Alessandro Mari – Les folles espérances

Mari

Quatre personnages pour autant d’histoires : celles de Colombino, Leda, Lisander et José, plus connu sous le nom de Garibaldi, ont pour toile de fond l’Italie de la première moitié du XIXème siècle. La marche vers l’unité italienne est en cours, et chacun des protagonistes a rendez-vous avec son destin et avec la grande Histoire. Premier roman ambitieux de l’écrivain italien Alessandro Mari, salué par la critique lors de sa sortie en 2011, voici aujourd’hui Les folles espérances et ses impressionnantes 1150 pages !

« Maudite merde et misère de merde ! ». Ainsi s’exprime Colombino, surnommé le trimballe-merde, un garçon de 16 ans, recueilli par le prêtre don Sante, et qui transporte avec son inséparable mulet Astolfo du fumier dans le petit village de Sacconago, dans le Haut-Milanais. Naïf, sincère, et profondément amoureux de Vittorina et de ses « yeux de vache », il se met en quête d’aller chercher l’aval du pape (!) pour épouser cette dernière en convainquant sa famille hostile au rapprochement. Colombino ne se doute pas de la durée du périple et des péripéties qui l’attendent.

Leda, quant à elle, est retenue dans un couvent et pense à son amoureux en espérant qu’il vienne la délivrer. Elle finit par s’échapper et devient espionne malgré elle, une tâche qui la mènera à Londres pour surveiller Giuseppe Mazzini, républicain exilé depuis 17 ans, et travaillant sans relâche à l’unification de son pays.

Il y a ensuite Giuseppe Garibaldi, l’un des futurs pères de l’unité italienne, un véritable personnage de roman, fougueux, passionné, qui participe tout d’abord à la lutte pour la République contre l’Empire portugais au Brésil, puis se met au service de l’Uruguay avant de rentrer en Italie ; sans cesse épaulé par son épouse Aninha pour lequel il eut un véritable coup de foudre.

Enfin, Lisander, un jeune peintre qui s’intéresse à la photographie naissante, clôt le quatuor des personnages principaux. Ambitieux, cynique, rêvant de s’enrichir, il n’hésite pas à franchir les portes de l’asile pour mettre en scène des folles dans des positions scabreuses, photos qu’il revend ensuite au marché noir.

Vous l’avez donc compris, les quatre personnages principaux sont extrêmement différents. Leurs histoires alternent tout au long du roman, qui s’étale de 1837 à 1850, dans des lieux très variés, mais ont un point commun : la passion qui anime chacun d’entre eux. Une énergie qui transparaît d’ailleurs à travers tout le roman. Dans la dernière partie, leurs destins commencent à se croiser sur fond de batailles pour l’unité italienne. Citons au passage Garibaldi, haranguant les soldats à la manière d’un Churchill :

Que ceux qui veulent continuer la guerre contre l’étranger me suivent. Je n’offre ni solde, ni gîte, ni provisions : j’offre la faim, la soif, les marches sans fin, les batailles et la mort.

ou encore Mazzini (surnommé ici Pippo),  à l’heure où il repart vers son pays :

Tout le monde venait lui souhaiter bon voyage, car Pippo s’apprêtait à rompre un exil de dix-sept années ; tandis que l’Autriche se délitait sur son propre sol, les provinces de son empire se soulevaient, et Milan, elle aussi insurgée, avait gagné et proclamé un gouvernement provisoire. Il ne s’agissait plus d’une vague étincelle, mais d’un incendie qui, pour continuer de brûler, réclamait l’oxygène des idéologues, des esprits vifs.

Alessandro Mari fait preuve d’une grande précision dans l’écriture ; on suit chaque récit dans les moindres détails. C’est un livre ambitieux, bien documenté, que je n’ai, pour autant, peut-être pas apprécié à sa juste valeur. En effet, j’ai eu du mal à véritablement rentrer dans le roman et trouvé le début de certaines histoires (celle de Leda par exemple) assez fastidieuse ; cela s’est néanmoins vite corrigé après 250-300 pages. La deuxième réserve concerne la fin qui, malgré une vraie intensité sur certains passages, ne m’est pas paru limpide sur le fond historique, sûrement en raison de mes connaissances limitées sur le Risorgimento.

Par conséquent, je vous conseille :

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Les folles espérances, traduit de l’italien par Anna Colao. Le livre de poche, 2017, 1152 pages.

Cette lecture s’inscrit dans le cadre du défi littéraire de septembre de Madame lit, consacré à la littérature italienne, ainsi que du challenge Voisins Voisines 2018 et du Challenge Pavé de l’été 2018 organisé par Sur mes brizées.

voisinsvoisines2_2018 

13 réflexions sur “Alessandro Mari – Les folles espérances

  1. Madame lit 16 septembre 2018 / 16:22

    C’est tout un pavé! Bravo d’avoir réussi à le terminer en ce mois italien du moins chez moi.

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    • Patrice 21 septembre 2018 / 15:46

      Le mois de l’Italie était un bon prétexte,encore merci pour cette opportunité 🙂

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  2. claudialucia 18 septembre 2018 / 15:26

    J’adore les pavés qui nous embarquent dans l’histoire. Ce livre pourrait être pour moi mais tes bémols me font un peu peur !

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    • Patrice 21 septembre 2018 / 15:47

      A te lire, je pense néanmoins que la lectrice pointue que tu es l’apprécierais

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  3. Violette 19 septembre 2018 / 14:27

    ho lalaaa, un peu trop de pages pour moi si tu n’en fais pas un coup de coeur !

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    • Patrice 21 septembre 2018 / 15:48

      Je comprends aisément, j’imagine que tu en as d’autres sur ta liste !

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  4. lilly 20 septembre 2018 / 16:57

    J’aurais pu écrire le même commentaire que Claudialucia. A voir pour un été où j’aurais beaucoup de temps et peu de livres à lire (assez improbable).

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  5. Brize 26 septembre 2018 / 14:02

    Je passe par ici pour voir si Eva aurait oublié de poster son lien sur le pavé qu’elle aurait lu … et je découvre que tu en as lu un deuxième sans me le dire ^^ !

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    • Patrice 1 octobre 2018 / 20:24

      Quel oubli de ma part! Désolé ! Je me suis pourtant dépêché de rédiger l’article. C’est en fait moi qui ai lu le deuxième pavé au lieu d’Eva :-). Encore merci pour cette belle initiative!

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