
La région Nord-Pas-de-Calais a été marquée par l’exploitation minière : 852 puits de mine, 326 terrils, 13 cokeries, 7 usines à boulets, 14 centrales électriques et 2,4 milliards de tonnes de charbon extraites, pour environ 100.000 km de galeries creusées*, majoritairement au XIX et XXème siècle, jusqu’à ce que la dernière mine ferme en 1990. C’est dans cet environnement qu’Aimée Barbera place son premier roman, Charbonne, autour d’un personnage féminin marqué par le père disparu.
Frédérique Duriez travaille dans le musée de la mine de Cauchy dans le Nord. Fermée depuis désormais un demi-siècle, cette mine fut le théâtre en 1976 d’un accident majeur de grisou ayant causé la mort de 50 personnes, parmi lesquelles se trouvait le père du personnage principal, également nommé Frédéric, poète-mineur qu’elle n’a malheureusement pas connue mais qu’elle vénère.
Frédérique est chargée d’organiser la commémoration de la catastrophe, souhaitant clore le spectacle par la lecture d’un poème de son père, ce qui ne réjouit pas sa responsable, Jackie, qui semble régner sur le site comme une despote ; fort heureusement, elle peut compter sur Léon, un vieux mineur qui l’aide et qui surnomme Frédérique la « tchiote » (« petite » en chti).
Alors qu’elle commence ses préparatifs, elle se rend compte qu’au-delà de Jackie, sa mère ne semble pas porter un grand intérêt non plus à cet événement. Creusant les archives, elle met peu à peu à jour une histoire familiale et régionale restée enfouie. Chaque chapitre porte le nom d’une des formes de charbon, le dernier s’intitulant « anthracite », la forme la plus chargée en énergie à l’image d’une vérité qui se dévoile dans toute sa force.
La tourbe est une matière végétale peu évoluée. Sa teneur en carbone est de 55%. Elle est composée de substances volatiles, et c’est un mauvais combustible. Le lignite contient jusqu’à 70% de carbone. C’est certes un combustible, mais très humide. Vient ensuite la houille, le charbon proprement dit, qui laisse des traces sur les doigts. Sa structure est une alternance de lits brillants et mats. Le charbon flambant, la houille grasse et la houille maigre sont utilisés dans les chaudières industrielles. L’anthracite, quant à elle, est composée à 95% de carbone pur. C’est ce qui brûle le mieux.
J’ai aimé plusieurs aspects dans ce roman, à commencer par la capacité de l’autrice à nous restituer le travail de la mine, sa routine, ses dangers (j’ai appris à l’occasion que des terrils pouvaient exploser, ce qui se passa à Calonne-Ricouart il y a un peu plus de 50 ans). Plus généralement, l’ambiance de cette terre de France est très bien restituée : des conditions de travail âpres mais aussi une simplicité, une entraide naturelle illustrées par deux personnages du livre, Léon et Braïette. Elle montre à quel point la mine a marqué la région, les familles, en premier lieu la sienne. En prenant comme point de départ un accident de mine dû à un coup de grisou, elle donne un cadre intéressant à cette histoire familiale qui, néanmoins, ne m’a pas toujours captivé en raison de quelques coïncidences dans l’enquête et d’une fin un peu décevante. Cela a quelque peu atténué mon plaisir et mon impression d’ensemble, qui reste néanmoins positifs.
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Charbonne, d’Aimée Barbera. Phébus, 2026, 240 pages
*Source: Patrimoine Industriel Minier