Tu fais bien de le noter, c’est un très bon livre, et l’autrice mérité d’être découverte.
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Je note ce livre pour le challenge de Sacha en septembre prochain. NB: J’ai séjourné plusieurs fois en République Tchèque (à Brno) et j’ai eu un coup de cœur pour ce pays, ses habitants, son architecture et sa douceur de vivre.
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Très bonne idée de noter ce livre pour septembre !
Je ne peux qu’acquiescer en lisant ton commentaire sur le pays et ses habitants :-)
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Tu connais ma faiblesse quant à l’éditeur. ^_^ Rien encore en bibli. Au cas où, j’ai un tchèque de secours pour plus tard. ^_^
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C’est la faiblesse de celles et ceux qui ont du goût pour la belle littérature !
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Moi aussi je note ce livre pour septembre. Pour le moment, je n’ai pas trop l’esprit à lire des choses déprimantes, mais ça ira peut-être mieux à ce moment-là.
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Nous avons la chance d’avoir eu ces dernières années la sortie de « Hana », de la même autrice ou encore de « Près du mur nord » de Petra Klabouchova. Ce sont autant d’idées pour septembre, n’hésite pas.
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je ne sais pas si je lirai ce livre car je préfère l’analyse des faits réels au dystopies
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J’ai tendance à être comme toi, mais je dois avouer que le choix de la narration est ici une réussite – et qu’il amène à une vraie réflexion.
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Tu donnes envie de découvrir ces deux personnages et ce qu’elles ont vécu pendant cette révolution.
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Cela me réjouit, merci !
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une dystopie pour nous rappeler que l’histoire peut basculer dans le mauvais sens, et que les « bons » ne gagnent pas toujours. D’ailleurs, ne le voit-on pas en ce moment? J’ai l’impression parfois d’être dans un mauvais scenario…
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Oui, cela incite à la vigilance et à l’engagement aussi. On ne peut guère influencer ce qui se passe loin de nous, mais nous avons un pouvoir sur ce qui se passe chez nous (ne serait-ce que par un bulletin de vote)
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J’ai Hana dans ma PAL (lecture prévue pour septembre) et je vois avec ton billet que l’autrice sait se renouveler tout en restant attachée à des sujets forts. Une LC Alena Mornštajnová pourrait être une bonne idée… Je vais y réfléchir !
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J’ai l’impression que 15 jours ne seront pas suffisants pour couvrir la littérature tchèque (et slovaque) en septembre :-). Un LC Capek, maintenant une LC Mornstajnova, c’est prometteur. J’ai hâte d’y être, et j’ai déjà quelques lectures en tête !
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Oui, la liberté, comme thème central de l’Europe, est une belle réponse à la question de Cléanthe.
J’ai lu Hana , c’est un beau roman.
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