Trois garçons – Daniel de Roulet

Ecrivain suisse francophone né en 1944, ancien architecte et informaticien, Daniel de Roulet est une voix importante de la littérature suisse actuelle, avec plusieurs dizaines d’ouvrages à son actif, comme La simulation humaine, un cycle de 10 romans autour d’une famille suisse et japonaise ou plus récemment Dix petites anarchistes, mettant en avant des ouvrières suisses qui ont émigré pour échapper à leur vie de labeur. La lutte, la révolte sont également au coeur de Trois Garçons, son dernier roman.

Au milieu de ce luxe, nous sommes nés et nous mourrons ultraminoritaires. Nous revendiquons la marge.

Ils sont trois garçons : Wolfgang, Fabio et Max, le narrateur du livre. Malgré des origines différentes (le père de Fabio est concierge, celui de Wolfgang conduit l’Unimog de la commune tandis que Max est issu d’une famille riche possédant plusieurs hôtels), ils ont comme point commun de naître à Davos, surnommé alors Le Patelin, loin de la réputation qu’on lui connaît aujourd’hui. Ils sont surtout amis et le militantisme, le refus de l’ordre établi les réunira toute la vie. Le livre s’étend de 1944 jusqu’à ce siècle et constitue le témoignage d’une génération, de ses combats, et l’on n’a pas de mal à voir qu’en filigrane, ce sont aussi les combats de Daniel de Roulet, né cette même année.

Si la Suisse est souvent mentionnée pour ses paysages de carte postale, sa réussite économique ou encore le fonctionnement de sa démocratie, c’est une autre facette du pays qui est ici mise en exergue. Celle d’un pays contrôlé par la Bahnhofstrasse de Zürich (le quartier des banques), mais dans laquelle une partie de la population ne soutient pas ce status quo et met le doigt sur les hypocrisies du système.

NOUS NOUS MEFIONS DES PROFS qui prétendent qu’il n’y pas de classes sociales en Suisse, qu’il n’y en a jamais eu. (…) Nous méprisons ceux qui répètent que la Suisse est un petit pays, mais une grande nation et la plus vieille démocratie du monde, fondée en 1291 et neutre depuis 1515, cela explique qu’elle ne puisse pas abriter en son sein des dissidents. (…)

Découpé en petits paragraphes débutant par quelques mots écrits en majuscules, le récit traite d’événements s’étant déroulés durant cette période : des manifestations, la lutte des Jurassiens pour leur canton, les radios clandestines, la révolte contre le nucléaire… ainsi que les « arrangements » du pays à l’image du licenciement des étrangers dès que la crise économique l’atteint (« Pas de chômage en Suisse, il est exporté ») ou du fichage des adultes pendant la guerre froide (« un adulte sur quatre bénéficie d’un dossier de police »). On perçoit derrière les actions de Max, Fabio et Wolfgang la quête de sens, le refus « de faire partie de la société qui nous impose une vision du collectif où chacun reste isolé. »

Même si le livre s’attache à décrire l’histoire des trois garçons dans leur époque, c’est cette dernière qui est à mon sens en premier plan. L’ensemble est très intéressant et très bien écrit, c’est paradoxalement dans les instants où les luttes sont moins évoquées, que j’ai le plus apprécié ce livre ; l’enfance des garçons, leurs vieilles années, leurs interrogations… Ecrites avec un style très juste et précis, ces pages sont les plus émouvantes.

Je vous conseille de découvrir ce livre en :

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lisant autre chose

Trois garçons, de Daniel de Roulet. Phébus, 2026, 304 pages.

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