Victor Hugo vient de mourir – Judith Perrignon

Le 22 mai 1885 s’éteint Victor Hugo à l’âge de 83 ans. Après avoir été accompagné durant ses derniers jours par ses proches et notamment ses deux petits-enfants, rapidement, l’homme n’appartient plus à sa famille : des funérailles nationales sont votées, qui seront l’occasion d’un grand témoignage collectif submergeant Paris. Judith Perrignon relate dans son livre Victor Hugo vient de mourir les derniers jours du poète et écrivain jusqu’à ses funérailles.

Le peuple a sa colère et le volcan sa lave qui dévaste d’abord et qui féconde après. (Victor Hugo)

On a peine à imaginer en 2026 que la mort d’un grand écrivain puisse susciter un tel élan parmi la population. Jugez-en plutôt : près de 3 millions de personnes assistent aux funérailles de Victor Hugo (qui plus est un lundi non férié) le 1er juin 1885. Alors que le cercueil du poète est exposé sous l’Arc de Triomphe dans la nuit du 31 mai au 1er juin, c’est tout un pays qui va lui rendre hommage. L’effervescence et la reconnaissance sont omniprésentes. On s’arrache les places qui permettront de voir le cortège.

Mais déjà sur les belles avenues de Paris, brodées d’hôtels aristocratiques, on se prépare pour lundi. Balcons, fenêtres, vitrines, tout peut devenir loge du grand spectacle funèbre. Les petites annonces fleurissent dans les journaux entre les publicités pour le biberon Darbo et le chocolat hygiénique. Les hommes-sandwichs arpentent les rues. Obsèques de Victor Hugo, Places et fenêtres à louer sur le parcours du cortège.

La fébrilité, l’agitation sont palpables. L’autrice montre également que, derrière la préparation de l’événement, il y a un souhait de récupérer ce dernier pour en faire un événement national dans un pays encore très déchiré par la Commune qui s’est déroulée 14 ans plus tôt. La loi d’amnistie, pour laquelle Hugo s’était battue, fut promulguée en 1880, et les Communards ne sont libres que depuis peu.

Le président du Sénat, celui de la Chambre des députés, du conseil municipal de Paris, le vice-président du conseil général de la Seine, le ministre de l’Instruction publique. Ils se l’appropriaient, s’en parfumaient, en faisaient l’instrument d’une suprématie nationale et l’abîmaient. « Il est nôtre d’abord, il vient de nous, de nos traditions, de notre race. » La langue pauvre et verrouillée du protocole pour évoquer un poète. Ou la faiblesse des têtes qui règnent sur celles qui pensent. Cela dit, quoi de mieux que le creux pour évoquer le manque ?

Certains veulent profiter du défilé pour sortir le drapeau rouge, on parle de prendre les armes pour attaquer le Parlement de cette jeune République. Face à cela, les autorités infiltrent les groupes anarchistes et confisquent les drapeaux. Des échauffourées ont même lieu. Au-delà de l’hommage rendu à Victor, c’est toute cette effervescence que Judith Perrignon restitue avec énergie, dans un style foisonnant. Certains passages sont plus intimes, comme ceux consacrés à ses amis Meurice et Vacquerie, évoquant les souvenirs de l’auteur, des extraits de lettres donnant un côté plus personnel, plus proche de l’auteur, que j’aurais aimé voir développé davantage.

Une lecture enrichissante qui incite à se replonger dans l’oeuvre de Hugo, mais aussi dans l’histoire de la Commune de Paris et de la IIIème République.

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Victor Hugo vient de mourir, de Judith Perrignon. Pocket, 2017, 168 pages. 

2 réflexions sur “Victor Hugo vient de mourir – Judith Perrignon

  1. Avatar de luocine luocine 13 Mai 2026 / 14:37

    Il y avait du monde , moins quand même des dizaines de milliers à l’enterrement de Sartre .

    Je ne vois pas quel écrivain en attirerait autant aujourd’hui. Mais surement un influenceur mais là mes connaissances s’arrêtent .

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  2. Avatar de laboucheaoreille laboucheaoreille 13 Mai 2026 / 14:56

    Bonjour Patrice, intéressante participation au Printemps des artistes ! J’ai déjà lu des livres de Judith Perrignon et son style est assez littéraire, agréable, d’après mes souvenirs.
    Je crois que Colette aussi avait eu des obsèques nationales mais, comme tu le soulignes, pour des écrivains, c’est rarissime ! Et, sans doute, dans cette décision très politique on veut saluer la personnalité, ce qu’elle représente, au moins autant que l’oeuvre littéraire – du moins, je crois.
    Merci beaucoup pour cet article, que je vais ajouter tout de suite dans le bilan.
    Excellente journée à toi :-)

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